L’élevage européen sacrifié

Mercosur

Libre échange / La Commission européenne souhaite accorder 99 000 t de viande bovine aux pays du Mercosur. La FDSEA et les JA ont organisé une opération de vente de viande pour dénoncer ce projet.

C’est encore un « petit accord entre amis » qui va coûter cher à l’élevage européen, et particulièrement au modèle familial français. Initialement, les quantités de viande bovine prévues dans l’accord Mercosur ne devaient pas dépasser 50 000 t en provenance d’Amérique du Sud ; c’est la contrepartie pour l’entrée de produits industriels et de services en direction du marché sud-américain.

Revirement du Président
Mais les Commissaires ne l’ont pas entendu ainsi. Mardi 30 janvier, pressés de clore les négociations commerciales en cours avec les géants agricoles sud-américains, ils auraient fait une offre d’importation de 99 000 tonnes de bœuf qui pourraient entrer sur le sol européen sans droits de douanes. Une proposition qui fait durement réagir dans les milieux agricole, notamment en Irlande et en France, où l’on craint la destruction d’un marché intérieur à peine convalescent et encore très fragile.
La FDSEA de Haute-Saône et les JA s’indignent dans un communiqué : « Jusqu’à quel point Emmanuel Macron est-il prêt à sacrifier l’élevage bovin français dans le cadre de l’accord UE-Mercosur? Jusqu’où ira le reniement du président de la République sur ce sujet ? » On se souvient en effet des accents quasi protectionnistes du Président qui demandait en octobre dernier (lors des États Généraux de l’Alimentation) « une pause dans les négociations » des traités commerciaux. Las, la logique ultra-libérale qui est celle de la Commission, ne semble pas devoir tenir compte de tels arguments. Pour elle, les dégâts causés au secteur agricole ne sont que des dommages collatéraux, qui seront oubliés devant les bénéfices à venir de l’accord commercial. Et visiblement, la majorité présidentielle est également de cet avis. Un comble, quand sur le plan intérieur on cherche à « pérenniser la capacité de production agricole française » comme le disait le ministre Stéphane Travert dans son discours de clôture des EGA.

Vente de viande à prix coûtant
« Conclure cet accord au lendemain des États généraux de l’alimentation ne relève pas seulement de l’incohérence totale des politiques publiques, mais de l’irresponsabilité, continuent les responsables de la FDSEA. Quels que soient les intérêts commerciaux en jeu, une telle concession est inadmissible et doit être très largement dénoncée. » Pour appuyer leurs propos et tenter de mobiliser l’opinion, ils ont organisé jeudi 22 février, juste avant le assemblée générale, une vente directe de viande de vache charolaise, à prix coûtant. Les JA ont également déambulé au milieu des allées du marché, avec une vache charolaise, pour « dialoguer directement avec les consommateurs et les avertir du danger que représente pour l’élevage cet accord avec l’Amérique du Sud ». Il y a urgence : « Selon les calculs de l’Institut de l’élevage, l’importation de milliers de tonnes de bœuf latino-américain en Europe pourrait faire baisser les prix de 10 %, et 25.000 à 30.000 emplois pourraient disparaître dans la filière en France », affirme la Fédération nationale bovine.

LD

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