Agriculture : identité et souveraineté

Prefet

Graylois / Première visite d’exploitation cette semaine pour le nouveau préfet de Haute-Saône Ziad Khoury. Les agriculteurs de la FDSEA, des JA et de la FDPL l’ont accueilli à Cresancey, à l’EARL de la Charme. Le préfet a écouté les représentants des agriculteurs et a rappelé l’importance vitale pour la Nation de la souveraineté alimentaire.

Le préfet de Haute-Saône, arrivé dans le département début janvier, a été reçu le 20 mars par les représentants de la FDSEA, de la FDPL, des JA et de la SDAE à l’EARL de la Charme à Cresancey. Une exploitation où les principales productions du département sont représentées, comme l’a évoqué rapidement Thomas Lambert : du lait, des céréales, de la viande, et des ateliers de diversification (escargots et lentilles). Parfait pour mettre dans le bain le nouveau représentant de l’Etat, et lui dresser le tableau de l’agriculture locale.
C’est ce à quoi se sont employés les différents représentants professionnels. Emmanuel Aebischer, pour la FDSEA, a ainsi rappelé l’importance de l’agriculture en Haute-Saône, où l’on recense « 12 000 emplois agricoles directs, 300 Ml de lait et 250 000 ha cultivés pour 220 000 habitants. » Un potentiel de richesse important, déjà bien valorisé par les agriculteurs malgré plusieurs années de crise. « Une crise qui n’est pas terminée, rappelle le président de la chambre d’agriculture Thierry Chalmin. Malgré tous les outils mis en place en 2016, ce n’est pas suffisant tant qu’on continuera à vendre nos produits moins chers qu’on le faisait il y a 25 ans. »

Montée en gamme : déjà faite en grande partie
La solution proposée lors des Etats Généraux (EGA) : la montée en gamme. Nécessaire, mais comme le rappelle le président de la FDPL Mickaël Muhlematter, pas facile quand on part déjà de haut : « En France, affirme-t-il, on ne fait pas du lait standard. Quand on compare avec ce qui est fait au niveau mondial, en France on est déjà monté en gamme. Que ce soit au niveau qualité ou au niveau bien-être animal, la montée en gamme sur nos exploitations familiales on l’a déjà faite en grande partie. » Il faut « dédiaboliser la production standard française », confirme Gérald Pichot le président des JA, tout en se félicitant du nombre d’installation en agriculture biologique (30 %) et en diversification (20 %) sur le département.

Séparation conseil-vente : les pharmaciens vendent-ils moins ?
De la difficulté de faire partie des bons élèves… Sur ce thème, le président d’Interval Didier Vagnaux a rappelé au préfet l’absurdité du système des CEPP. Ces « quotas de vente » de produits phytos sont basés sur la base de ventes réalisées entre 2011 et 2015. « On se doit à partir de 2021 d’être en baisse de 20 % ». Pas facile pour Interval « qui depuis des années a incité ses équipes à une moindre utilisation de produits phytosanitaires, par la mise en place de variétés tolérantes ou du chanvre… » Pas facile plus généralement pour la filière céréalicultrice française « qui a déjà réduit sa consommation de produits phytosanitaires de 50 % depuis 1999 ». Un autre chiffre parlant que l’on oublie souvent : la France est seulement « le 9e pays européen en termes d’épandage de produits phytosanitaires à l’hectare ». « On a un Président qui a une idée toute faite sur la question de la séparation du conseil et de la vente, regrette encore Didier Vagnaux. Pour faire le parallèle avec la médecine, les médecins sont les gens qui prescrivent, et les pharmaciens sont ceux qui vendent. Je n’ai pas l’impression que les pharmaciens soient dans la misère, ni que l’on vende moins de médicaments. » « Le risque, synthétise Thierry Chalmin, c’est que nous soyons finalement obligés de faire appel à des conseillers détachés de nos coopératives ou de nos OS. On continuera donc de payer nos coopératives, et on payera en plus les chambres d’agriculture ou d’autres conseils ailleurs. Attention aux solutions toutes faites dans les bureaux parisiens. »

Mercosur : « Vous avez raison d’être vigilants », admet le préfet
Les agriculteurs n’ont pas manqué de rappeler au préfet les dossiers brûlants en cours : difficultés sur l’entretien des haies, dégâts de gibier, monopoles industriels (dans la viande et le lait notamment), cours d’eau. Les ordonnances attendues à l’issue des EGA inquiètent également : « Sur l’atelier 1, on risque d’accoucher sur des mesures pas assez contraignantes, à l’image de la charte à l’automne, que tous ont signée mais que personne n’a respectée. » Le préfet Ziad Khoury a conclu les échanges en rappelant l’importance stratégique de l’agriculture : « L’agriculture et les agriculteurs sont des éléments à la fois de notre identité mais aussi de notre souveraineté » a-t-il commencé. Quant au résultat des EGA, il a souligné que le combat est celui « pour la valeur », d’après les mots du Président de la République. « Il faut débureaucratiser, il faut qu’il y ait une valeur et un prix », reconnaît encore le représentant de l’Etat en résumant l’esprit des EGA. Si les mots portent au niveau national, le combat est loin d’être gagné au niveau européen. Ziad Khoury, qui a été « 2 ans à la Commission et 8 ans à Bruxelles », en sait quelque chose : « Ce n’est pas l’agriculture qui est priorisée dans l’esprit de certains fonctionnaires européens », constate-t-il en évoquant les grandes négociations commerciales (Mercosur). « Vous avez raison d’être vigilants ».

LD

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