Bilan d’étape avec les députés

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Politique / Les adhérents de la FDSEA, de la FDPL et des JA ont rencontré le 27 octobre les deux députés du département, Barbara Bessot Ballot et Christophe Lejeune. Une deuxième rencontre qui semble importante pour les agriculteurs, car les nouveaux élus découvrent sur beaucoup de sujets les réalités des dossiers agricoles, avec leur double facette : celle qu’on vit en bottes, au jour le jour, et celle qu’on façonne à Paris, sur les parquets vernis.

Il ne s’agit pas tant de « faire les pleureuses » que de faire entendre un son de cloche « terrain » aux nouveaux élus. Barbara Bessot Ballot et Christophe Lejeune, élus LREM des circonscriptions 1 et 2 de notre département, ont répondu vendredi 27 octobre à l’invitation de la FDSEA, de la FDPL et des JA sur l’exploitation du Gaec Les Regardots à Noroy-le-Bourg. Installés avec 50 vaches laitières en foin-ensilage, Michel et Damien Py ont présenté leur système de production avant que s’engagent les discussions sur les sujets d’actualité agricole. Il faut dire que depuis longtemps, mais plus encore ces dernières années, l’orientation des politiques agricoles françaises se fait beaucoup « de haut en bas ». Les idées nouvelles sont proportionnelles au nombre de fonctionnaires en charge de l’agriculture, et pas toujours au service ni des agriculteurs, ni de l’agriculture (voir ci-contre). Une particularité européenne, comme le fait remarquer Michaël Mulhematter, président de la FDPL : « Je suis parti 6 mois au Canada en stage quand j’étais un petit peu plus jeune et j’ai vu comme ils travaillaient, comme ils étaient capables de fournir des attestations qui correspondaient aux marchés qu’ils visaient. Il y a des pays comme la France où l’Administration est là pour nous contrôler, et d’autres – j’ai eu l’occasion d’aller aussi en Australie – où l’Administration est là pour aider à exporter. »

CETA : l’accord gagnant-perdant
En accusation : le CETA, le traité d’accord économique et commercial global, entre l’UE et le Canada. Entré en application provisoire depuis le 21 septembre, ce traité doit encore être ratifié par tous les parlements européens. De la part de nos élus, la bonne volonté ne manque pas : « Ce traité est un problème », reconnaît Barbara Bessot Ballot en paraphrasant Emmanuel Macron. Mais une certaine naïveté se fait aussi sentir : « Le président de la Commission des Affaires économiques (dont fait partie l’agriculture ndlr) Roland Lescure est un élu des Français de l’étranger en Amérique du Nord, donc le CETA il connaît bien. En aparté, il nous dit que le CETA est un problème chez nous, mais qu’au Canada ce n’est pas un problème car ils ont su en parler entre eux. » Et si c’était simplement parce que c’est un accord favorable à l’agriculture outre-Atlantique, et moins à la nôtre ?
C’est ce que Thierry Chalmin, président de la chambre d’agriculture, lui a ironiquement suggéré, tout en demandant aux élus de « freiner des quatre fers » sur le dossier : « Même si le premier ministre et le ministre de l’agriculture sont en train d’inventer un plan pour minimiser les effets néfastes du CETA vis-à-vis de la filière agricole, ça veut dire qu’il va y en avoir quand même, des effets néfastes. Le plus simple pour minimiser, c’est de dire “le Ceta on n’en veut pas” ! »

EGA : rétablir l’équilibre
L’évolution des États Généraux de l’Alimentation (EGA) a également été au cœur des discussions. Forts du bilan dressé à Rungis par le Président de la République, les députés et les agriculteurs ont notamment évoqué le budget manquant à l’agriculture. « Mardi soir à l’Elysée Emmanuel Macron nous a parlé des 5 M€, a souligné Barbara Bessot Ballot. Ils seront attribués aux filières qui auront su s’accorder et où on aura réussi à rendre sa copie avant la fin de l’année. » Ce sont les fameux plans de filière.
Autre sujet brûlant des EGA : les relations dans les filières, avec les acheteurs. « C’est insupportable qu’une filière ne puisse pas négocier avec son client », a martelé Christophe Lejeune. Un constat lucide de l’asymétrie qui existe dans les relations entre les 80 000 producteurs de lait et leurs quelques dizaines d’acheteurs, et entre ces derniers et les quelques centrales d’achats. Mais encore une fois, on sent une certaine naïveté sur la lourde machine administrative qui a conduit à la fin des interprofessions et à l’interdiction des discussions sur le prix dans les filières.
« C’est inadmissible que Lactalis puisse vous dire “c’est comme ça ou vous prenez la porte” », a encore déclaré le député, conscient de l’ambiance violente qui règne dans les discussions entre le principal collecteur français de lait et ses fournisseurs, en Haute-Saône comme ailleurs. L’application de pénalités aux entreprises qui ne publient pas leurs comptes « est indispensable, mais ne résoudra pas le problème », a fait remarquer Christophe Lejeune.

Aides au maintien bio : l’échec
D’autres sujets ont également été évoqués, comme la disparition de la prime au maintien pour les bio, pourtant annoncé comme sauvée quelques semaines auparavant par Mme Bessot-Ballot. « J’ai été la première surprise que ce ne soit pas maintenu dans le plan de finance, avoue-t-elle. Seulement il y a une autre aide concernant le bio qui, elle, augmente. Ça fait quand même un moins, je suis d’accord », admet-elle.
Un dossier qui n’est pas sans contradiction, comme celui du diester évoqué par Christophe Ruffoni. « Le colza est la culture qui nous rémunère le mieux depuis 2 ou 3 ans, a-t-il rappelé. Parce qu’elle a un débouché, une filière sûre : le diester. Aujourd’hui 70 % de notre colza part en diester. Or l’UE a baissé les droits de douane du colza argentin. L’huile argentine arrive en France moins cher que la graine de colza française. Par ailleurs, continue l’agriculteur, on baisse le taux d’incorporation du biodiesel dans le gazole de 7 à 3,8 %. On veut bien faire des efforts mais on ne comprend pas pourquoi demain ce seront les Argentins qui fourniront la filière Diester française. »
Sur ce sujet comme sur d’autres, les députés n’ont pas vraiment apporté d’éléments. Mais au fond, plus que des réponses, les agriculteurs attendent surtout de ces rencontres que les élus viennent s’imprégner des préoccupations du terrain, plutôt que de rester dans les ors parisiens. Une prochaine rencontre sera organisée, sans doute en début d’année prochaine.

LD

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