Focus sur une invasive toxique

Désherbage / Concurrentiel des cultures de printemps, notamment des maïs, sojas, tournesols et productions maraîchères, le datura stramoine a étendu son aire de répartition ces dernières années. La toxicité élevée de cette solanacée pose des problèmes, tant en alimentation du bétail que pour l’industrie agroalimentaire.

Le 28 janvier dernier, Arvalis et l’Unilet ont organisé un webinaire de deux heures sur la problématique du datura. Cette adventice des cultures de printemps exerce une compétition sur la culture vis-à-vis de la lumière, de l’eau et des éléments nutritifs, ce qui affecte le rendement… Mais c’est avant tout une plante très toxique pour l’homme et l’animal ! Comme l’a exposé le docteur vétérinaire Nathalie Priymenko, maître de conférence à l’école nationale vétérinaire : « elle contient des alcaloïdes tropaniques, l’atropine et la scopolamine, qui agissent sur le système nerveux central. Ces substances entraînent des troubles cardiaques, des troubles sécrétoires – salive, estomac, bille, etc. – ou encore des troubles affectant les muscles lisses, comme ceux des bronches ou de l’appareil urinaire. »

Une toxicité élevée
De très faibles quantités de ces molécules, utilisées par l’industrie pharmaceutique, suffisent à provoquer l’intoxication, et toutes les parties de la plante en contiennent. Un pied de datura pour 25 m² de maïs ensilage peut ainsi suffire à provoquer une intoxication mortelle chez les bovins. La limite maximale fixée par la réglementation est d’un gramme de graines de datura par kilogramme de céréales, dans toutes les matières premières ou aliments pour animaux. En alimentation humaine, la limite pour l’atropine et la scopolamine est de 1 microgramme par kilogramme, dans les aliments destinés aux nourrissons et aux enfants en bas âge contenant du millet, du sorgho, du sarrasin ou leurs dérivés, selon le règlement européen 2016/239. Ces seuils sont très faibles et sont généralement atteints avec la production d’une seule plante. Par ailleurs, la réglementation européenne va prochainement s’étendre à d’autres catégories d’aliments que ceux destinés aux bébés, ainsi qu’à d’autres catégories de produits issus des grains de maïs, millet, sorgho ou sarrasin, et aux produits de mouture, comme l’a détaillé Béatrice Orlando, chef de projet chez Arvalis, en précisant la notion de toxicité aiguë « la faible valeur de l’ARFD (acute reference value) à 0,016 µg/kg de poids corporel traduit bien la dangerosité de ces substances ». On peut aussi trouver des plants de datura dans les cultures potagères, comme les haricots, les petits pois, les épinards… ce qui a occasionné plusieurs rappels de produits par les industries agroalimentaires au cours de ces dernières années. « Si l’on s’accorde maintenant à effectuer une traduction opérationnelle de la future réglementation, cela reviendrait dans le cas du maïs grain à rechercher une graine de datura dans deux kilos de maïs, pour le sarrasin cela reviendrait à chercher une graine de datura dans trois kilos de sarrasin et pour le cas du maïs pop-corn, du millet ou du sorgho, cela reviendrait à rechercher une graine de datura dans six kilos de grains ! »
Dans le domaine de l’alimentation animale « en pâture il est rare que les animaux consomment spontanément le datura, même si ça peut arriver… mais le plus gros danger bien sûr c’est quand la plante devient mature, qu’elle sèche : le fruit tombe et laisse tomber les graines par terre et les animaux s’intoxiquent en broutant autour, surtout les chevaux et les moutons. Et puis en ce qui concerne des animaux qui ne seraient pas en pâture on peut avoir un problème surtout avec l’ensilage de maïs, qui est quand même une ressource alimentaire extrêmement distribuée aux vaches, et surtout aux vaches laitières. On a aussi eu des cas d’intoxications avec des tourteaux de soja importés, des tourteaux de lin importés aussi. », précise Nathalie Priymenko

Bien nettoyer le matériel de chantier
Sachant que les graines de datura peuvent survivre plus de 80 ans dans le sol, il est nécessaire de mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour éviter leur présence dans les parcelles. Aude Carrera, ingénieur régional Arvalis, a détaillé les différents leviers. A commencer par le premier d’entre eux : « il ne faut surtout pas laisser les daturas monter à graine pendant l’interculture. En cours de saison, on prendra soin de les arracher manuellement, sans les laisser dans les parcelles et en portant des gants. »
La vérification des abords des parcelles est aussi de mise, ainsi que le broyage des passages d’enrouleurs avant la montée à graine. Lors de la récolte, il est conseillé de débuter par les parcelles les moins infestées. Une attention particulière doit être apportée au nettoyage du matériel de récolte entre les chantiers. Les débuts des travaux sont à surveiller, là où des graines de datura peuvent tomber au sol. « La rotation est un levier prophylactique bien connu pour gérer les adventices, en alternant des périodes de semis, et dans le cas du datura en introduisant des cultures d’hiver avec des périodes de semis moins favorables à cette plante annuelle qui a besoin de sols réchauffés pour germer, afin de diminuer la pression. »
Sur le plan des traitements, de nombreux herbicides sont efficaces mais les levées échelonnées compliquent le contrôle tardif. Il convient de prévoir une base de prélevée puis une ou deux applications d’associations d’herbicides racinaires et foliaires, à positionner sur de jeunes daturas aux stades « 2-4 feuilles » puis « 8-9 feuilles » du maïs. n

Alexandre Coronel, d’après le webinaire organisé par Arvalis

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