La qualité fait la différence

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Faire du lait malgré tout / Qui peut continuer à faire du lait aux niveaux de prix que l’on connaît depuis 2015 ? C’est difficile pour tout le monde, mais certains cherchent malgré tout à créer de la valeur ajoutée. Visite à l’EARL Humbert à la Maize, où l’on a fait le choix de la race Simmental.

L’EARL Humbert élève le seul troupeau haut-saônois de Simmental recensé par l’organisme de sélection de la race. Un choix qui interpelle, notamment parce qu’il s’agit d’une vraie décision technique, prise par Thomas Humbert, peu de temps après son installation en 2005. L’exploitation qu’il reprend à l’époque associait traditionnellement la production laitière sur troupeau montbéliard (presque 180 000 L de référence A livré à l’Ermitage) avec un petit atelier d’allaitantes non primées. Les allaitantes sont parties, mais à Thomas est resté le goût des vaches lourdes, bien charpentées.
À tel point que lors d’un passage au Salon de l’Agriculture à Paris, il repère les qualités des vaches Simmental, qui font sa réputation mondiale : un caractère facile, une bonne production de lait avec des taux intéressants pour la production fromagère, et surtout une vraie mixité, notamment une très bonne valorisation bouchère.

Dociles et franches
« Le caractère, c’est important, commence Thomas Humbert. Je tenais à avoir des vaches calmes, faciles à traire et à manipuler seul. Bien sûr, les vaches sont avant tout comme on les élève, mais la Simmental est particulièrement facile. » La première Simmental arrive dans le troupeau en 2007, un peu par hasard, en provenance de Côte d’Or. La transition se fait ensuite en douceur, au rythme que lui permettent les finances de l’exploitation. À ce jour, Thomas trait 29 vaches dont 25 sont de race Simmental ; à l’horizon 2018, il devrait arriver à convertir la totalité de son troupeau.
En France, le berceau de la race est tout près de la Haute-Saône : le Haute-Marne d’abord, en second lieu la Côte d’Or. Plusieurs années successives, Thomas achète des génisses à Balesmes-sur-Marne près de Langres. Puis il commence à construire son troupeau, en achetant des doses sexées, « principalement sur les schémas génétiques allemands et autrichiens ». Aujourd’hui, l’exploitation s’autosuffit avec ses élèves, et cette année, en prévision d’une baisse générale des volumes, elle a même pu céder 2 vaches !

Vraie valorisation bouchère
C’est à présent avec un peu de recul que Thomas Humbert peut parler de la race qu’il apprivoise depuis presque 10 ans. « En moyenne, les réformes sont envoyées à l’abattoir avec des poids carcasse jusqu’à 430 kg, classées de 0 = à R -. » La valorisation bouchère est une bonne particularité de la Simmentale, alors que les améliorations laitières de la montbéliarde se font parfois, ces dernières années, au détriment de la viande. L’objectif de l’exploitation serait bien-entendu de n’envoyer que des vaches finies, pour gagner encore 30 ou 40 kg et surtout une conformation en R= ou R+, mais cela veut dire nourrir et soigner un animal encore 70 ou 80 jours. Un pari en ces périodes dites « de vache maigre ».
Côté mâles, depuis 2 ans que la crise du veau ne permet pas de valoriser un nouveau-né à plus de 150 €, Thomas a fait le choix de les sevrer et de les vendre à 8 mois. Résultat : des animaux vendus en moyenne à 600 € environ, et surtout qui n’ont rien à envier à des veaux charolais : « L’important est surtout d’élever des animaux qui me plaisent, avec lesquels j’apprécie de travailler. »

Entre 50 et 70 € toutes primes confondues
Qui dit transition de race dit aussi reconstruction d’un nouveau capital génétique. D’un potentiel troupeau à 8 000 L de lait par vache en 2005, l’EARL Humbert est descendue les premières années à 4 500 L, avant de remonter progressivement, au fur et à mesure du choix des taureaux, pour arriver aujourd’hui à une moyenne à 6 080 L mesurée au contrôle laitier. L’indice de lait par jour de vie est d’environ 6 L, dans la moyenne nationale de la race.
Mais ce qui fait la grande plus-value de la Simmental, c’est avant tout sa capacité à faire un lait riche : En 2015, l’exploitation atteignait en moyenne 34,51 en TP, et 41,80 en TB, à respectivement +1 et +2 points de son groupe d’élevage. « Il faut aller chercher la plus-value sur le litre de lait, explique Thomas. D’autant que je suis en lait standard, avec ensilage de maïs et d’herbe, foin, céréales et tourteau ; pas en Grand-Cru où l’on atteint des taux de MP plus facilement. » C’est là que le potentiel de race permet de tirer son épingle du jeu : en moyenne, les primes qualités du lait tournent à l’EARL Humbert entre +50 et +70 €/1 000 L, toutes primes confondues. En février, l’exploitation a même produit le lait le plus riche de la coopérative Ermitage : 36,7 en TP, et 45,8 en TB. Un prix final de lait plus important que celui du même mois de l’année passée… De quoi faire le gros dos en attendant que les prix de base remontent.

LD

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