L’Europe sourde et aveugle

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Manifestation / Une délégation d’agriculteurs franc-comtois a rejoint lundi 7 septembre la manifestation d’envergure européenne organisée à Bruxelles. Le troisième temps d’un été chargé en manifestations, après les tables rondes en juillet et la manifestation de Paris, mais qui accouche encore d’une série de mesures décevantes.

La manifestation organisée à Bruxelles a réuni lundi 7 septembre près de 7 000 agriculteurs et 1 500 tracteurs, venus de toute l’Europe à l’occasion du conseil agricole européen qui réunissait les ministres. Partie en milieu de nuit de Besançon, le car de la délégation régionale emportait une délégation des FDSEA du Doubs, de Haute-Saône et du Territoire.
Sur place, le cortège a commencé à s’ébranler vers 10h. Beaucoup de Belges et de Français, mais également des Allemands, des Hollandais, des Anglais, des Tchèques, des Bulgares… Tous avec le même constat : l’agriculture européenne meurt. « No farmers, no food », scandaient en boucle les haut-parleurs.
Arrivé place Schumann, au pied de la Commission européenne, l’ambiance s’est nettement tendue. Rapidement, les manifestants ont appris l’absence de Phil Hogan, le commissaire à l’agriculture. Sans interlocuteur, les manifestants ont défilé avec leurs slogans, identiques dans toutes les langues : « L’Europe tue ses JA », « Oui à l’Europe à charges égales », « Europe agricole, juste équitable », « Des prix, pas des primes ». Des marionettes à l’effigie de Juncker, président de la Commission, ont été brûlées. Des affrontements ont eu lieu avec les forces de l’ordre jusqu’en fin d’après-midi ; devant les chevaux de frise, les agriculteurs ont eu droit aux gaz lacrymogènes et pour les plus téméraires au redoutable canon à eau du camion anti-émeutes. Plus loin, on a même assisté à un face-à-face musclé entre 2 tracteurs et un blindé de la police.

Les décisions annoncées
Il faut dire que la déception était notable du côté des manifestants. Au cours de la réunion extraordinaire, le Conseil des ministres a donné son accord à une enveloppe de 500 millions d’euros dont les modalités précises restent encore à définir. L’essentiel serait consacré (probablement plus de 400 millions) à des aides à la trésorerie réparties par État membre, avec des enveloppes ciblées prioritairement sur le secteur laitier et les États membres les plus affectés par la crise. La répartition des enveloppes et les critères d’attribution sont à l’ordre du jour du prochain Conseil des ministres, le 15 septembre. Le Conseil s’est également prononcé en faveur d’une anticipation du versement au 16 octobre de 70 % des aides directes de la PAC ainsi que des enveloppes du développement durable, au lieu du mois de décembre.
Pour les syndicats, ces 500 millions ne sont qu’un retour aux agriculteurs d’une partie de l’enveloppe des pénalités versées pour dépassement des quotas en 2014/2015 qui devrait atteindre près de 900 millions d’euros. Quant à l’intervention, la Commission européenne ne déroge pas à son credo libéral : « Ces dernières années, la politique agricole commune a pris une direction orientée vers le marché. Cela reste la base de notre action », a expliqué un commissaire. Ont donc été annoncées de vagues mesures de stockage privé pour la poudre de lait, le fromage et le porc et des aides supplémentaires à la promotion, en attendant que les prix remontent et que la crise passe… Insuffisant !

« Dites à la Commission qu’elle se trompe »
Bref, « l’exécutif européen n’a pas pris la mesure de la gravité de la crise », conclut un responsable de la Copa-Cogeca, le syndicat agricole européen majoritaire. « Nous avons respecté nos engagements, de protection des sols, de l’eau, du verdissement. À vous de nous trouver des prix », continue le syndicaliste à destination du ministre de l’agriculture belge, Willy Borsus, présent en début de cortège. « Dites à la Commission qu’elle se trompe en pensant que le marché va tout régler ». Mercredi 9 septembre, Juncker continuait dans sa lancée libérale en annonçant son projet de gouvernement économique européen, et sans jamais remettre en cause la signature du traité de libre échange Tafta.

LD

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