Jouer la carte de la prairie temporaire

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Gestion des adventices / Dans un contexte de gestion de plus en plus difficile de la flore adventice et de diminution de fertilité des sols, réintroduire la prairie temporaire dans la rotation constitue un levier intéressant à mobiliser.

Pour Jean-Michel Bouchié, agronome au service Innovation d’Axéréal, les rotations associant cultures de vente et prairies temporaires sont un gage de productivité dans les structures de polyculture élevage.
Premier atout : un taux de matière organique, une vie biologique et une structure du sol améliorés… « Les prairies temporaires stockent beaucoup plus de carbone qu’une culture annuelle, ce qui permet d’augmenter le taux de matière organique dans le sol. Un taux élevé de matière organique améliorera la stabilité structurale du sol, diminuant le risque de battance et accroissant la capacité de circulation de l’eau ainsi que la portance. », expose-t-il.

Un effet de restructuration des sols
« Les racines très longues des fourragères vont structurer le sol en profondeur et, dans le cas des prairies multi-espèces, la complémentarité des systèmes racinaires pivotants et fasciculés permettra de développer encore plus cet effet de restructuration des sols. Les prairies temporaires, couplées à une fumure organique suffisante, favorisent le développement de la faune et de la micro-flore du sol, qui ont une action bénéfique sur la fertilité biologique et la structure des sols. » Prenons l’exemple des vers de terre ; ils créent de nombreuses galeries, améliorant ainsi la porosité du sol, donc la circulation d’air et d’eau, ce qui entraine un ressuyage plus rapide.

Une meilleure gestion du salissement
Les fourragères implantées sont compétitives face aux adventices rencontrées dans les céréales d’automne (Vulpin, Ray-Grass, Brome…) et l’exploitation des prairies avant la montée à graines permet de supprimer celles qui auraient pu se développer la première année. De plus, le rythme de fauche contribue à sélectionner des espèces basses, peu problématiques pour les systèmes céréaliers. L’intégration de prairies dans la rotation rompt le cycle des maladies et des ravageurs de cultures ; en ne leur permettant pas de se développer faute d’hôte adéquat mais également grâce à l’augmentation de la faune auxiliaire. Cette action des prairies sur les adventices et les ravageurs permet en outre de diminuer les charges de productions sur les céréales suivantes.

Une source d’azote non négligeable
Enfin, la prairie temporaire apporte une source d’azote considérable aux cultures suivantes, et cela d’autant plus qu’elle comporte des légumineuses. Une prairie riche en légumineuses (au-delà de 30%) peut fixer entre 120 et 300 kg d’azote par ha et par an. « Pour utiliser au mieux l’azote minéralisé lors de la destruction de la prairie, et ne pas risquer qu’il soit lixivié, il faut très rapidement implanter une culture utilisatrice d’azote ».
Les prairies temporaires ont donc des avantages indéniables dans la rotation. Cependant, Jean-Michel Bouchié alerte sur les précautions à prendre pour bénéficier au maximum de ces avantages. Les bénéfices des prairies se développent petit à petit, la laisser en place entre trois et cinq ans est donc préférable. Ensuite, n’oublions pas que si les légumineuses ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique, il peut être nécessaire de leur apporter une fumure d’appoint, en phosphore et potasse ainsi que de s’assurer que le pH du sol leur sera favorable. La prairie temporaire peut avoir un effet bénéfique sur le rendement des cultures suivantes, mais pour cela, il faudra qu’elle ait été suffisamment fertilisée, surtout si elle ne se compose que de graminées. Enfin, il faudra porter un soin particulier aux conditions d’exploitation de la prairie, car une exploitation en conditions trop humides expose à un risque de tassement du sol et, par conséquent, une dégradation de sa structure.

Même en système céréalier
Les prairies ont donc toute leur place dans les rotations en système de
polyculture élevage, mais qu’en est-il en système céréalier ?
« Agronomiquement, cela aurait un sens d’implanter une prairie en système céréalier. Néanmoins, économiquement, il faut que les agriculteurs puissent trouver un marché. Si ce type de marché existe, alors cela peut être intéressant. »

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