Aperçu de l’agriculture togolaise

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Togo / Louis de Dinechin, journaliste à la Haute-Saône agricole jusqu’en décembre 2019 et désormais en mission humanitaire à Sokodé, au Togo, en tant qu’ingénieur agronome, nous fait le plaisir de partager avec nous son regard sur l’agriculture togolaise…

La France a connu 150 ans de progrès techniques fabuleux en agriculture. Les plus anciens se souviennent de l’apparition des premiers tracteurs dans les plaines. La fertilisation s’est affinée depuis le début des années 1920. Aujourd’hui, on en est à inventer le désherbage ciblé et à affiner le semis GPS. À 4 000 km plus au sud, la situation est bien différente.

100 % de paysans
Figurez-vous donc que l’agriculture, dans le Nord du Togo, est bien différente de celle que nous connaissons en Haute-Saône, mais aussi de celle qu’ont connue nos grands-parents : ici, au Togo, tout le monde est paysan. Tout le monde cultive, a sa parcelle, son bout de champ. A vue de nez, 100 % des Togolais que nous côtoyons ont déjà utilisé la houe, 95 % l’utilisent tous les ans, avec une mixité sociale au champ que vous pouvez imaginer. Ça change la perception que les gens ont de la valeur de l’alimentation, car chacun mesure l’effort en amont du gosier.
La mécanisation est absente : je n’ai pas vu un seul tracteur en six mois. Tout le travail du sol se fait à la main. J’estime que 80 % des travaux se font avec trois outils : la « houe » (binage), la « daba » (labour) et le coupe-coupe (défrichage, semis, élagage, abattage des arbres et des animaux, etc.) Pas de traction animale non plus, contrairement à ce qu’on trouve, paraît-il, plus au nord au Burkina.
L’élevage est quasi absent. Certes il y a des chèvres, des moutons et des cochons partout dans la ville, en liberté. Mais c’est à peine un élevage comme on l’entend : pas de programmation des naissances, pas d’affouragement, pas de bâtiments. Les Peuls (peuple nomade) élèvent des buffles, mais ils sont assez mal considérés par les paysans qui redoutent les dégâts aux cultures. Il y a quelques poulaillers modernes (quelques centaines voire milliers de poules) en cherchant bien.
La fertilisation est possible, mais rare et chère. Les magasins disposent de deux formules : 15-15-15, et urée 44. Corollaire du point précédent, pas de fumier disponible. Un nombre limité de pesticides sont disponibles, mais utilisés à mauvais escient (notamment les insecticides) et sans aucun EPI.
Les rendements sont difficiles à connaître, car personne ne mesure ici, et le système métrique est peu usité (surface en lots, volumes en sacs, poids en bols…). Mais à vue de nez, après pesées, comparaisons, interviews, le riz et le maïs font moins de 5 qx/ha, le haricot et le soja environ 2 qx, l’igname 20 qx…

Décalage
Je n’ai bien entendu pas fini de découvrir la variété des pratiques, et ce que je décris n’est applicable qu’à Sokodé et environs. Mais je dois dire que mon bagage technique est non seulement limité, mais aussi assez décalé. Je me sens un peu démuni parfois, avec les mauvais outils. Je sais utiliser un index phyto, reconnaître une quarantaine d’adventices en France, faire un bilan azote… Soit. Ici, ça ne me sert pas à grand-chose, et quand vient le moment de faire les buttes pour semer le soja, j’ai beau penser plein de choses, en pratique je suis le mouvement… Tout manque, et notamment le début d’une filière. Notre système coopératif français a ses défauts, mais il est puissant et a fait ses preuves. Il ne s’est pas construit en un jour ; il manque cruellement ici.
Il existe cependant des points communs entre la France et le Togo : le courage et la ténacité des paysans, qui ne ménagent pas leur peine pour arracher à une nature pas toujours bienveillante et à un environnement économique incertain, de quoi se nourrir et nourrir leurs frères. n

LD

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