Encore une année difficile pour la coop’

Assemblée générale d’Interval / L’activité d’Interval a été durement impactée par les conditions climatiques de la campagne 2017-2018, avec des récoltes d’été et d’automne très pénalisées, tandis que la volatilité des marchés complique plus que jamais la commercialisation.

«C’est encore une année difficile pour la coopérative », a déclaré Philippe Guinchard, son directeur, en conclusion du rapport d’activité de l’exercice 2018-2019, présenté à l’occasion de l’assemblée générale d’Interval, le 5 décembre dernier à Arc-les-Gray. « Il y a 30 ans, c’était une année sur 5 ou 6 qu’on pouvait qualifier de difficile… désormais c’est le cas d’une année sur deux ! » D’où d’ailleurs un certain étonnement devant le faible succès de l’assurance récolte proposée par la coopérative. « Son succès n’est vraiment pas à la hauteur du risque climatique… mais il est néanmoins de
notre devoir de proposer à nos adhérents des produits innovants, fidèles aux valeurs qui nous animent : équité, transparence et solidarité… », a regretté le directeur.
Les chiffres présentés lors de l’AG mettent en relief cette campagne difficile, à commencer par la collecte… Sortie d’hiver pluvieuse et froide et surtout canicule en fin de cycle et météo chaotique ont compromis la moisson 2018. Les récoltes d’automne, impactées par la canicule coïncidant avec la floraison des maïs, ont contribué à un triste record « une des collectes de maïs les plus faibles que le Groupe Interval n’ait jamais connue. » La collecte 2018/2019, à 355 370 tonnes, accuse donc un recul de près de 25% vis-à-vis de l’exercice précédent. La qualité sanitaire des blés a aussi été durement affectée, avec 40% du volume présentant un taux de DON au-delà des seuils autorisés pour accéder au marché alimentaire.

40% des blés déclassés
Une contrainte règlementaire qui a le don d’irriter le président Didier Vagnaux : « le 1er juillet 2006 la loi a fixé arbitrairement le taux maximal autorisé de la mycotoxine connue sous le nom de DON (NDA : Déoxinivalénol) à 1 250 ppm, soit 1 250 microgrammes par kilo de blé destiné à l’alimentation humaine. Les études sanitaires ont montré que la dose supportable par l’homme est 100 fois supérieure, mais comme d’habitude c’est le fameux principe de précaution qui est appliqué, sans aucun fondement scientifique et sans se préoccuper des conséquences économiques pour les producteurs… nous avons dû exporter ces blés avec un manque à gagner de 20 à 30 € par tonne, à destination des marchés fourragers et cette perte a été supportée par les adhérents. » Le sentiment d’injustice est exacerbé par le fait que simultanément, le pouvoir politique prive les agriculteurs d’une bonne partie des moyens “chimiques” de lutter contre les mycotoxines, les fameux “pesticides”, dont les fongicides font partie… « Il ne faut pas oublier que ces produits coûtent très cher à leurs utilisateurs et que ces investissements ne sont consentis que s’ils donnent des résultats. Le principe de base c’est que c’est la dose qui fait le poison et détermine la réussite d’un traitement ! »

Des appros impactés par un printemps chaud
Les chiffres d’affaires des activités semence (11 087 k€), protection des plantes (14 107 k€) sont stables, tandis que celui de la nutrition des plantes progresse significativement, de 6,55% pour s’établir à 21 644 k€. Les achats de semences de colza ont reculé de 10%, en conséquence des difficultés récurrentes de maîtrises des bioagresseurs ces dernières années, mais compensées par l’augmentation spectaculaire des doses de tournesol, et dans une moindre mesure de fourragères et d’intercultures (+16%). Heureusement que la forte activité du secteur vigne, marquée par une
vendange 2018 record, donne du baume au cœur aux dirigeants de la coopérative. « Le vignoble jurassien affiche un peu plus de 112 000 hectolitres, soit une moyenne de 60 hl/ha, une année record qui va permettre de reconstituer les stocks et de redonner un bol d’air à nos
adhérents. », détaille le directeur. Le chiffre d’affaires bouteilles progresse de près de 14% pour s’établir à 1 670 k€ et celui du matériel de cave explose littéralement à +65% pour atteindre les 543 k€.
Concluons avec le scteur de la nutrition animale, également impacté par la sécheresse : les manques de fourrages ont été compensés chez bons nombre d’éleveurs par des achats extérieurs. « Les tonnages d’aliment Mash, figure de proue de notre activité, ont explosé cette année pour atteindre 32,7 mille tonnes, détaille le directeur : en quatre exercices notre site d’Audelange a fabriqué 6 500 tonnes d’aliment Mash supplémentaire. C’est le reflet du travail réalisé en amont pour fournir aux adhérents des mashs bien formulés, appétents et conformes à vos cahiers des charges. »

Une agriculture maltraitée
Mais plus alarmant encore que les aléas climatiques et l’absence de politique agricole européenne lisible, le président Vagnaux a insisté sur l’ingratitude dont est aujourd’hui victime l’agriculture. « Nous les pollueurs qui utilisons des poisons mortels, les pesticides qui vont détruire la planète, nous avons oublié à quoi ont servi ces produits, qu’on appelait autrefois phytosanitaires… à devenir autosuffisants puis excédentaires dans les productions majeures, à une époque où nous étions rationnés ! » Avant de laisser la parole à Gil Rivière-Weckstein, il n’a pas manqué d’inviter ses collègues agriculteurs à porter haut le flambeau d’une agriculture nourricière, dans leurs familles, leurs cercles d’amis et sur les réseaux sociaux.

Alexandre Coronel

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