Honneur aux femmes

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AG des Anciens / A l’honneur lors de l’AG des Anciens à Scey-sur-Saône le 14 avril : les femmes en agriculture. Le cinéaste Alain Baptizet est venu projeter et commenter son film traitant du sujet, et Alain Lecler, administrateur à la SNAE, a également apporté un témoignage qui a rappelé à tous des souvenirs d’antan.

C’est une assemblée générale particulière qui a réuni cette année plus de 200 adhérents de la SDAE (section départementale des anciens exploitants agricoles) à Scey-sur-Saône. Certes, il a toujours été question du problème des retraites, qui préoccupe à juste titre nos Anciens. « La retraite, mode d’emploi », sera d’ailleurs le thème des réunions d’automne de la SDAE, comme l’a rappelé le président Jean-Marie Rondey. Mais il a également été fait une place particulière aux femmes en agriculture, et au rôle qu’elles ont notamment tenu au cours du XXe siècle.

Devoir de mémoire
Alain Lecler, président de la SDAE des Vosges, et administrateur à la SNAE, est venu présenter la démarche originale qu’il a entreprise autour du devoir de mémoire à rendre aux femmes des paysans pendant les guerres. En association avec l’Amoma (association des médaillés du mérite agricole), un monument commémoratif va ainsi être érigé à Verdun, et inauguré le 19 juin. Un des éléments émouvants de son témoignage aura été « le rôle des mères dans la médiation », au moment du retour des pères. « Les femmes de toutes conditions ont été mises à contribution, rappelle-t-il, quand les maris étaient au front ou retenus prisonniers. » Et parfois des années après, il a fallu gérer le retour de ces pères, dans des familles où l’on s’était passé d’eux. « J’avais 2 ans quand mon père a été fait prisonnier. Pendant 5 ans, j’ai été élevé par ma tante, avant que mon père ne revienne. Le rôle des mères à ce moment là a été crucial » Un témoignage dans lequel se reconnaîtront nombre d’enfants de sa génération. Difficile d’élever ses enfants seule, et plus difficile encore de renouer des relations avec celui qui aura été absent si longtemps. « J’ai eu des relations conflictuelles avec mon père, jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite, confie M. Lecler. C’est sans doute en partie dû à cela. »

Confort et bonheur
La projection du film du cinéaste haut-saônois Alain Baptizet a également évoqué de nombreux souvenirs aux adhérents. Souvenirs teintés de douce nostalgie le plus souvent. Le court- métrage consistait en une série de témoignages d’anciennes agricultrices ou de femmes d’agriculteurs, entrecoupés d’images d’époque « Toutes les femmes savaient traire, même si elles avaient fait des études chez les sœurs à Besançon »… Brouhaha d’approbation dans la salle. En arrière plan, une réflexion sur la relation entre confort et bonheur. « Chez nous pas d’eau chaude. Pour se laver, on plaçait une lessiveuse dans l’écurie, ça nous permettait d’avoir de l’eau tempérée. » Une autre : « On travaillait en couple ; et un couple, ce sont deux personnes qui travaillent sans se poser la question de savoir si l’autre en fait trop ou pas assez. » Et plus tard : « On a vécu heureux. On n’avait point de sous, mais on n’en demandait point. » Le portrait d’une agriculture à visage familial.
« On a perdu de cette humanité, et c’est dommage », commentera Sylvain Crucerey, président de la FDSEA. « Aujourd’hui les jeunes se torturent l’esprit pour savoir comment ils vont clôturer les comptes… » Il faut en effet bien plus de terres et de bêtes de nos jours pour faire vivre une famille ! Même si, comme le fera remarquer le sénateur et ancien exploitant Michel Raison, « il ne faut pas pêcher par excès de nostalgie ». « Malgré notre stress moderne, nous sommes mieux nourris, mieux soignés, nous disposons de plus de confort. Personne aujourd’hui ne voudrait revenir à des conditions de travail telles que celles-là ! » « Bêcher, biner, arracher les mauvaises herbes, couper les chardons… Ça n’en finissait pas ! » se souvient d’ailleurs une ancienne agricultrice dans le film d’Alain Baptizet. C’était avant le glyphosate, quand les herbicides n’étaient pas encore considérés comme des pollutions, mais comme des générateurs de temps libre pour les enfants…

2017 année élective…
« C’était pas un bon métier, mais c’était un beau métier », conclut, philosophe, une ancienne agricultrice. Retour donc aux réalités actuelles, avec les soucis bien concrets des retraités de l’agriculture. « Les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui les écoutent », a ironisé Alain Lecler, en écho aux promesses électorales de la campagne présidentielle de 2012. « On a encore un an pour y croire ! » L’objectif de 75 % du Smic pour les retraites agricoles n’est en effet toujours pas tenu, parmi d’autres. « L’année 2017 sera une année élective, a rappellé Jean-Marie Rondey. Nous allons donc consacrer cette année 2016 à rencontrer nos parlementaires. » En espérant qu’ils soient réceptifs aux interpellations qui leur seront faites. En attendant, c’est toujours la convivialité qui fera vivre la SDAE, comme en ont témoigné tous ceux qui participent aux voyages, présentés avec toujours autant d’enthousiasme par Mme Mansion.

LD

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