Gare au déficit énergétique

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Reproduction / En fin de gestation et en début de lactation, équilibre, quantité et modalités de distribution de la ration doivent être soignées afin d’atténuer autant que possible le pic de déficit énergétique, qui pénalise la reprise de l’activité ovarienne.

Pour les vaches laitières modernes, compte-tenu de leur potentiel génétique dans le domaine de la productivité laitière, le déficit énergétique est systématique et inévitable. Il tient, physiologiquement, à une capacité d’ingestion qui augmente beaucoup moins vite que les besoins et à une aptitude des vaches à bon potentiel génétique à donner la priorité à la production laitière par rapport à leurs réserves corporelles. Selon Francis Enjalbert, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse « parmi les causes d’infertilité, l’alimentation occupe une place importante, si bien que lorsque plus de 15% des vaches d’un troupeau laitier sont encore en anœstrus 40 à 50 jours après vêlage, il faut suspecter une origine alimentaire. »

Ovulations retardées
« Le mode d’action du déficit énergétique n’est actuellement pas complètement connu. Il fait intervenir toutes les sécrétions hormonales déterminant la reprise de cyclicité ovarienne : hypothalamus, hypophyse, ovaires et corps jaune. Les premières ovulations ont donc tendance à être retardées chez les vaches en bilan énergétique négatif, mais celui-ci affecte aussi l’expression des chaleurs. », précise le professeur.
D’où l’intérêt de maîtriser ce déficit énergétique ! Un indicateur pertinent pour l’apprécier a posteriori est celui d’état corporel : la notation de l’état corporel des animaux au vêlage et un à deux mois après permet d’apprécier l’importance du déficit énergétique supporté. On considère que la perte d’état corporel en début de lactation ne doit pas dépasser 1,5 point sur un animal, et 1 point en moyenne de troupeau. En effet, l’analyse des résultats d’enquêtes conduites sur ce thème met en évidence la tendance générale à une détérioration des performances de reproduction lorsque la perte d’état corporel après vêlage s’accroît. Or tant que cette perte d’état reste inférieure à 1 point, l’influence de l’amaigrissement sur la reproduction reste modeste, alors qu’elle devient importante lorsque la perte d’état corporel atteint ou dépasse 1,5 point.
Un déficit énergétique prononcé peut avoir plusieurs causes : la nature de la ration, ou bien un niveau de consommation insuffisant, ou encore à une mauvaise utilisation des aliments par les animaux. « Dans les troupeaux laitiers, la densité énergétique des rations est rarement en cause. Par contre, la distribution de quantités élevées de suppléments de protéines protégées (sous forme de tourteaux tannés en général) stimule la mobilisation des réserves corporelles, et la production laitière d’où une très bonne expression du pic de lactation. Il en résulte un accroissement du déficit énergétique. »

Eviter la compétition à l’auge
Seconde cause possible, une mauvaise consommation de la ration liée à son mode de distribution. Il est impératif que les vaches puissent consommer à volonté les fourrages ou le mélange fourrages-concentrés en ration complète ou semi-complète. Les compétitions entre animaux, lorsque les auges sont trop courtes alors que la quantité de fourrage distribuée est limitée, ou lors de consommation en libre-service au silo, peuvent être préjudiciables à certains animaux, en particulier aux primipares. En dehors des problèmes liés au mode de distribution des aliments, les vaches grasses ont un appétit moindre que les vaches en état corporel moyen.
Enfin, l’efficacité de la digestion d’une ration peut être affectée par le mauvais équilibre des rations. « Deux cas fréquents peuvent être mis en avant.
Premièrement le manque d’azote dégradable pour la flore du rumen, qui peut s’apprécier par le rapport (PDIE – PDIN) / UFL de la ration (qui ne doit pas dépasser 4 sur des vaches en lactation), ou par une faible teneur en urée du sang ou du lait. Il y a alors une carence en azote pour la flore du rumen. La digestion des fourrages se fait moins vite (d’où une moindre consommation), et moins complètement (d’où une faible valorisation de l’énergie de la ration). En second lieu, l’acidose chronique, le plus souvent due à un défaut de transition alimentaire en début de lactation. Le passage brutal de la ration de tarissement à la ration de lactation se traduit par une modification rapide du rapport fourrages / concentrés, et souvent par une modification de la nature des fourrages. Ici encore, la flore est très sensible à cette anomalie, avec au point de vue de l’efficacité de la ration les mêmes conséquences qu’un déficit d’azote dégradable. »

Ni trop, ni trop peu d’azote dégradable
Un déficit d’azote dégradable entraîne indirectement un déficit énergétique de par une moins bonne digestion ruminale. « Les excès azotés sont plus fréquemment invoqués en tant que facteurs de réduction des performances de reproduction chez les vaches laitières. Lorsqu’il s’agit d’excès d’azote non dégradable, ils agissent par le biais d’un accroissement du déficit énergétique dû à une stimulation de la production laitière, comme indiqué précédemment. » Les conséquences d’un excès d’azote dégradable sont plus fortes et plus nombreuses. Premièrement, un déficit énergétique accru en raison de la consommation d’énergie par le foie pour la détoxication de l’ammoniac absorbé par la muqueuse ruminale. Mais aussi une circulation d’urée et d’ammoniac néfaste à la reproduction, car elle provoque la diminution du pH utérin (ce qui affecte la survie des spermatozoïdes) a des effets toxiques potentiels sur les spermatozoïdes et l’ovocyte, voire l’embryon. Enfin cet excès entraine une diminution du taux de progestérone sanguin. Ces divers effets ont davantage de conséquences sur la réussite à l’insémination que sur la durée de l’anoestrus post-partum. « L’origine d’excès d’azote dégradable en élevage peut être complexe. Elle peut aller d’un mauvais choix de complément azoté (tourteau à protéines trop dégradables), à une mauvaise appréciation des fourrages. Dans certains cas, cet excès d’azote dégradable peut être impossible à éviter, avec certains ensilages d’herbe riches en azote, ou avec de l’herbe jeune. »

AC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *