Veiller au rythme de croissance

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Elevage des génisses / La dérive de l’âge au premier vêlage a plusieurs causes, certaines conjoncturelles comme la qualité médiocre des fourrages, d’autres structurelles comme l’organisation de l’élevage des jeunes femelles. C’est la rentabilité de l’animal à l’échelle de sa carrière qui se joue pourtant lors de cette phase déterminante.

Les bilans annuels des organismes de conseil élevage pointent régulièrement un âge moyen au premier vêlage bien trop tardif – au-delà de 36 mois – eut égard au potentiel de précocité sexuelle des animaux, et surtout aux conséquences négatives d’un tel décalage. En effet l’élevage des génisses de renouvellement du troupeau, laitier ou allaitant, représente un coût et un temps de travail non négligeables, sans parler de l’impact en termes de bilan fourrager du fait de nourrir des animaux improductifs pendant plusieurs mois. Dans les races laitières, des repères exprimés en poids vifs ou en tour de poitrine à âge type sont proposés pour aider les éleveurs à s’assurer du bon développement des animaux et viser un vêlage à 24 mois.

130 cm de tour de poitrine à 6 mois
« Quels que soient la race, les rations ou l’objectif d’âge au vêlage, la croissance des génisses doit impérativement atteindre le seuil de 130 cm de tour de poitrine à 6 mois pour optimiser l’avenir de la future laitière. Au cours de sa première période de vie, la jeune génisse doit passer de monogastrique à ruminant et développer tous les organes utiles pour sa carrière de productrice de lait. », détaille Anne Blondel, de Conseil Elevage Ain et Saône et Loire. Dans le très jeune âge, la caillette est très développée et le rumen ne représente qu’un cinquième des quatre poches qui constituent l’appareil digestif contre quatre cinquièmes pour un adulte. Il est donc indispensable de favoriser un bon développement de la panse dès le jeune âge pour préparer les jeunes femelles à devenir des ruminants capables de consommer des quantités importantes de fourrages. On sait aussi que la génisse doit atteindre 80 à 85 % de son poids vif à l’âge adulte au premier vêlage. De six mois (pour les génisses) jusqu’à la puberté, la phase de différenciation mammaire est engagée. Des vitesses de croissance de 600 à 800 g par jour sont recherchées. Des niveaux de croissance trop élevés favorisent le dépôt adipeux au détriment du tissu sécréteur. Cet engraissement irréversible de la mamelle diminue la production laitière ultérieure.
Tous les types de fourrage peuvent être mis à disposition des génisses. Ceux présentant des valeurs alimentaires élevées (ensilages de maïs et de sorgho) sont rationnés avec un apport de fourrage plus fibreux à volonté. Les fourrages à valeur alimentaire moins élevés (foin, ensilage d’herbe…) sont plus adaptés aux croissances modérées ou aux vêlages tardifs. Les quantités de concentré à apporter restent alors faibles pour les génisses de races laitières. Elles sont légèrement plus élevées pour les races à viande du fait de leur capacité d’ingestion plus limitée. Dans tous les cas, il est important de veiller à une bonne évaluation de la qualité des fourrages car celle-ci est variable. Les pailles sont correctement valorisées par les génisses à condition d’apporter suffisamment d’azote soluble pour optimiser le fonctionnement du rumen.

Croissance compensatrice à l’herbe
L’élevage des génisses au pâturage est idéal d’un point de vue sanitaire (il permet la mise en place de l’immunité) tout en assurant un développement optimal du squelette des animaux. L’herbe pâturée est en effet une alliée précieuse pour réussir de bons développements grâce au phénomène de croissance compensatrice, qui permet de différer la croissance de quelques mois. Si le développement d’un lot de jeunes animaux a été modéré sur une période d’environ trois mois avant la mise à l’herbe, la croissance compensatrice va leur permettre de rattraper le retard sur les trois mois suivants au pâturage, grâce à la richesse de l’herbe consommée. Ainsi, on pourra se permettre de lever légèrement le pied en fin d’hiver (sans bien entendu délaisser les génisses !) et profiter d’une bonne conduite de pâturage pour parvenir aux objectifs de croissance.
En première année de pâture, l’apport d’un kilo de céréales est souvent nécessaire au printemps, voire toute l’année pour soutenir la croissance dans un objectif de vêlage à 24 mois. Cette option a aussi l’avantage de permettre un apport constant de minéraux, en mélangeant un minéral au concentré distribué. On choisira un produit type 0-28 car l’herbe est riche en phosphore. De plus cette pratique améliore le rapport éleveur/animal. Concernant la seconde année de pâture, l’herbe à volonté est suffisante pour satisfaire les besoins de la génisse gestante.
Concernant l’immunité et la gestion du parasitisme, une première année de
paturage correctement conduite a pour objectif de permettre une mise en place suffisante de l’immunité, ce qui autorisera des impasses de traitements antiparasitaire pour le groupe des animaux en seconde année de pâture et les vaches laitières, à l’exception du cas des douves et les paramphistomes.
L’acquisition de l’immunité passe par le contact de l’animal avec les parasites. Ce contact doit être suffisamment intense pour déclencher une réponse immunitaire, mais pas trop pour ne pas brider la croissance du jeune animal. Dans la difficile recherche du compromis, le choix des parcelles est prépondérant : il faut donc que des animaux modérément infestés aient au préalable fréquenté – et contaminé – ces parcelles. On choisira des génisses en seconde année de sortie, ou les vaches laitières après un déprimage au printemps, avec un temps de séjour relativement court sur les parcelles. A part dans ce cas de figure, la fréquentation du troupeau laitier reste relativement risquée pour les génisses sur le plan du parasitisme, car cette catégorie excrète de grandes quantités de larves. Sur des parcelles à risques, la fauche permet d’assainir en partie la prairie.

Choix des parcelles
Deux autres éléments sont déterminants : le plan de prophylaxie et le choix du type de traitement. Là encore, l’utilisation de produits vétérinaires doit permettre une mise en contact des animaux avec les parasites, et leur rôle est de venir seconder la défense immunitaire. La date d’application des différents traitements dépend de leur rémanence ; définissez la stratégie à adopter avec votre vétérinaire et votre technicien.
Notons aussi qu’il est possible d’entrevoir des modes de conduites avec peu ou sans déparasitage, avec un schéma qui prévoit de faire alterner trois
semaines de pâture (phase d’infestation avec trois semaines en bâtiment, phase de lutte et de développement immunitaire), avant la sortie définitive.

AC

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