Enseignements d’un printemps sec

Fertilisation azotée du blé / La sécheresse intense du printemps 2020 a coïncidé avec les apports habituels d’azote sur céréales. Les efficacités
mesurées ont toutefois été bonnes, voire supérieures aux valeurs
attendues… L’apport d’une dose cohérente avec le potentiel et son
fractionnement restent essentiels.

Tout comme aux printemps 2011, 2014 et 2017, la sécheresse prolongée de 2020 au moment de la montaison a posé un certain nombre de questions quant à la gestion de la fertilisation azotée et l’interprétation des outils de pilotage. « Pour que le dernier apport d’azote réalisé soit considéré comme valorisé et que l’outil de pilotage apporte toute sa pertinence, il faut théoriquement un cumul d’environ 15 mm de pluie dans les deux semaines suivant l’apport. », expose Diane Chavassieux, ingénieur régional Arvalis pour la Bourgogne Franche-Comté. Le blé est capable d’endurer des carences temporaires en azote pendant la montaison sans trop de dégâts. Néanmoins, plus la période de mauvaise valorisation s’étend, plus l’impact probable sur le rendement se renforce. Si la bonne absorption n’est pas rétablie avant le stade dernière feuille étalée (DFE), le nombre d’épis/m² est d’autant plus affecté que la réserve hydrique du sol est faible. Une fois ce stade dépassé, les perspectives de rattrapage s’amenuisent. Le nombre de grains/épi sera ensuite lui aussi affecté.
Or cette année, bien que la pluie soit un des paramètres déterminant de l’efficacité de la fertilisation azotée, on observe que finalement l’azote a été plutôt bien valorisé malgré les faibles précipitations… Que faut-il en conclure ? « On va vers plus d’extrêmes climatiques, ce qui nous conduit à nous poser la question des stratégies de fractionnement qu’on peut mettre en place… cette année au moment de la montaison la sécheresse était généralisée dans le nord-est, où les précipitations n’ont pas dépassé 5 mm alors qu’on sait qu’il en faut 15 pour valoriser l’azote. »

Précipitations insuffisantes
Les présentations d’Emeric Courbet, en charge des grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, corroborent ces informations. Les résultats des essais de fertilisation azotée sur blés conduits à Bouhans et Feurg, Ormoy, et Pierrecourt illustrent l’importance de bien évaluer le potentiel de rendement dans les parcelles. « En moyenne, sur trois sites, on a obtenu des rendements de 35 quintaux supérieurs aux potentiels estimés. » D’où le conseil stratégique de ne pas revoir à la baisse la fertilisation azotée prévue, même en cas d’accidents climatiques où sanitaire, afin de laisser aux blés l’occasion d’exprimer tout leur potentiel. « Il reste indispensable de s’appuyer sur le reliquat en sortie d’hiver (RSH) et de calculer la dose X indispensable. On s’aperçoit que les rendements sont plus impactés par l’effet dose que par son positionnement. »

Points clés pour valoriser l’azote
L’ingénieur Arvalis résume « statistiquement parlant, le nombre de jours avant d’avoir une quantité de précipitations considérée comme suffisante pour valoriser un apport d’azote est très variable ! » Heureusement, la pluie n’est pas le seul facteur à prendre en compte. « La rosée et l’humidité du sol permettent de faire fondre les granulés et l’azote se distribue ensuite par capillarité dans le sol. », poursuit-elle, avant de rappeler les fondamentaux de la fertilisation azotée. « Le premier point clé consiste à fractionner les apports pour accompagner la croissance et limiter la quantité instantanée apportée, pour éviter le risque de limiter le rendement. Le second est de placer ses apports avant une pluie, même si on perd en précision sur le stade végétatif, la probabilité de pluie doit primer dans la hiérarchie des facteurs de décisions. » Quelques millimètres de pluie, ou des rosées, suffisent à faire fondre des granules d’engrais. Les remontées d’eau depuis les horizons inférieurs vont ensuite distribuer l’azote plus profondément. Mais des paramètres peuvent influer négativement sur cette dynamique : un climat desséchant la surface du sol (sec et venté), une culture peu couvrante laissant le sol exposé à la dessiccation, ou encore un sol léger, sableux ou caillouteux.
Photo à l’appui, Diane Chavssieux illustre que l’augmentation de la quantité d’azote disponible favorise le développement foliaire au détriment des racines. « Si l’eau disponible est limitante par la suite, on fait de beaux blés qui vont mal finir ! »

Alexandre Coronel

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