Pas de visibilité, mais des éléments encourageants

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Filière viande / Les mesures de confinement ont chamboulé les modes de consommation et les circuits commerciaux de la viande… dans ce contexte volatil, la demande intérieure se maintient, ce qui constitue un signe encourageant.

«Manger de la viande de bœuf, avec modération, est un facteur de bonne santé et de résistance aux virus, avec une teneur élevée en fer, en zinc, en oligoéléments favorables à l’immunité… c’est une raison de rester optimiste ! Je pense aussi que les consommateurs confinés vont retourner progressivement vers de la viande de qualité supérieure, pour se faire plaisir. J’en prends pour exemple qu’une commande de quatre bêtes pour le week-end de Pâques, faite par une grande enseigne auprès de mon exploitation, après avoir été annulée dans un premier temps, a été reconfirmée il y a quelques jours. C’est peut-être le début d’un retournement de tendance », lance Philippe Auger, producteur de viande charolaise à Brussey, en Haute-Saône, président du syndicat départemental des éleveurs charolais, et président d’Elvea-France. « Les cours sont plutôt orientés à la hausse, mais le gros problème c’est la logistique. Pas à cause de la fermeture des frontières, pour l’instant c’est plutôt fluide, et les exportateurs vers l’Italie par exemple se réorganisent pour manipuler le moins possible… le problème pour le commerce international c’est plutôt du côté des chauffeurs routiers, qui n’ont plus nulle part où dormir, se restaurer, prendre une douche. » Également employeur d’un salarié sur son exploitation, Philippe Auger regrette fortement l’indisponibilité des tests de dépistage, qui permettraient de continuer à travailler dans des conditions plus sereines. « On a beau respecter les distances, on manipule les mêmes
objets… sur une chaîne d’abattage c’est la même chose, une personne malade peut contaminer sans le savoir tous ses collègues. »

Des problèmes logistiques
Christophe Gauthier, négociant à Mailleroncourt-Saint-Pancras en Haute-Saône, corrobore : « Globalement en viande bovine la crise est modérée, et
malgré la réorientation de la consommation sur les barquettes, le sous-vide… l’activité continue et la viande s’écoule. Il me semble que ce sont plutôt les bonnes bêtes les animaux de cheville, qui partaient en boucherie ou au rayon trad, qui ne trouvent plus preneurs. On commence quand même à avoir des problèmes avec le taurillon export, vers les destinations Italie et Allemagne, comme une bonne partie des steaks hachés étaient consommés dans les fast-foods, fermés pour plusieurs semaines. »
Philippe Pierrat, directeur de Franche-Comté élevage, déplore pour sa part l’absence de visibilité. « Pour l’instant on assume le service, la collecte des animaux et l’abattage… mais pour les ventes on est dans l’inconnu total. Les flux ont été complètement désorganisés par les mesures de confinement. La première semaine on a eu un phénomène de stockage important de la part d’une grande partie des consommateurs, puis ils ont commencé à faire preuve de défiance vis-à-vis du rayon coupe pour se porter vers le préemballé en libre-service. Et on a ce phénomène de consommation en dent de scie, avec des commandes au jour le jour. Mes principales inquiétudes portent sur les filières ovines, avec l’agneau de Pâques, et veaux gras… le traditionnel veau de Pentecôte. Ce sont typiquement des productions qu’on ne peut pas différer, et qui se consomment dans un contexte de réunions familiales. Ça va être très compliqué. »

AC

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