La lutte s’intensifie

ambroisie

Ambroisie à feuille d’armoise / Des arrêtés préfectoraux rendent obligatoire la lutte contre l’ambroisie à feuille d’armoise dans toute la grande région. Pour contenir l’expansion de cette plante invasive, fortement allergisante, il faudra combiner des mesures préventives et des solutions curatives.

En Franche-Comté, l’ambroisie à feuille d’armoise gagne du terrain. « Plus de 310 communes sont touchées au niveau régional, dont 250 dans le Jura », pointe Laurent Rebillard, responsable du pôle végétal à la Fredon de Franche-Comté. « Si cette plante est majoritairement localisée le long des accotements routiers, qui représentent 68 % des sites, en termes de surface contaminée, l’agriculture est très majoritaire, à 84 %, contre 6 % pour les accotements. Entre 2009 et 2014, la surface contaminée a augmenté de 100 ha par an, et le nombre de communes concernées de 20 % par an. » La biologie particulière de cette plante – lire encadré – permet de comprendre ses modes privilégiés de dissémination, et d’en tirer les conséquences en termes de pratiques vertueuses.

Coordonner la lutte
A l’échelle de Bourgogne Franche-Comté, la Fredon s’est vue confier la coordination de la lutte contre l’ambroisie à feuille d’armoise dans le cadre du plan régional santé – environnement. Trois rencontres agricoles ont déjà eu lieu pour faire le point sur le sujet, auxquelles étaient conviés les représentants des chambres d’agriculture départementales, de la chambre régionale d’agriculture, des coopératives agricoles, des syndicats agricoles, GDON BFC, FRGEDA-GVA, des CUMA, de la MSA, du service agricole du Conseil Régional et des Conseils Départementaux, sans oublier les Communauté de communes des secteurs, et associations des Maires. « L’ambroisie colonise de plus en plus la Franche-Comté, et principalement la plaine du Jura, a rappelé Laurent Rebillard lors de la réunion de Pesmes, le 17 octobre dernier, cartes à l’appui : elle se développe dans les friches, les jachères, les bords des champs mais aussi dans les cultures au désherbage délicat, comme le tournesol. Certaines pratiques agricoles ont contribué à l’enrichissement progressif des stocks semenciers de nombreuses parcelles, et à la dissémination vers les annexes agricoles et les voies d’accès aux parcelles. » Bien qu’elle pose un problème majeur de santé publique, il ne faut pas non plus perdre de vue que sur le plan agricole, l’infestation de parcelles cultivées impacte fortement les rendements, comme cela a été observé par exemple sur du tournesol ou du soja cet été. En outre, l’interdiction annoncée du glyphosate va priver le monde agricole d’une arme efficace contre cette plante. Enfin, la lutte obligatoire qu’imposent les arrêtés préfectoraux va avoir des conséquences en termes de coûts d’intervention… Ces arrêtés stipulent ainsi « les propriétaires ou les personnes en charge de l’entretien d’un terrain pour le compte d’un propriétaire (fermiers, locataires, ou occupants à quelque titre que ce soit) sont tenus de prévenir la pousse de plants d’ambroisie et de détruire les plants d’ambroisie déjà développés ». Ils précisent aussi « la destruction de l’ambroisie devra être réalisée par l’exploitant jusqu’en limites de parcelle (y compris talus, fossés, chemins, etc… inclus dans la parcelle cadastrale
exploitée). »

Rotation et interculture
Les échanges avec les participants à ces réunions ont permis de mieux cibler les facteurs critiques qui contribuent à la dissémination agricole de l’indésirable : échecs de désherbage dans une culture de printemps peu couvrante, et récolte des graines lors de la moisson… D’où la pertinence d’une maîtrise à l’échelle de la rotation. « Comme le cycle de l’ambroisie correspond grosso modo à celui des cultures de printemps, c’est dans ces cultures que l’ambroisie est logiquement la plus difficile à contrôler, notamment en cas de retours fréquents dans la rotation. La lutte permanente dans les rotations est, de ce fait, indispensable pour gérer correctement cette plante adventice. » Des solutions herbicides satisfaisantes existent aussi bien en maïs, en soja qu’en tournesol ou en pois de printemps, mais la situation est plus complexe avec le sorgho. Le recours à l’intervention mécanique, quand elle est possible, en particulier au cours de l’interculture, reste néanmoins primordial, ne serait-ce que pour éviter le développement de résistances et préserver l’efficacité des molécules herbicides. Le faux semis, par exemple, permet de réduire dès le départ le stock de graines dans le sol. Il s’agit d’abord de travailler finement le sol et de le tasser légèrement en passant un rouleau pour créer un lit de semence favorable à la germination des plantes adventices. Deux à trois semaines plus tard quand les plantes adventices ont levé, il est nécessaire d’intervenir mécaniquement pour détruire ces plantules. Le dernier passage doit avoir lieu juste avant le semis pour bénéficier d’un sol propre.
La récolte, autre point critique ciblé par les échanges, impose certaines précautions pour les parcelles contaminées. En période de grenaison de l’ambroisie (à partir d’août), il est important de nettoyer les engins en bout de champ pour faire tomber un maximum de graines, notamment lors des récoltes d’automne. Cette pratique limite la dissémination sur les voies d’accès, le reste du parcellaire et les plateformes de stockage du matériel. Le secteur des entreprises de travaux agricole, très concerné par cette problématique, fera donc l’objet d’une information spécifique dans les prochains mois.

AC

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