Un État velléitaire

Manifestation / Second coup de poing sur la table des agriculteurs à 15 jours d’intervalle, la manifestation du 22 octobre a réuni 150 personnes à Vesoul devant la préfecture qui a été bâchée. La FDSEA et les JA voulaient ainsi interpeller l’État qui à leurs yeux est trop en retrait sur l’agribashing et manque à son devoir de soutenir, en actes, le secteur agricole.

Trop de mots, pas assez d’actes. C’est en substance ce que les agriculteurs, rassemblés ce mardi devant la préfecture à l’appel de la FDSEA et des JA 70, reprochent aux pouvoirs publics. Dans leurs doléances, le principal dossier est celui de l’agribashing, c’est-à-dire des critiques permanentes et injustifiées dont fait l’objet l’agriculture en général. Comme de nombreux autres départements, la Haute-Saône a donc répondu massivement à l’appel pour le 22 octobre, en bâchant symboliquement la préfecture de Vesoul, « aveugle à la détresse des paysans », et en organisant une stabulation éphémère devant ses grilles.

« On attend une ligne claire »
« C’est la seconde journée de mobilisation ce mois-ci, constate Gérald Pichot le président des JA 70, et il y a toujours autant de réponses. C’est la preuve qu’il y a quelque chose qui ne va pas. » Avec Emmanuel Aebischer, président de la FDSEA, ils dénoncent « le double discours de l’Etat » : « Il faut vraiment que le Président nous dise ce qu’on attend de nous, qu’on ait une ligne claire. Faut-il continuer la montée en gamme, et viser l’excellence agricole que demande le ministre, ou faut-il nous mettre en concurrence avec ceux qui produisent à bas coûts et à faible qualité ? On ne voit pas où on va ». Les manifestants ont aussi relevé les incohérences d’une opinion que l’on maintient mal informée : « On travaille sur les ZNT, on réduit les intrants, c’est notre travail, estime un manifestant. Mais quand on voit les poubelles qu’on retrouve dans les bords de route, et les corps étrangers qui sortent de la mélangeuse… » Autrement dit, on fait peur avec des émissions à charge sur les pesticides, quand les vraies menaces sur l’environnement sont ailleurs, dans la consommation du foncier agricole, l’imperméabilisation des sols, etc.

Tout le monde a un avis
Les questions posées aux passants, même à Vesoul, révèlent l’étendue du problème : le public récite ce qu’il a appris des médias, ces derniers légitiment les campagnes de dénigrement par l’inquiétude du public… C’est ce qu’on appelle une « référence circulaire ». « Tout le monde a un avis sur l’agriculture, tout le monde a pu contribuer à la consultation sur les phytosanitaires, mais est-ce qu’il y a eu une consultation sur le passage de 90 à 80 km/h ? illustre Christiane Lambert. Pourtant c’est aussi un enjeu de sécurité publique ! » regrette-t-elle en dénonçant une instrumentalisation politique de ces sujets qui ont beaucoup d’écho dans l’opinion publique.
Le seul avis qui passe inaperçu, « c’est celui des scientifiques ! s’indigne
Emmanuel Aebischer. Eux aussi, en premier lieu, ont quelque chose à dire sur le sujet ! » Mais les avis des agences de santé, comme l’Anses, ont été
discrédités pour des enjeux politiques, notamment sur le sujet des pesticides ces derniers mois. Le retour de bâton, ironiquement, s’est fait sentir lors de la catastrophe de Lubrizol : L’État a bien essayé de mettre en avant les conclusions rassurantes des agences de santé…
Mais comment dire à quelques mois d’intervalle : « Nous ne leur faisons pas confiance pour le glyphosate », et « il faut les croire pour Lubrizol »…

« L’agriculture n’est pas le problème, mais la solution »
Vers 15 h 30, le préfet est descendu à la rencontre des manifestants. Il s’est voulu rassurant : « L’agriculture n’est pas le problème, c’est la solution. Le Gouvernement en est bien conscient. » Quant à l’agribashing, « il existe, et nous le combattons », assure-t-il. « Toutes les collectivités qui prennent des décisions illégales sur les pesticides, on les attaque », affirme-t-il. L’agriculture « fait partie de la France, de l’identité de la France », martèle encore celui qui a « mis sur pied un groupe d’observation contre l’agribashing, avec des professionnels, des élus, des acteurs de l’Education Nationale ». Interpellé sur l’échec des Egalim, il a assuré faire remonter au Président les propos des agriculteurs. Une remontée sur laquelle Emmanuel Aebischer compte bien : « La FNSEA avait besoin de cette forte mobilisation pour être entendue, conclut-il après avoir décrit les autres mobilisations en cours dans la grande région. J’espère que ça aura des suites, sinon on pourrait monter dans les tours… »

LD

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