Excès d’eau : rien d’alarmant pour l’instant

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Grandes cultures / La pluviométrie exceptionnelle de cet hiver 2017-2018 – avec des cumuls de précipitations plus de deux fois supérieurs aux normales saisonnières ont saturé certains sols, provoquant des flaques, voire des zones inondées… Hormis certains cas particuliers, les céréales d’hiver ne devraient pas pâtir de cette situation, d’autant plus qu’une décade de froid sec est prévue.

Après un automne en deux temps (septembre humide et octobre-novembre secs), ces dernières semaines ont été marquées par la multiplication des épisodes pluvieux. Entre le 1er septembre et le 10 janvier, l’excès de précipitations a concerné principalement le tiers Nord de la France, et dans une moindre mesure dans le Sud-Ouest (carte 1). « Depuis le début de l’hiver météorologique (1er décembre), le courant jet ou jet-stream (ces vents très forts en altitude qui matérialisent la séparation entre l’air froid d’origine polaire et l’air chaud d’origine tropicale) se positionne plus au sud que d’habitude, ce qui explique les perturbations récurrentes et parfois tempétueuses que nous avons connues (Ana, Bruno, Carmen, David et Eleanor entre autres). », explique-t-on du côté de Météo-France. La séquence climatique de ces deux dernières semaines a cependant été humide partout, s’atténuant sur la fin, avec pour conséquence une amplification des excès d’eau. Des flaques voire des zones inondées apparaissent localement dans les parcelles, et les sols les moins drainants sont engorgés en eau. « avec +35 mm en moyenne – de + 10 à + 70 mm -, à l’échelle de la Bourgogne Franche-Comté, les précipitations ont été plus élevées dans le Nord de l’Yonne, sur les plateaux de Bourgogne ainsi qu’à l’est de la Franche-Comté où elles sont au niveau des valeurs historiques maximales. Plus que le cumul des pluies depuis le mois d’octobre, c’est surtout l’intensité des pluies qui a provoqué des débordements de rivières et des inondations de parcelles. », décrit Diane Chevassieux, d’Arvalis-Institut du végétal.

Excès d’eau et douceur
En parallèle, les cumuls de températures sont restés proches de la normale jusqu’à Noël environ. Les écarts régionaux à la médiane pluriannuelle restent faibles : au Nord, le cumul est un peu plus élevé que la moyenne (environ 50 à 100°Cj en excès depuis le 1er septembre).
« Pour l’instant, mis à part certaines parcelles en bords de cours d’eau peu propices aux cultures d’hiver, il n’y a pas de dégâts irréversibles sur les céréales », rassure Emeric Courbet, technicien grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. De fait les excès d’eau actuels se sont produit le plus souvent sur des céréales déjà installées, proches de la phase de tallage. Une phase physiologique remarquablement robuste à ce type d’accidents : si la croissance est pénalisée voire arrêtée en situation d’excès d’eau, seule l’immersion totale et durable entraîne une disparition des plantes. La situation actuelle n’a donc pas encore de conséquences irréversibles. « Actuellement, le potentiel de tallage, mesuré par le nombre d’épis potentiel au m², est très correct, compte tenu de son lien direct avec les sommes de températures excédentaires observées (de + 50 à + 70 degrés-jours en moyenne) », complète Diane Chevassus. Il est évident que les pluies significatives à répétition de ces derniers jours empêchent tout assainissement des sols. Cependant, il est important que les sols puissent s’assainir dès que possible pour permettre aux racines de devenir fonctionnelles et absorber l’azote qui sera bientôt requis par les parties aériennes pour maintenir le tallage et accompagner la croissance des feuilles. Il faut espérer que les prévisions plus sèches des 10 prochains jours se concrétisent et laissent drainer les parcelles. « Une dizaine de jours secs, avec le retour du gel, va permettre à l’excès d’eau de s’évacuer. Ce sera aussi l’occasion de rouler les couverts, car à part les féveroles, ils n’ont pas été détruits par les petites gelées du début de l’hiver. », poursuit Emeric Courbet.

Perte de résistance au froid
Les excès d’eau entraînent par ailleurs une lixiviation des nitrates, notamment dans les sols les plus superficiels. Il est actuellement trop tôt pour évaluer l’équilibre entre les pertes dues au passage de lames d’eau drainantes et la minéralisation sans doute abondante de septembre (températures douces, sols humides). Les mesures de reliquats azotés sont le meilleur outil pour évaluer les conséquences de ces séquences climatiques pour chaque contexte cultural.
Du côté du nombre de jours de gel, il a été plutôt faible depuis le début de la campagne : les gelées de fin novembre/début décembre ont cédé la place à des températures anormalement douces, avec des températures moyennes supérieures de 3, 4 voire 5°C aux normales saisonnières depuis 15 jours. « Ce manque de petites gelées et surtout l’occurrence de températures moyennes dépassant les 5°C se traduisent par une perte de résistance au froid (figure 1). Evidemment, dans l’immédiat, les plantes restent tout à fait capables de se réendurcir rapidement dès l’arrivée de températures gélives. Cependant, une chute brutale du thermomètre en dessous de -10 ou -15°C pourrait engendrer des dégâts. », relève Jean-Charles Deswarte, d’Arvalis – Institut du végétal. La séquence climatique du mois à venir doit donc être surveillée. Selon Meteonews, qui élabore des tendances saisonnières en s’appuyant sur un faisceau d’indicateurs climatiques « la persistance du courant océanique devrait apporter pas mal de pluie sur la plupart des régions en dehors du pourtour méditerranéen, une bonne nouvelle pour les nappes phréatiques souvent mises à mal depuis l’été 2015. Neige dès la moyenne montagne, surtout sur les Alpes. Quelques brefs coups de froid neigeux seront probables en plaine. Bien sûr, sous ce flux dépressionnaire d’ouest, la douceur l’emporterait. L’ensoleillement serait faible quasiment partout, de saison voire excédentaire essentiellement près de la Méditerranée. »

Une année précoce ?
Il est évidemment beaucoup trop tôt pour annoncer une tendance de précocité des cultures pour ce printemps. D’une part, le cumul de températures s’éloigne peu de la médiane; d’autre part, on a pu observer lors des années précédentes le poids très fort du scénario thermique de la période février-mars, lorsque le frein « durée du jour » est levé et ne bride plus les plantes vers la transition florale et la montaison. Néanmoins, des excès d’eau durables (comme observé localement en 2014) engendrent un retard de croissance de la culture. Là encore, un retour à des conditions plus saines dans les prochaines semaines pourrait faire disparaître cette tendance.

AC, d’après les données Météo-France et Arvalis-Institut du végétal.

 

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