Produire du lait sans OGM

Coopérative Pâturages comtois / La coopérative laitière haut-saônoise Pâturage comtois n’échappe pas à la réflexion du « sans OGM », une tendance lourde au niveau national. Question de positionnement stratégique, mais aussi de relations commerciales en filière…

Le 22 janvier dernier, la coopérative Pâturage comtois organisait une réunion technique d’information de ses producteurs sur le thème de la production laitière sans OGM, avec l’intervention de deux techniciens agents relations culture de la fromagerie Hutin, de Dieue-sur-Meuse. « Cette fromagerie appartient au groupe fromager allemand Hochland, et depuis le 1er janvier 2018, tout le site a été basculé sur la transformation de lait produit sans OGM, pour répondre aux attentes de leurs partenaires commerciaux, la grande distribution en Allemagne. Nous leur avons donc demandé de nous présenter la mise en place de cette démarche, de nous détailler la norme et ce que ça implique comme changements au niveau des élevages et de la fromagerie. », explique Emmanuel Leroy, le directeur de la coopérative, qui collecte et transforme 39 millions de litres de lait par an, produit par 70 fermes haut-saônoises.

Un mouvement général dans le grand-Est
En arrière-plan, l’émergence d’une demande de plus en plus forte des consommateurs allemands pour du lait et des produits laitiers issus d’animaux nourris sans OGM. Demande à laquelle les grandes entreprises laitières du Nord-Est ont été bien obligées de répondre, sous peine d’être exclues de cet important débouché historique. « Le groupe Sodiaal, l’Ermitage… toute la filière est en train d’y passer, et ça va être de plus en plus compliqué de ne pas y être, étant donné que nous avons des accords mutuels de collecte : pour pouvoir échanger du lait, il faut qu’il réponde aux mêmes standards. En cas d’excédent de lait par rapport à nos débouchés, nous pouvons aussi en vendre à d’autres transformateurs régionaux, qui demanderont dans un proche avenir la certification “sans-OGM”. C’est aussi valable pour des produits laitiers comme la crème, que nous vendons par exemple à la fromagerie Mulin. » L’effet d’entraînement ne concerne pas que les entreprises de transformation, mais aussi, en amont, les fournisseurs d’aliments du bétail, qui ont dû passer par des démarches de sourcing1, d’audit et de certification pour s’adapter à cette évolution. Bonne nouvelle, cette évolution contribue à réduire la différence de coût entre les aliments certifiés sans OGM et les autres.
Pour la fromagerie Pâturage comtois, le passage à une certification “sans OGM” revêt aussi un aspect stratégique. « Nous sommes une petite coopérative, sur un marché de différenciation. La norme sans OGM est en passe de devenir le prérequis dans un positionnement haut de gamme, analyse le directeur. Le passage de tous nos producteurs de lait standard au sans OGM sera discuté dans les prochains conseils d’administration, car à notre échelle le maintien d’une double collecte et une séparation des flux est difficilement envisageable, pour des raisons techniques », poursuit le directeur.

Une norme venue d’Allemagne
Pour les premières entreprises de transformation laitière engagées dans la voie du sans-OGM, le parcours n’a pas été simple : il n’existait en France ni cabinets d’audits habilités à certifier cette démarche, ni fournisseurs certifiés… « Alors qu’actuellement 60 % du lait produit en Allemagne est certifié issu de vaches nourries sans OGM, la norme allemande vient tout juste d’être adaptée dans la réglementation française, avec quelques modifications, notamment sur la durée de la période de conversion alimentaire (6 mois contre 3) et l’obligation dans une exploitation que tous les animaux de la même espèce soient nourris sans OGM. La question se pose en effet quand il y a un atelier d’engraissement de taurillons ou un atelier vaches allaitantes… ne distribuer que des aliments certifiés sans OGM facilite le contrôle du respect du cahier des charges lors de l’audit, et réduit fortement le risque d’erreur pour l’exploitant. »
Au niveau des producteurs, le principal impératif portera sur la gestion documentaire garante de la traçabilité, à savoir l’archivage des bons de commande et des bons de livraison des aliments du bétail, spécifiés sans-OGM, dans un classeur prévu à cet effet. « Ce sont ces documents qui feront foi, lors des audits, mais aussi en cas de problème. »

Alexandre Coronel

[1] Sourcing, anglicisme dérivé du mot français source : prospection minutieuse dédiée à la recherche, la localisation et l’évaluation de fournisseurs d’une matière première ou d’un produit répondant à un cahier des charges précis.

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