Les agriculteurs s’engagent

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Eau / La session de la chambre d’agriculture le 29 juin avait pour thème principal l’eau. Un débat à la fois technique, réglementaire et de plus en plus sociétal. 

Quoi de plus fédérateur que l’eau : un bien commun, une ressource universelle, des « convergences d’intérêt » selon les mots de Philippe Boulier, chef du service Territoire et Environnement à la chambre d’agriculture. Pourtant, on assiste plutôt parfois à des « remises en cause de l’agriculture » et des « conflits d’usage sur les sols agricoles ». En cause, un contexte local particulier : « Une multiplicité de captages, exploités par de petites unités de distribution, un sous-sol karstique vulnérable aux pollutions de surface »… « Il ne se passe pas une semaine sans que je prenne un arrêté pour cause de non potabilité de l’eau », confirme la préfète de Haute-Saône Mme Lecaillon. Certes, c’est d’abord à cause de l’effet nombre, et non de la mauvaise volonté des acteurs. D’abord, la plupart des cas de non-potabilité sont liés à une mauvaise qualité micro-biologique ; l’agriculture n’est pas concernée. Ensuite, de gros efforts sont faits pour limiter l’exposition des ressources, puisque environ « 72 % des captages sont protégés, ce qui est au-dessus de la moyenne nationale », se félicite la préfète.

Plus de 10.000 ha de captages protégés
De fait, on estime à plus de 10.000 ha la surface concernée par des zones de contraintes fortes, type PPR (périmètre de protection rapprochée) et ZP (zone de protection). C’est au moins 4 % de la SAU du département, et cela concerne 500 agriculteurs. Nombre d’entre eux sont donc impliqués dans des démarches de réduction des intrants, voire de remise en herbe.
C’est le cas par exemple de Christophe Dubois, installé en polyculture élevage à Champtonnay ; Accompagné de Stéphane Aubert-Campenet, de la chambre d’agriculture, il est venu présenter son rôle dans la préservation de la source de Fontaine Ronde. Près de 20 % de son parcellaire est situé sur la zone de protection. Dans le cadre des MAEC 2010-2015, il a remis en herbe des parcelles autrefois cultivées, réduit la fertilisation et l’IFT herbicides. Il a également modifié ses rotations en introduisant des cultures faiblement exigeantes (méteils notamment). Avantages : la remise en herbe lui permet de répondre au cahier des charges du lait Emmental Grand Cru, dans lequel il est engagé, avec en plus un soutien financier incitatif. En revanche, le rendement des prairies dorénavant non retournées et moins fertilisées « chute fortement en 4ème et 5ème années ». Côté adventices, « ça devient problématique sur le maïs et le soja », explique Christophe Dubois qui « travaille encore sur ses rotations ». Sans compter l’effet secondaire des aides : Une contrainte supplémentaire implique une aide, mais aussi un contrôle de l’ASP systématique, sur l’ensemble de l’exploitation. « Un sentiment de double peine », exprime l’agriculteur. Quant aux mesures opérées sur les taux de nitrates de l’eau, elles sont « encourageantes ». Jusqu’en 2008, les niveaux étaient stables autour de 35 mg/L. Depuis, elles descendent doucement pour se stabiliser à 25 mg/L.

Des actions volontaires
Même volonté de progrès chez Mathieu Constantin, céréalier à Cugney. Appuyé par Céline Beluche, de la chambre d’agriculture, il a engagé depuis 2011 des mesures volontaires de réduction des traitements herbicides sur 35 ha. Introduction de nouvelles cultures, impasses de désherbage sur maïs, création d’un groupe local de réflexion entre agriculteurs, semis de trèfle sous maïs… Les initiatives ne manquent pas. C’est aussi le cas chez Emmanuel Brussey à Francourt, également céréalier. Concerné par la zone de protection du captage de Mont Saint Léger, il est membre du réseau des fermes Dephy, et s’est engagé dans une MAEC portant sur la réduction des phyto-sanitaires sur l’ensemble de la surface (-25 % en 5 ans). Lui aussi a donc développé les cultures à faibles intrants, la gestion des intercultures, le desherbage mécanique, les associations (colza légumineuses), etc.
Bref, les agriculteurs sont-ils « réticents à s’engager », comme le regrette le maire de Champlitte Gilles
Teuscher ? « Pas quand la décision vient du bas, répond Henri Riduet, éleveur à Courcuire. Les exemples précédents ont prouver que ça fonctionne, quand les initiatives viennent des agriculteurs. Ce n’est pas en décidant à notre place qu’on va arriver à faire quelque chose. ». C’est également le sentiment de la chambre d’agriculture qui souhaite être reconnue « comme le seul interlocuteur permettant de concilier les objectifs de protection de la qualité de l’eau d’une collectivité et les exigences de l’activité agricole ». En prenant un peu de recul, il existe une autre raison de se rassurer : l’eau de notre département est de bonne qualité. D’après le dernier rapport disponible de l’ARS (agence régionale de santé), en Franche-Comté entre 2012 et 2014, les nitrates n’ont posé aucun problème : « 100 % de la population a été alimentée par une eau respectant en permanence la limite de qualité ». Pour les pesticides, « 93,3 % de la population a été alimentée par une eau conforme », la limite étant fixée aux seuils arbitraires de 0,1µg/L par substance individualisée, et 0,5 µg/L pour le total des substances mesurées.

LD

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