Une sécheresse historique

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Sécheresse / La situation dans le département est considérée par les services de Météo France comme historique, et comparable aux années 1976 voire 1959. Les pluies de la première décade d’août n’y ont rien changé. Les cultures de printemps et les prairies sont durement impactées.

Après un mois de juillet exceptionnellement chaud et sec, une sécheresse des sols particulièrement sévère s’était installée sur une partie importante du territoire national. Les 10 premiers jours du mois d’août, bien que très chauds, ont vu le retour de la pluie un peu partout en France. Les cumuls de précipitations ont été proches de 15 mm sur toute la partie ouest du département, quasi nulles sur l’est.

Proche des records de 1959
« Cette évolution récente temporise la sécheresse des sols superficiels sur certaines zones (Charente, Nord du Limousin, Haute-Saône) mais ne modifie pas globalement la situation, rappelle Météo France dans un communiqué le 7 août. Cette dernière reste en effet préoccupante sur un grand quart nord-est du territoire : l’humidité des sols y reste anormalement basse et proche des valeurs record depuis 1959. »
La cellule sécheresse s’est réunie le 6 août à la préfecture. Le 7, la DDT communiquait l’arrêté préfectoral et la nouvelle carte des zones d’alerte sécheresse du département . Sur le département, toute la partie nord-est (Vosges et zone sous-vosgienne) passe en niveau d’alerte renforcée avec des mesures spécifiques. Le reste du département, moins touché par la sécheresse hydrologique mais probablement plus impacté par la sécheresse agricole (voir ci-dessous) reste en niveau alerte simple.

Affouragement au pré généralisé
À l’issue de la rencontre avec la préfète, les représentants des agriculteurs tenaient une conférence pour expliquer la situation à la presse grand-public. Sur une parcelle de Thomas Hubert à la Maize près de Saulx, ils montraient l’état catastrophique des maïs : végétation rare, manque à la levée, absence d’épis, sénescence anticipée… Sur la route, une ensileuse de retour de chantier. « Ceux qui n’affourageaient pas il y a 15 jours le font maintenant. Les autres continuent à le faire », explique Thierry Chalmin, le président de la chambre d’agriculture. « Ceux qui sont contraints à ensiler aujourd’hui auront 10 t de matière fraîche au lieu de 50 habituellement », explique encore Samuel Dirand, membres du bureau des JA.
La situation est plus critique qu’en 2003, notamment sur les cantons de Gy, Pesmes, Marnay, mais pas seulement… Le maïs, qui avait « toujours été la sécurité des élevages », ne permettra pas aux stocks de se reconstituer cette année. « Il y a des éleveurs qui vont devoir décapitaliser cette année », insiste Emmanuel Aebischer, président de la FDPL. Avec les répercussions à attendre sur le marché de la viande, qui n’avait pas besoin de ce supplément de déséquilibre.
Pour les éleveurs, dont les trésoreries se creusent de jour en jour, la sécheresse vient encore pénaliser une année mal partie. Entre les prix du lait « qui me font perdre 1 000 € par mois » rappelle Thomas Humbert, les taux et litrages qui diminuent, « les banques qui ne font plus leur métier » et obligent les agriculteurs à s’endetter auprès de leurs coopératives, la météo aggrave la situation. « Depuis un mois et demi on gesticule pour faire comprendre la situation », explique Thierry Chalmin. « Rassurer les gens, c’est facile. Mais le plan [ministériel, ndlr], c’est de la poudre aux yeux », conclue un éleveur.

Réflexions sur le modèle d’élevage
Dans les discussions avec la préfecture, la profession a obtenu que les éleveurs qui le peuvent puissent aller puiser dans la Saône pour l’abreuvement des animaux. À terme, il faudrait réfléchir sur des mesures fiscales incitatives pour la constitution des stocks : il est incohérent de taxer les stocks de fourrage dans les exploitations comme s’ils représentaient une richesse tangible, alors qu’ils sont simplement une sécurité.
La question soulevée par la presse généraliste : « Quel modèle d’élevage proposer si ces situations devaient se rencontrer plus fréquemment ? » Sous entendu, pas de maïs irrigué, moins de bétail… Concernant le maïs (jamais irrigué dans notre département), la profession rappelle régulièrement qu’il « ne consomme que l’eau qu’il reçoit », et reste une des plantes les plus économes au vu du rapport MS produite / eau consommée. Et sur la taille des troupeaux, c’est Thomas Humbert qui aura le mot de la raison : « Si on pouvait gagner nos vies avec 50 bêtes sur 100 ha on le ferait ! »

LD

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