Cause animale : l’émotion, et après ?

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Pesmes / Trois vaches gestantes ont été maltraitées mardi 11 août au soir à Motey-Besuche par des malfaiteurs, activement recherchés par la justice – à l’heure où nous mettons sous presse. L’éleveur Serge Baussaint a été contraint de faire euthanasier les animaux. Il redoute la banalisation de cette violence ordinaire.

Imaginer qu’on puisse volontairement maltraiter une vache dans sa pâture, Serge Baussaint ne voulait pas y croire : « Tu as du mal voir », a-t-il dit à son fils qui, voyant ses trois vaches blessées, a prévenu les gendarmes. À côté des vaches allongées, les pattes fracturées, incapables de se relever, une voiture incendiée. « Dans un sens, c’est une chance que la voiture ait été incendiée, se console l’éleveur. Sans cela on aurait pu gamberger longtemps sur les causes du méfait, soupçonner la jeunesse locale… »
Au contraire, dès réception de l’alerte peu après 22h, les gendarmes sont arrivés sur les lieux. Une rapidité qui s’explique par le fait que, depuis 20 h 30, les gendarmes de Pesmes et des environs étaient en alerte. Les forces de l’ordre étaient en effet sur le qui-vive après une série d’exactions commises dans les environs : Virey et Avrigney, où une Scenic a été dérobée, Malans où le bus de la communauté de communes du val de Pesmes a été fracturé et vandalisé, Valey où un des extincteurs du bus a été vidé… C’est donc vraisemblablement les mêmes individus qui ont commis tous ces larcins.

Les TIC au travail
D’après le capitaine Kintzinger du Groupement de gendarmerie de Vesoul, l’affaire des vaches martyrisées est donc en lien avec les autres larcins. « L’enquête est en cours, avec des unités des départements voisins également, notamment du Doubs ». Personne n’a encore été identifié, mais « on dispose de prélèvements », précise l’officier. Un TIC (technicien d’investigation criminelle) de Vesoul a en effet été dépêché sur place (voir encart). Une plainte a été déposée par l’éleveur, « obligatoire pour l’assurance », et point de départ de l’enquête judiciaire. L’acte de cruauté tombe sous le coup de l’article 521-1 du code pénal, qui condamne de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amande le fait de « commettre un acte de cruauté envers un animal domestique ».
« De la petite délinquance gratuite », hypothèque l’éleveur qui se souviendra longtemps de l’émotion causée par le carnage. « J’ai peur qu’on s’habitue à cette violence ordinaire ». Le moment tombe mal pour la production laitière : après un été difficile où les élevages ont eu du mal à traire tout le lait contractuel, la perte de 3 vaches sur le point de mettre bas passe mal. Quant à l’indemnisation évaluée par le vétérinaire (environ 1 500 € par vache) elle est comme souvent insuffisante pour couvrir le préjudice. Certes une génisse fera potentiellement plus de lactations qu’une vache déjà âgée. Mais « si on a gardé une vache âgée, c’est justement parce que c’était une bonne laitière ! ». La cause animale mobilise Le volet médiatique de cette affaire est au fond le plus surprenant.

La cause animale mobilise
Non seulement la presse locale et nationale s’est emparée de l’affaire, mais les réseaux sociaux l’ont également relayée bien au-delà du département. Une page facebook a vu le jour, et une pétition sur change.org a déjà récolté près de 3 000 signatures pour demander la peine maximale pour les auteurs. « J’ai reçu des coups de téléphone de soutien de gens que je ne connais pas, de Strasbourg, de Lyon. » Des lettres de soutien lui sont parvenues, parfois de loin. Sur internet, l’emballement est aussi spectaculaire qu’il sera bref. On trouve même au sujet de ce fait-divers des diatribes provenant de militants pour l’abolition de l’élevage.
Les politiques, de leur côté, « sont loin d’être montés au créneau », regrette l’éleveur qui n’a eu le soutien que d’un maire et du président de la FDSEA. « Je ne demande rien », relativise-t-il tout en remarquant que les élus savent trouver les agriculteurs à d’autres moments. Les services de l’état ont de leur côté pris la mesure du problème. Les gendarmes sont venus tenir l’éleveur au courant de l’avancée de l’enquête, et se sont préoccupés de la situation de l’exploitation. Espérons que les auteurs seront retrouvés. En attendant, le cheptel de l’exploitation ne retrouvera pas son niveau habituel : l’indemnisation viendra, mais avancer la trésorerie, en cette période difficile ? Impossible.

LD

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