Labo, juge de paix

Lait / Les compteurs de cellules sont de plus en plus abordables ; ils sont présents en série sur de nombreuses installations de traite et beaucoup d’éleveurs s’y fient. Pourtant, seule la valeur fournie par le laboratoire interprofessionnel est valide, tant du point de vue légal que de celui de la rigueur scientifique. Un test a été réalisé au labo de Rioz pour comparer deux appareils de comptage, le DCC de DeLaval et le Fossomatic.

Avec la démocratisation des outils de mesure, il est fréquent de voir des éleveurs s’équiper à titre personnel de matériel pour mesurer les taux de cellules leucocytaires dans le lait. Une bonne idée pour surveiller la qualité de son lait, mais parfois un piège lorsque les résultats obtenus diffèrent de ceux fournis par le labo. De bonne foi, les utilisateurs sont étonnés et ont tendance, lorsqu’ils leur sont favorables, à se fier à leurs propres analyses qu’à ceux du laboratoire.

Pas dans la même cour
Pourtant la comparaison n’est pas fondée. D’abord l’échantillonnage : si les procédures du Cniel sont respectées (et c’est une des missions spécifiques du directeur adjoint du Labo de Rioz), les chauffeurs qui prélèvent les échantillons suivent une démarche très précise pour obtenir un échantillon représentatif. L’échantillon qui fait foi est bien celui-là, et les contrôleurs
externes du labo sont là pour s’assurer, par contre-échantillonnage, que le lait analysé à Rioz est bien de la même qualité que celui issu du tank du producteur.
Par ailleurs, aussi sophistiqués qu’ils soient, les petits utilitaires mis sur le marché par les constructeurs ne peuvent rivaliser avec les équipements éprouvés employés au labo, et dont les méthodes ont largement fait leurs preuves. En d’autres termes, opposer les résultats fournis par un analyseur à 200 k€ opéré par des professionnels spécialement formés, à ceux d’un analyseur à 5 k€ manipulé dans des conditions peu contrôlées n’a pas de sens. Les performances avancées par les constructeurs sont éloquentes : 12 % de répétabilité pour le DCC de DeLaval, à 100 000 cellules/ ml, trois fois plus environ que pour le Fossomatic employé au Lial.
D’autre part le DCC est programmé pour compter les cellules dans un volume très petit de lait (60 µL dans la cassette, mais 1 µL mesuré seulement) : le Fossomatic analyse, lui, en flux continu l’échantillon, jusqu’à obtenir la précision voulue (typiquement après 2 500 µL passés). On est évidemment davantage sujet à la variabilité naturelle avec un plus petit échantillon, d’où la meilleure précision du Fossomatic.

L’entretien et le calibrage
Mais ce qui conditionne davantage les résultats, plus que les caractéristiques propres, sont les conditions d’utilisation. Par exemple, le DCC de DeLaval est prévu pour fonctionner « entre 10 °C et 40 °C ». Ce n’est pas toujours le cas sur le terrain, alors qu’en laboratoire les conditions sont plus facilement contrôlables.
Enfin, et c’est sans doute le plus important, tous les appareils de mesure, quels qu’ils soient, subissent des dérives, et doivent à la fois faire l’objet de révision, d’entretien, et de contrôle régulier de la fiabilité des résultats. Au Lial de Rioz, des échantillons témoin (dont la teneur en cellule est connue très précisément) sont analysés tous les quarts d’heure pour vérifier le bon fonctionnement de la machine. Le premier octobre dernier, un fromager d’une coopérative laitière qui venait de remplacer son appareil DCC par un modèle plus récent (juillet 2019) a fourni l’ancien appareil au labo. Après réchauffement protocolaire avant analyse (37 °C), des échantillons calibrés (issus de la chaîne de contrôle nationale Cecalait) sont passés deux fois sur
chacun des appareils : le DCC, et le Fossomatic. Les résultats sont flagrants : non seulement le DCC sous-estime de façon très importante les résultats
(-43 % contre -7 % pour le Fossomatic), mais en plus il a tendance à être plus imprécis pour les valeurs hautes. De même, la répétabilité est moins bonne pour les valeurs hautes. Le défaut de calibrage et d’entretien y est forcément pour quelque chose, mais le constat est accablant.
Il ne s’agit pas de déconsidérer les performances des machines portables qui peuvent être de bons outils de pilotage, mais de réaliser que tant par construction, que par les conditions d’utilisation, de fonctionnement et d’entretien, la valeur fournie par le laboratoire est statistiquement bien plus proche de la réalité que celle qui peut être obtenue par ailleurs.

LD

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