Le grand oral des candidats aux régionales face à l’agriculture

Sylvain_Crucerey_FDSEA70

BOURGOGNE FRANCHE-COMTÉ / Les syndicats FDSEA et JA de Bourgogne Franche-Comté ont rencontré les candidats aux élections régionales de décembre. La rencontre a eu lieu mardi 24 novembre sur l’Earl Druot à Mutigney (39). Six listes étaient représentées.

Ce matin-là, un froid mordant et un épais brouillard attendaient les têtes de liste des partis politiques candidats aux élections régionales sur l’exploitation de Marie et Éric Druot à Mutigney. “La visibilité est très faible, ce qui caractérise bien l’état de l’agriculture aujourd’hui”, lache Éric Druot. L’éleveur de Prim’Holstein va finir l’année 2015 avec un prix du lait payé 340 euros/tonne pour un prix de revient de 350 euros. “Vous, les candidats, vous nous répondrez sans doute que vous ne pouvez pas agir sur le prix du lait mais, en tant qu’élus ruraux et à votre niveau, vous devez faire tout ce qui est possible pour les prix de nos produits.” L’exploitation, en plus des deux associés, emploie l’équivalent d’un mi-temps pour les remplacements et les travaux d’été. Elle se situe également en zone défavorisée simple. L’emploi et l’environnement sont deux thèmes qui rejoignent les préoccupations des politiques, de même que l’économie et l’installation.
Et c’est autour de ces quatre idées fortes que les FDSEA et les JA de Bourgogne Franche-Comté ont invité les candidats aux élections à réagir, à travers une série de questions.

Investir dans les ressources humaines
Le budget agricole des deux conseils régionaux de Bourgogne et Franche-Comté est l’un des plus faibles de France (7,5 millions €). “Nous attendons de nos futurs élus un engagement fort sur la ligne budgétaire agricole de la nouvelle région, sans lissage par le bas”, prévient Samuel Legrand, président de JA Bourgogne. Au niveau de l’installation, il y a deux politiques très différentes entre la Bourgogne et la Franche-Comté, notamment un accompagnement fort du dispositif à l’installation en Franche-Comté. Quel sera l’avenir de ce dispositif ? Se pose aussi la question du renouvellement des générations. Le documentaire sur l’élevage diffusé la veille, le 23 novembre, sur une chaîne de service public a consterné les agriculteurs. “Comment attirer les jeunes alors que les métiers de la production souffrent trop souvent d’une image négative ?” Pour Denise Yoder, présidente de la FDSEA 90, “les groupements d’employeurs avec l’emploi à temps partagé sont une solution pour créer de l’emploi dans les zones rurales. Les emplois tremplin des services de remplacement sont également une piste à creuser”. Le volet recherche et innovation est aussi à ne pas oublier. Enfin, l’accompagnement des exploitations en difficulté doit se faire à différents échelons. ”Nous avons besoin d’une politique locale pour accompagner les exploitations fragilisées par les crises. Quels liens sont possibles entre la région et les actions soutenues par les conseils départementaux ?”, demande Denise Yoder.

Encourager les investissements productifs
Sylvain Curcerey, président de la FDSEA 70, rappelle que la Bourgogne Franche Comté compte 63 000 actifs agricoles. “Il faut les maintenir car ils représentent une grande dynamique sur nos territoires. Aussi, la modernisation de nos outils de production est nécessaire pour gagner en efficience. Quelle sera l’application du Feader au sein de la nouvelle région et le niveau des aides aux bâtiments d’élevage ? Quel appui à l’agriculture de précision, au développement des énergies renouvelables ?”. Emmanuel Aebischer de Haute-Saône, administrateur FNPL, va dans le même sens, en appelant au soutien des filières : “Aujourd’hui le lait ne trouve plus preneur. Nous le vivons très mal. Il nous faut des investissements productifs. Des entreprises laitières sont prêtes à le faire mais manquent de moyens et de perspectives. Le monde laitier a besoin du soutien des politiques régionaux”. Concernant les filières végétales, Jacques Deloisy, FDSEA 21, agite une feuille de papier montrant sur un diagramme le nombre des exploitations céréalières en déficit depuis 2013. “La filière céréalière BFC représente 20 500 emplois. L’enjeu d’avenir pour nous sera de produire plus et mieux en renforçant la compétitivité des exploitations céréalières.” Si le conseil régional est attendu sur son soutien aux exploitations face aux aléas climatiques, ne pourrait-il pas s’investir aussi sur des mesures d’accompagnement qui favorisent la compétitivité comme la gestion du parcellaire, la maîtrise de l’eau,… ? Prenant la parole au nom de la filière viande, Guillaume Gauthier, président JA 71, appelle les élus à soutenir des investissements dans des bâtiments “économes en paille et en temps”, à expérimenter en filière allaitante des systèmes qui permettent de produire moins cher sans brader la qualité. “ L’élevage a besoin d’un soutien fort. Il faut aussi que nos politiques montrent l’exemple par une approche locale de la consommation, en restauration hors domicile et dans les cantines.

Une agriculture en équilibre avec son milieu
“Équilibre”. Le mot est assez fort pour constituer à lui seul un programme. C’est le message que Stéphane Aurousseau, président de la FDSEA 58 a adressé aux candidats aux élections régionales. “Les agriculteurs voteront pour des politiques qui sauront faire preuve d’un juste équilibre et de discernement dans l’accompagnement des exploitations par rapport aux réalités des territoires au niveau environnemental. Ils voteront pour ceux qui reconnaîtrons que les paysans et les ruraux sont la solution au réchauffement climatique et non le problème, et que la cause est à chercher du côté de la concentration urbaine. Ils voteront pour ceux qui sauront reconnaître les nombreux efforts déjà accomplis comme la mise aux normes des bâtiments d’élevage, la réduction des taux de nitrates et de l’usage des produits phytosanitaires…”. Des questions très précises ont été posées aux candidats concernant la réalisation des retenues d’eau pour sécuriser les récoltes, la simplification des normes en concertation avec les professionnels, la prise en compte de l’impact économique des normes environnementales sur les exploitations, le maintien de la politique de montagne et de zones défavorisées en Bourgogne Franche-Comté, le soutien accordé à l’agriculture biologique qui doit s’élargir à d’autres modes de production (production intégrée, agriculture de précision, polyculture-elevage)… Une volonté de concertation et de bon sens que Philippe Monnet, président de la FDSEA 25 résumera d’un mot “pragmatisme”. ”Nous attendons de nos élus des décisions réfléchies et responsables”. À voir comment les nouveaux élus prendront en compte la pause réglementaire annoncée par le Premier ministre. Pour répondre aux questions de la profession agricole, les 10 listes des partis politiques candidats aux élections régionales ont été invitées à s’exprimer ce 24 novembre dans le Jura. Six têtes de liste et leur représentant ont répondu présents.

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