Prendre le temps d’un diagnostic

Travail du sol / Il n’y a pas de mauvais outil pour le travail du sol, mais il peut y avoir des utilisations inappropriées. C’est ce qui ressort de la journée organisée par la chambre d’agriculture le 8 août, avec le groupe Gaia à Volon, et les conseils de Christian Barnéoud, pédologue.

Il y a autant de stratégies de travail du sol que de sols, voire que de
combinaisons sols/cultures, sans compter les influences de la météo, des ravageurs et des maladies… Autant dire que pour choisir son outil de déchaumage, de travail superficiel, de décompactage, de labour ou de préparation du lit de semence, il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte. Pour donner des pistes et des clefs de décision, Christian Barnéoud, pédologue pour la chambre régionale d’agriculture, a répondu à l’invitation de la chambre d’agriculture de Haute-Saône. Il a ainsi animé la rencontre du groupe Gaia (« Groupe d’agriculteurs pour innover en agronomie ») le 8 août à Volon, et une trentaine d’agriculteurs ont pu assister à la démonstration très pédagogique qui a eu lieu.

Éviter de travailler à perte
Le premier conseil de Christian Barneoud, qui est peut-être le plus fondamental, c’est de prendre le temps de faire un diagnostic avant tout travail du sol. C’est d’autant plus facile qu’avec le moindre télescopique, on fait aujourd’hui en 5 minutes un prélèvement de sol, l’équivalent de la fosse pédologique qu’on mettait une demi-heure à creuser à la main, les ampoules en moins. Faire un diagnostic avant et après le travail du sol, c’est aussi parfois éviter de travailler à perte. « En 2015, nous nous posions la question de l’efficacité des décompacteurs, avec un groupe d’agriculteurs, illustre Christian Barnéoud. Nous avons donc observé la structure du sol avant, et après le passage de plusieurs outils. Sur les 7 testés, 5 se sont révélés inefficaces, malgré un certain nombre de réglages ! »

Le sol « nous appelle au secours »
Le diagnostic est donc le premier travail qui a été réalisé, chez Raphaël Brenet à Volon, sur une parcelle à l’entrée du village. « Le sol peut avoir besoin de nous, nous appeler au secours. Parfois les actions du climat et des couverts ne suffisent pas à retrouver un équilibre. » On vérifie donc qu’il y a un problème (et ce n’est pas toujours le cas) en cherchant la trace de déséquilibres flagrants : semelle de labour, dépôt d’alluvions fins en dessous de la zone travaillée, trace d’asphyxie, profondeur de pénétration des racines, hauteur des pelotes de lombrics en cours d’estive, etc.
Ce diagnostic permet de définir la profondeur de travail que l’on doit viser. « Et ce n’est pas forcément en dessous de celle où l’on rencontre le problème ! », insiste les pécialiste. C’est aussi à ce moment que l’on choisit son outil. Sur ce sujet, le pédologue régional n’a pas de dogmes. Pour lui, il ne faut pas « réduire l’innovation au semis direct sous couvert ». Pas plus qu’il ne faut jeter l’anathème sur le labour. En effet, le labour répond à trois besoins : nettoyer (gérer un problème sanitaire), enfouir (gérer des résidus de culture), et restructurer (ameublir). Si le sol ne rencontre aucun de ces besoins, on peut se passer de la charrue.

Cinq outils testés
Pour le reste, c’est le principe de réalité qui fait foi. On creuse, on observe, on passe l’outil, on observe à nouveau. Dans la parcelle en question, pas de problème majeur rencontré après diagnostic initial. Pas de grande stratification horizontale trahissant un manque de circulation des racines ou de l’eau, ni de problème visible de compaction. En conditions réelles, on aurait donc pu se limiter à un seul passage d’outil, en préparation du lit de semence, même pour les racines paresseuses d’un colza. Mais pour le bon déroulement de l’exercice, les cinq outils (prêtés par la Cuma des Vallées) ont été testés, et après chaque passage, un nouveau carottage a été réalisé pour mesurer l’impact sur la structure du sol (voir une partie des résultats ci-contre).
De manière générale, on a pu observer que les outils vibratoires obtenaient un meilleur résultat, notamment sur la capacité de créer des fissures dans le sol, contrairement aux outils à ailettes, qui laissent relativement intacte la zone entre les dents.

Au cas par cas
Le choix de l’outil est donc une stratégie « au cas par cas », qui dépend bien sûr de la texture du sol, mais aussi de la météo, des cultures en place et à venir, du calendrier de travail de l’agriculteur, de la microfaune du sol. « Si vous observez une absence de vers anéciques, illustre ainsi Christian Barnéoud, il ne faut pas se priver d’un outil capable de faire descendre les pailles dans le sol. »
Pour rappel, le « strip-till végétal » n’existe pas ! Il n’existe pas de plantes qui décompactent un sol malade. Toutes les plantes, même les plus réputées pour leur caractère « restructurant », ont besoin d’utiliser les micro-fissures du sol pour faire descendre leurs racines. Et plus encore les cultures au système racinaire moins efficace. Dans certains cas, sur des sols bien-portants, l’outil est toujours inutile, voire nocif. Dans beaucoup d’autres, une intervention réfléchie, « sur la base d’observations », permet de rétablir un équilibre pour obtenir un sol « toujours nickel et prêt à affronter des conditions météo adverses ».

LD

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