Une bouffée d’air… et après ?

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Prix du lait / Pour la première fois depuis juin 2014, le prix du lait allemand va repasser au-dessus du prix français. Du fait de la remontée rapide des cours depuis juillet 2016, les indicateurs vont de nouveau être positifs. Personne de sait dire combien de temps durera l’embellie, mais l’indicateur économique publié par le Cniel pour le premier trimestre 2017 est déjà largement dans le vert. 

Les entreprises collectant le lait en Haute-Saône ont tardé à donner leurs prix pour le début de l’année. Presque rien de neuf donc depuis notre point mi-décembre (voir la HSA n°2154), si ce n’est Sodiaal, qui annonce pour janvier un prix A à 305€, et un B à 277,30€. Rien n’est donc joué pour l’année 2017, même si tous les opérateurs s’attendent à une hausse des prix. Mais à quel niveau ? Au niveau mondial, les cours s’envolent depuis l’été. « Le raffermissement des prix des produits laitiers est lié à la baisse récente de la production dans les principaux bassins exportateurs notamment en Amérique du Sud, en Océanie, et en Europe, explique Benoît Rouyer, économiste au Cniel. Depuis 5 mois, entre mai et octobre 2016, la collecte laitière européenne est en diminution, et ce recul tend à s’amplifier : la baisse, pour le seul mois d’octobre atteint 3,2 %. » En Haute-Saône, la baisse de collecte est plus importante encore, avec une baisse annuelle entre 3 et 10 % selon les laiteries que nous avons consultées. Les chiffres de Haute-Saône Conseil Elevage confirment un ordre de grandeur proche de 6 ou 7 % de baisse dans le département.

Retournement de tendance
La baisse mondiale de la production provoque donc la hausse des cours, que le prix du lait allemand reflète toujours rapidement. Le prix français, quant à lui, répercute toujours le prix mondial avec retard. Il semble toutefois que l’on soit en train de rentrer dans une nouvelle phase, avec un prix français en dessous du prix allemand, et donc des indicateurs de nouveau positifs dans un avenir proche. Déjà l’indicateur trimestriel F1 pour début 2017, qui indique l’évolution des prix à l’export et des produits industriels, est de nouveau positif (+8,2%). Cela faisait depuis juin 2014 que le prix français était au-dessus du prix allemand, avec un impact négatif sur le prix du lait. En moyenne sur la période (juin 2014-octobre 2016) l’impact a été de -37€ pour les tunnels avec l’Allemagne (bien que beaucoup d’entreprises ne l’aient pas entièrement répercuté aux producteurs), et -20€ pour l’indicateur F1. Auparavant, entre septembre 2012 et juin 2014, c’était l’inverse : le prix allemand boosté par la hausse mondiale était au-dessus du prix français, et l’impact moyen sur le prix français a été de +16€ pour les tunnels (parfois non répercuté intégralement non plus), et +14€ pour le F1

Des indicateurs à prendre avec précaution
Il convient toujours de prendre ces chiffres avec précaution. À titre d’exemple, la méthode utilisée par FranceAgrimer pour calculer les prix français et allemands a été modifiée dans le courant de l’année 2016. Le prix français, par exemple, inclut désormais le prix du lait bio et le des laits destinés à la fabrication de fromages AOP… Le prix d’octobre 2016 à 300€ est donc au-dessus du prix du lait standard réellement payé par les collecteurs. Et le tunnel avec l’Allemagne est donc artificiellement gonflé, en défaveur des producteurs. L’absence d’une interprofession forte et d’objectifs de filière cohérents rend d’autant plus urgent le besoin de dialogue constructif au niveau des OP (organisations de producteurs), seules à même aujourd’hui de mener les discussions sur le prix du lait. Encore faut-il que les producteurs adhèrent en masse pour augmenter la crédibilité et l’efficacité des négociateurs. Sans quoi, si l’embellie s’avère un feu de paille, les producteurs subiront de nouveau la brutalité des marchés sans avoir pu construire une relation fournisseurs-clients plus juste qu’actuellement.

LD

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