Des augmentations en demi-teinte

vache

Prix du lait / Si heureusement le prix du lait aura augmenté en 2017, il ne sera pas pour autant au niveau où les producteurs l’attendaient malgré des tensions sur certains marchés et des valorisations globalement en hausse. 

L’année 2017 devait être l’année de la sortie de crise laitière et elle le sera effectivement. Malheureusement cela ne suffira pas à compenser les pertes des 2 années précédentes. Au mieux devrait-elle permettre d’équilibrer les comptes de l’exercice, voire de dégager un petit revenu pour ceux dont les charges de structures sont moins élevées.
On attendait mieux coté producteurs. La situation est pour beaucoup incompréhensible. D’abord compte-tenu du battage médiatique autour de la soi-disant pénurie de beurre, mais également au regard des résultats 2017 partiels des groupes privés qui publient leurs comptes. Savencia, Danone et Bel se portant bien, il n’y a guère de raison que ce ne soit pas le cas du 1er groupe laitier mondial Lactalis qui se refuse toujours à toute transparence mais continue tranquillement de faire son marché et d’acquérir ici et là de nouvelles entreprises.
Pour autant, on ne peut malheureusement pas se réjouir de la bonne santé de toutes les coopératives et des plus grosses en particulier, avec en 1ère ligne une Sodiaal toujours à la recherche d’une performance qui lui permette de jouer un rôle de leader.

Vers un prix moyen 2017 de 315 à 325
En 2016, le prix de base à 38/32 (hors qualité, froid, prime contrôle laitier, primes de régularité ou de qualité, ristournes) s’étalait de 270 à 300 €/1000L. Un écart de 30€ ! Soulignons que l’ajout des primes et des ristournes pour prendre en compte le prix réellement payé, augmente un peu plus cet écart, les entreprises payant le prix de base le plus élevé étant le plus souvent celles qui ont également versé le plus de compléments.
La fourchette 2017 s’étalera probablement de 310 à 320€, ce qui signifie que l’écart entre les extrêmes sera divisé par 3 ! Surprenant peut être, mais facilement explicable dans la mesure où aucune entreprise ne peut durablement se démarquer autant sur le prix du lait et « rester dans le marché » au niveau des produits finis.
C’est donc assez naturellement que les prix se sont resserrés, les moins disant de 2016 ne revenant pas toujours au niveau des meilleurs, mais s’en approchant en concédant les hausses les plus importantes, alors que les meilleurs faisaient peu évoluer leur prix, voire le reconduisaient seulement.
Pour la fin d’année, si les PME comme Milleret ou Triballat ont annoncé leurs prix (320, 315, 310 pour le premier et 340, 340, 320 pour le second), les grands groupes comme d’habitude tardent à sortir du bois. Savencia a commencé par revenir sur ses engagements avant de revoir ses prix pour le T4 (320, 335, 345). Sodiaal se dirigerait vers un petit 320 (325, 322, 318), avec un B qui dépasse le A. Le leader Lactalis(323 en octobre) refuse toujours de reprendre les négociations avec l’Unell, son association de producteurs. Ailleurs en France, Danone annonce 368€ pour novembre, avec leur nouvelle formule de prix basée sur les coûts de production. Plus loin, les producteurs de Friesland Campina devrait s’approcher de 390 €/1000l en novembre.

Et le beurre dans tout ça ?
Si la médiatisation, aussi excessive qu’elle l’est généralement, des quelques rayons vides de beurre de la grande distribution accroît le sentiment d’injustice ressenti par les producteurs qui en déduisent que leur prix devrait être plus élevé, pour la FDPL le problème n’est néanmoins pas là.
Ce n’est pas le prix du beurre qui n’est pas répercuté sur le prix du lait.
En effet il l’est, mais tout comme celui de la poudre qui lui, a contrario, est au plus bas et sur le point aussi de battre des records. C’est donc à la valorisation du couple beurre-poudre qu’il faut s’attacher car on ne fait pas l’un sans l’autre et celle-ci est aujourd’hui légèrement en dessous de 350 € les 1 000 litres.
Cette valorisation Beurre-Poudre est répercutée dans le prix par la formule de fixation de l’évolution du prix présente dans la plupart des contrats et elle a un impact largement positif par rapport à 2016, pour exemple +53,7% pour le 4ème trimestre.
Non, ce qui pose problème c’est l’absence de prise en compte de l’évolution de la valorisation, voire directement de la valorisation des PGC sur le marché intérieur, soit en moyenne la destination de 50% des livraisons. D’ailleurs si certaines enseignes de la grande distribution n’ont plus de beurre, ce n’est pas, contrairement à ce que certaines indiquent à leurs clients, parce que les entreprises manquent de lait pour en fabriquer, mais bien parce qu’elles ne veulent pas le payer à un prix qui reflète le marché. En fait ce n’est pas de beurre que l’on manque mais de prix ! Et ça c’est à la grande distribution, celle qui a toujours la main sur le cœur quand on lui parle des difficultés des producteurs, qu’on le doit !
Le Conseil d’Administration de la FDPL en est convaincu, les 20 ou 30 euros qui manquent au prix du lait existent bien dans la valorisation de PGC mais ne sont pas partagés par les transformateurs alors même que c’est la pression du syndicalisme qui leur a permis, au moins en partie, de les obtenir.
Le Conseil d’Administration de la FDPL a demandé que ce ressenti soit remonté à la FNPL et que de nouvelles actions soient coordonnées vis-à-vis de la transformation, à moins que celle-ci n’apporte la preuve que les belles déclarations de la grande distribution n’étaient que du vent !
Pour la FDPL il faut absolument identifier les responsables des augmentations actuelles insuffisantes, et les dénoncer publiquement tant auprès des Pouvoirs Publics que des consommateurs.

Les EGA vont-ils apporter la solution ?
Nul ne le sait mais on ne peut, tout en gardant raison, que l’espérer. Une seule chose aujourd’hui, les premières annonces vont dans le bon sens en proposant une inversion de la construction du prix qui ferait que celle-ci partirait d’une proposition des producteurs au travers de leurs OP et non plus de celle de l’acheteur. Pour autant la FDPL est consciente qu’aucune loi ne fera le prix du lait mais espère que celui-ci finira par refléter un partage équitable de la valeur, persuadée qu’alors tout le monde pourra y trouver son compte, et qu’il ne sera plus, comme c’est encore trop souvent le cas, imposé par un acheteur s’en servant comme variable d’ajustement de son compte d’exploitation.

D’après André Leblond, FDPL 52

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