Plus de PDI, pas forcément plus de TP

Alimentation du bétail / La cuisson-extrusion des graines protéagineuses améliore leur teneur en PDIE, mais cela ne se
traduit pas forcément dans la composition du lait. Reste qu’on peut atteindre de hauts niveaux de production sans tourteau de soja, en associant le maïs ensilage à des légumineuses et des protéagineux.

Des essais réalisés en collaboration avec Idele dans les stations expérimentales des Trinottières (CA du Maine-et-Loire) et de Trévarez (chambres d’agriculture de Bretagne) ont permis d’évaluer l’intérêt du toastage des graines protéagineuses incorporées dans les rations des vaches laitières. L’intérêt ? Aller dans le sens d’une plus grande autonomie, que ce soit pour des raisons économiques… ou éthiques, avec un recours au soja brésilien de plus en plus contesté par les consommateurs. « L’autonomie alimentaire des exploitations d’élevage est une question centrale aujourd’hui dans un contexte mondial et européen de volatilité des prix des céréales et concentrés protéiques (comme les tourteaux de soja). A titre d’exemple, les systèmes laitiers français sont relativement dépendants des protéines non produites sur l’exploitation, qui représentent en moyenne 23% de la consommation totale en protéines des troupeaux et 40% du coût alimentaire. », relève ainsi Benoît Rouillé, responsable de projets à Idele.
Dans ce contexte, la production d’oléoprotéagineux destinées à l’autoconsommation peut s’avérer être une démarche intéressante à différents titres, y-compris environnemental, pour les exploitations de polyculture élevage. 

Améliorer la digestibilité des protéines
Le programme de recherche SOS PROTEIN cherche à réduire la dépendance des élevages de l’Ouest de la France (Bretagne – Pays de la Loire) aux matières premières riches en protéines importées. Le projet DY+ (Digestibility Yield Increase) est conduit dans ce cadre et cherche à améliorer la digestibilité des protéines, notamment celles des concentrés protéiques, en jouant sur la vitesse de transit dans le rumen, le profil en acides aminés de la ration et le traitement thermique des protéines. La protection des protéines des aliments riches en azote est une des piste explorées pour apporter plus de protéines métabolisables aux ruminants en limitant leur dégradation par les microbes. Ceci permet théoriquement d’améliorer l’efficience protéique des vaches laitières, de réduire le recours aux tourteaux et de produire un lait plus riche en protéines. Plusieurs procédés se développent, dont un procédé thermique de toastage avec pour objectif de remplacer le tannage, technique contestée à cause de l’usage du formol. Sur le terrain, l’intérêt pour le toastage se manifeste par l’émergence de démarches locales de groupes d’agriculteurs qui investissent dans des unités mobiles de toastage, par exemple en Cuma. Une de ces machines était d’ailleurs en démonstration à l’occasion de Tech&Bio, en septembre dernier à Villers Paters. 

Féveroles toastées à 4 kg de MS/jour
Deux méthodes de toastage appliquées sur des graines de féveroles ont été testées dans les fermes du réseau F@rmXP: l’une a été développée par le Grapea 85, appliquée à la ferme sur des graines entières, et testée à la station des Trinottières ; et l’autre est un procédé industriel réalisé par l’entreprise Neovia, appliqué sur graines broyées avec addition de sucres, et testé à Trévarez. Les deux essais ont été conduits sur des vaches Prim’Holstein après le pic de lactation, réparties en deux lots homogènes qui ont reçu une ration à base d’ensilage de maïs et de luzerne déshydratée, complémentées avec en moyenne 1,25 kg de tourteau de colza plus soit des graines de féveroles crues, soit des graines de féveroles toastées. Les quantités de féverole apportées représentaient environ 4 kg de MS/VL/jour.
Premier enseignement de ces essais, le toastage a bien amélioré la valeur PDI des graines de féveroles. Les deux procédés utilisés ont permis d’abaisser la digestibilité enzymatique (DE1) de l’azote de 30 à 40 points, entraînant une augmentation théorique des valeurs PDIE de la féverole toastée de +29 (procédé Grapea) à +72 g/kg MS (procédé Néovia). On pourrait donc s’attendre à une amélioration de la synthèse protéique des animaux ayant reçu les féveroles toastées. La teneur en PDI/kg MS de la ration totale est ainsi passée de 81 à 95 g PDIE/kg de MS à Trévarez. Par ailleurs, il n’y a pas eu de difficulté à faire consommer 4 kg par vache et par jour de graines de féverole, crues ou toastées, broyées grossièrement, dans la ration à base d’ensilage de maïs. Durant les deux essais, l’ingestion est restée très proche entre les lots et ne semble pas avoir été modifiée par les toastages. 

Pas de traduction dans la composition du lait
« Les deux procédés testés n’ont pas eu d’effet significatif sur le lait produit, le taux butyreux (TB), l’évolution du poids des animaux, ni les Matières Protéiques (MP). », observent les auteurs de l’étude. En revanche, le taux protéique (TP) des lots toastés a été significativement inférieur à celui des lots graines crues (-0,6 et -0,9 g/kg respectivement). Les effets du toastage sur les matières grasses produites diffèrent entre les deux essais. Malgré l’amélioration des apports théoriques en PDI grâce au toastage, les MP n’ont pas augmenté et le TP a baissé. L’augmentation attendue grâce à la « protection » de la protéine était déjà faible sur le papier. De plus, le toastage semble avoir réduit la disponibilité en méthionine digestible de la graine de féve-role, aliment naturellement mal pourvu en cet acide aminé. Ce dernier est devenu encore plus limitant pour le TP sur les rations à base d’ensilage de maïs utilisées.
Aussi dans l’état actuel des connaissances, distribuer la féverole crue, broyée, conservée au sec, permettra de réduire les achats de soja sans investir dans un coûteux procédé de toastage qui n’a pas fait la preuve de son intérêt zootechnique. Les procédés de toastage testés ont amélioré la valeur nutritionnelle des graines de féverole sans que cela n’ait permis, dans les conditions de l’essai, d’augmenter les protéines synthétisées dans le lait. Le remplacement de la féverole crue par la féverole traitée n’a pas eu d’effet sur la production laitière. Ces essais démontrent néanmoins qu’il est possible d’atteindre de hauts niveaux de production avec des rations à base de maïs ensilage associé à des légumineuses et des protéagineux sans tourteau de soja (avec seulement ici 1,25 kg de tourteau de colza/VL/j). Il est possible d’utiliser de la féverole crue autoproduite jusqu’à 4 kg/VL/j environ, à condition de la broyer grossièrement et la conserver au sec. « Il semble inutile d’augmenter son coût en la faisant toaster, de manière industrielle ou artisanale. », concluent Julien Jurquet et Valérie Brocard, de l’Institut de l’élevage.

AC

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