Conditions très humides

Grandes cultures / Les importants cumuls de pluies de ces deux derniers mois peuvent laisser craindre un engorgement en eau des sols, avec des conséquences sur les cultures d’hiver, céréales à paille et colza. Mais pour l’instant il n’y a rien de préoccupant.

Les images aériennes sont spectaculaires, avec des centaines d’hectares recouverts d’eau, là où la Saône, l’Ognon ou d’autres cours d’eau sont sortis de leur lit et ont inondé les champs, déjà saturés en eau par plusieurs semaines de pluies. Mais faut-il s’alarmer des conséquences agronomiques d’un éventuel excès d’eau pour les cultures d’hiver ? « La situation est plutôt saine, toutes les cultures sont belles… résume Emeric Courbet, technicien en charge du dossier grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. On observe çà et là des pieds de colza dont le pivot a pourri, mais c’est plutôt rare et ne compromet pas le potentiel de rendement de la parcelle, compte-tenu de la bonne capacité de compensation de cette plante. On doit plutôt se réjouir de la recharge des nappes phréatiques, dont le niveau avait bien baissé suite aux années de sécheresse. »

Des pluviométries très variables
L’analyse des données météorologiques des derniers mois écoulé fait apparaître d’importantes disparités en matière de pluviométrie. Pour janvier entre le secteur de Chargey-les-Gray à 75 mm et celui de Villersexel à 175 mm la différence est criante : on a des variations du simple au double. La succession d’épisodes de pluies depuis début décembre, et surtout depuis Noël, a engendré un engorgement en eau quasi-permanent des sols, qui entrave le fonctionnement correct des racines pour l’instant sans conséquence sur la croissance des parties aériennes, très faible en cette période de l’année.
En remplissant les interstices du sol par de l’eau, les pluies récurrentes chassent l’air du sol et génèrent un milieu anoxique (absence d’oxygène). Cela aboutit à un ralentissement voire un arrêt complet de la croissance des racines, et à un très net ralentissement de leur métabolisme. 
Des travaux australiens indiquent que les racines séminales cessent toute élongation en situation d’hydromorphie, alors que les racines adventives croissent à un rythme moindre. A la levée de l’excès d’eau, les premières ne reprennent plus leur croissance, alors que les secondes recommencent à croître normalement. « Au-delà de l’extension du système racinaire se pose évidemment la question de la fonctionnalité des racines. L’anoxie pénalise très fortement la capacité des plantes à absorber les éléments minéraux. Et les carences minérales deviennent rapidement le premier frein à la croissance des plantes. », prévient Jean-Charles Deswarte, d’Arvalis d’Institut du végétal. Les plantes de blé courant tallage résistent relativement bien à l’excès d’eau : tant que les feuilles ne sont pas submergées, les plantes restent vivantes, même si leur croissance est très ralentie. Par contre, si les plantes sont totalement immergées quelques jours (cas des mouillères ou des zones inondées), ou touchées par l’hydromorphie juste à la levée, il est plus que probable que les pertes soient totales.

Le colza, sensible à l’anoxie
Le colza supporte mal l’anoxie racinaire. Ce manque d’oxygène, temporaire ou sur du plus long terme, peut impacter la croissance future de la plante. Premiers symptômes : la plante prend une couleur rougeâtre. En cause, la fermentation des racines qui produit de l’éthanol s’accumulant dans les feuilles. Ce phénomène perturbe le fonctionnement de la photosynthèse, pénalise le redémarrage des plantes en limitant les croissances aérienne et racinaire. Des défauts d’enracinement qui risquent, par la suite, de diminuer l’exploration racinaire des cultures, de limiter la valorisation des ressources du sol et des engrais et de rendre plus sensible la culture aux attaques de ravageurs. En cas d’excès d’eau prolongé, des disparitions de pieds ne sont pas à exclure. Un bilan devra être réalisé lors de la reprise de végétation. Une autre inconnue est celle du potentiel de nuisance des larves d’altises, dont les dénombrements font état d’une importante population cette année. « On ignore encore leur nocivité, qui va dépendre des conditions météo des prochaines semaines », conclut Emeric Courbet. n

AC

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