Menace sur les cerisiers

Cerisiers

Ravageurs des cultures / L’insecticide le plus efficace pour lutter contre la mouche de la cerise Drosophila suzukii a finalement été interdit par la France et un certain nombre d’autres pays européens. Quel impact pour les vergers fougerollais qui subissent déjà une météo contraire en pleine floraison ? 

A l’origine est un petit diptère, de la famille des drosophiles, Drosophila suzukii, aussi appelée Drosophile à ailes tachetées (DAT). Originaire d’Extrême Orient, l’insecte a la particularité de s’attaquer aux fruits en cours de maturation, et non comme la plupart des mouches des fruits, à ceux en décomposition. Les cultures les plus touchées sont la framboise, la mûre, la fraise, l’abricot, la cerise, et dans une moindre mesure la pêche, la vigne, la groseille, le cassis… Pour contrer le ravageur qui n’a pour l’instant aucun prédateur naturel, on disposait jusqu’à présent d’un insecticide organo-phosphoré relativement efficace : le diméthoate.

La DAT présente à Fougerolles
Or en février, les produits à base de diméthoate ont été interdits en France, suite à une recommandation de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Aucune dérogation n’a été permise par le ministère de l’agriculture. L’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Hongrie, la Pologne et la Slovénie ont pris la même décision, mais seule l’Italie envisage, comme la France, l’application de la clause de sauvegarde (pas d’importation de cerises provenant de pays autorisant le produit).
Quel impact sur les plantations fougerollaises ? Dans l’Est, l’année 2014 aura été particulièrement propice au développement de la DAT. Les piégeages ont été nombreux en Alsace, dans les vergers expérimentaux suivis par les techniciens de Verexal, dont Philippe Jacques de la chambre d’agriculture d’Alsace. L’année 2015, avec son printemps chaud et sec a été au contraire un bon allié des producteurs de fruits alsaciens. « Les piégeages de DAT ont en revanche été nombreux dans le fougerollais », a pu constater Philippe Jacques, à cause de la météo plus fraîche et humide qui y a prévalu.

Plus aucun insecticide systémique à disposition
Si les ravageurs autochtones de la cerise ont des cycles relativement longs qui permettent de prévoir les vols et d’appliquer des traitements de contact en cas de débordement, le cycle rapide et explosif de la DAT désarme les producteurs de cerise. Avec son caractère systémique, le diméthoate avait l’avantage d’offrir une protection relative pendant environ 15 jours. Les alternatives avancées par le ministre lors de sa réunion avec les professionnels le 19 janvier ne remplaceront pas le diméthoate : Spinetoram et Exirel, par dérogation, Spinosad, Phosmete, Karate… rien de particulièrement efficace. « En Allemagne, où l’on cultive beaucoup de fruits rouges, les producteurs ont réduit les doses et passent plus souvent », explique Philippe Jacques.

« Il va falloir qu’on s’acclimate »
C’est donc aux arboriculteurs de s’acclimater. D’abord, personne ne s’attendait à disposer d’un outil magique : « le diméthoate n’aurait pas tout fait », assure Philippe Jacques, pragmatique. Même réalisme chez Nicolas Lemercier, agriculteur bio : « On fera comme les autres années, on triera. » Et puis on peut espérer que les années ne ressembleront pas toutes à 2014, que certaines années sèches viendront casser les populations de DAT. On peut même rêver d’un nouvel équilibre à venir, qui n’inclue pas la disparition du cerisier, si par bonheur un improbable prédateur venait réguler les populations. « En 2009, la mouche du brou du noyer est apparue, rappelle le technicien de Verexal. On pensait que ce serait la fin, et 3 ans plus tard, un parasitoïde est apparu. »
Les agriculteurs sont déjà habitués à appliquer les bonnes pratiques pour limiter les impacts des mouches de fruits. Mais le ramassage précoce n’étant guère possible en Fougerollais, où l’on a besoin de bons taux de sucre (28-35 %) pour la distillation, il va falloir faire le gros dos en espérant de bonnes conditions météorologiques. Ça commence mal cette année, où la floraison se déroule dans le froid et sous la pluie.

LD

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