L’entreprise Bazin sous surveillance

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Mobilisation / Les mesures annoncées par le Gouvernement n’ont pas calmé les esprits. Lundi 27 juillet, la FDSEA avait donné rendez-vous aux éleveurs devant les portes de l’entreprise Bazin pour dénoncer l’import massif de viande étrangère.

Le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll laissait percer son agacement lundi en constatant que les manifestations d’agriculteurs ne se calmaient pas. De fait, dans de nombreux départements les éleveurs ont continué à exprimer leur désarroi. Les mesures annoncées par le Gouvernement n’ont pas suffi à étouffer les inquiétudes des agriculteurs, et leur application réelle a laissé un certain nombre d’entre eux sceptiques.

Un approvisionnement largement hors-frontières
C’est donc pour mettre la pression sur les industriels que la FDSEA de Haute-Saône avait appelé les éleveurs, lundi 27 juillet, à un rassemblement devant les grilles de l’entreprise Bazin à Breuches-les-Luxeuil. Avec ses 24.000 t de charcuteries produits tous les ans, la société Bazin est en effet un poids lourd régional de l’agro-alimentaire. Or à part les 40 ou 50 tonnes de saucisses sous label IGP, pour lesquels l’approvisionnement est local (abattoir de Valdahon), le reste de la matière première provient largement d’autres pays européens : Espagne, Danemark, Hollande notamment.

Les factures épluchées
Philippe Wagner, le président du groupe charcutier, a accepté de recevoir les éleveurs qui bloquaient les grilles du site. Sylvain Crucerey, président de la FDSEA, demande « les factures d’approvisionnement depuis janvier, avec les prix ». Une cinquantaine de manifestants ont donc investi le bureau du président, tandis que des dizaines de classeurs d’achats leur étaient présentés. Les origines des viandes sont variées : « Une manière de ne pas être dépendant d’un seul abattoir », se justifiait Philippe Wagner lors de la visite de la présidente de région en juillet 2014.
Ce qui choque plus les éleveurs, ce sont d’abord les prix d’achat. On trouve ainsi du collier de bœuf origine Pologne à 3,80 € ! « Anecdotique » pour Bazin, dont le directeur opérationnel Yannick Simonin rappelle que 97 % des tonnages travaillés sur le site de Breuches concernent la viande de porc. Mais là encore on trouve de la parure à 1,40 €, de la poitrine à 2,15 €, du jambon à 2,73 €… Impossible de connaître un coût matière moyen, qui « dépend du mix produit », assure M. Simonin. Ce que l’industriel avance, c’est que sur son appro, « il est à 10 centimes près ». Un argument avancé souvent dans l’industrie laitière également, qui est difficile à comprendre quand on constate les variations annuelles des coûts de matière première : ses amplitudes sont telles, et depuis si longtemps, que si elles mettaient vraiment à mal la trésorerie des industriels, aucun n’aurait du y survivre…

Pas de volonté de se fournir localement
« Je suis conscient de vos difficultés, assure Philippe Wagner. J’ai même été vice-président de l’abattoir de Luxeuil. » «Malheureusement ! lance un manifestant. Car si vous aviez continué à faire travailler Luxeuil, il se porterait peut-être mieux ! » « C’est un autre débat », se défend le président. Hélas non, c’est justement le même débat. Certes, la charcuterie industrielle qui représente 92 % de l’activité de Bazin (dont 70 % pour des industriels, 22 % pour des grossistes) est un secteur largement soumis à une concurrence mondialisée. La filière pâtit pourtant d’un manque évident de volonté politique d’approvisionnement local. « Mais nous pouvons être fiers d’exporter, notamment en Ukraine », plaide-t-on chez Bazin, pour justifier une facture d’achat de viande Lituanienne. Or outre le fait que même pour les ukrainiens, la viande lituanienne reste étrangère, la logique échappe un peu aux manifestants : « Le principe de l’export c’est quand même de prendre des produits français et de les vendre à l’étranger », interpelle un JA… Les éleveurs ont finalement levé le blocage, en promettant de revenir vérifier si « un effort a été fait vers le 100 % français ». C’est donc une mise sous surveillance pour l’industriel haut- saônois.

LD

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