S’installer en bio, mode d’emploi !

Parcours professionnel / Des marchés porteurs, un soutien public avec des aides majorées à l’installation, l’accompagnement technique des techniciens des chambres d’agriculture, du GAB et d’Interbio… autant d’éléments favorables à l’installation en agriculture biologique, présentés lors d’une journée sur ce thème à la MFR de Fougerolles.

La journée « Demain, je m’installe en Agriculture Biologique » avait lieu le 28 octobre dernier à la Maison familiale et rurale de Fougerolles. Coorganisée par la Chambre d’agriculture de Haute-Saône et le syndicat des agriculteurs bios, le GAB 70, elle a réuni une quarantaine de personnes, apprenants à la MFR et porteurs de projets venus s’informer sur les dispositifs d’accompagnement, les aides à l’installation spécifiques à l’AB, la démarche de conversion et plus largement l’environnement technico-économique de ce mode de production. Laetitia Fayard, conseillère agricole du service ODASEA, est intervenue à cette occasion pour présenter le dispositif d’accompagnement des projets d’installation, ainsi que la grille de modulation des aides accordées par les pouvoirs publics aux jeunes agriculteurs. « Selon les régions, les critères de modulation de ces aides diffèrent, car ils sont définis en fonction des priorités du schéma régional des structures : zone de montagne, agroécologie (dont l’agriculture biologique), filière à haute-valeur ajoutée (signes de qualité), emploi, coût de la reprise ou de la modernisation, hors-cadre familial… Dans notre département, la dotation aux jeunes agriculteurs a un montant moyen de 37 à 38 k€, un peu plus dans les circuits courts. 80% de ce montant est versé dans les six mois qui suivent l’installation, le solde au bout de cinq ans, après un contrôle administratif. »

Mise en relation, étude de marché, valeur de reprenabilité
La conseillère en a profité pour présenter les services proposés par l’ODASEA : mise en relation des cédants avec des candidats potentiels, expertise pour estimer la valeur des exploitations, études de faisabilité… « On s’aperçoit que si 95% des candidats cherchent une structure individuelle ou une association dans le cadre familial pour s’installer, 55% des offres diffusées dans le répertoire à l’installation que nous animons concernent une recherche d’associé. » L’engouement pour l’agriculture biologique se reflète aussi dans les tendances, avec plus de 50% des souhaits d’installation en AB (106 candidats sur 210 en 2019). Concrètement, cela s’est traduit par 37 installation en 2020 et 40 en 2019.
Mickaël Grevillot, technicien en charge de l’agriculture biologique à la CA70 a précisé de son côté que les « fondamentaux » sont propices à l’installation en AB, dans toutes les productions. « C’est un marché en croissance depuis 20 ans, tiré par une demande croissante des consommateurs, qui font le choix d’acheter des produits bios d’abord pour leur santé, en second lieu pour la qualité et le goût des produits, puis viennent des motivations plus “éthiques”, comme l’environnement, le bien-être animal… », a-t-il exposé, avant de faire un focus sur la dynamique haut-saônoise, figure de proue du développement de la bio dans la grande région. « On a franchit la barre des 300 exploitations en bio, soit un doublement de l’effectif en 15 ans. Toutes les productions sont représentées (lait, viande, maraîchage, viticulture…). » Un succès qui s’explique en grande partie par la bonne intelligence des différents réseaux qui accompagnent le développement de l’agriculture biologique : les chambres d’agriculture, avec une vingtaine de techniciens en Bourgogne Franche-Comté, dont trois en Haute-Saône, Interbio, avec ses conseillers spécialisés par filières, et les syndicats départementaux…. Tels le GAB70, le syndicat des agrobiologistes de Haute-Saône, dont le président Vincent Eyer a explicité les missions. 

Mutualiser les connaissances

« Nous sommes là pour faire la promotion de l’agriculture biologique dans le monde agricole et auprès des consommateurs, et ça passe par de nombreuses actions, telles que des journées portes-ouvertes, des actions de communication tournées vers le grand public, comme “l’automne sera bio” ou le “printemps bio”, dont nous sommes les relais au niveau départemental. Notre syndicat compte une petite centaine d’adhérents, toutes productions confondues. Nous travaillons aussi en groupes d’échange, par production, pour pouvoir nous comparer en termes technico-économiques. C’est un outil très efficace pour déterminer ses marges de progrès, mais aussi, quand on s’installe, bénéficier de l’expérience collective. C’est l’occasion de mutualiser nos connaissances, des savoir-faire. Nous avons par exemple dans le groupe lait un rendez-vous annuel de mise en commun et de discussion autour des résultats de nos exploitations, 3-4 jours de formation en hiver sur un thème que nous avons choisi, et des voyages d’études. »
Marion Churout, conseillère-apprentie à la CA70 dans l’animation technique de l’agriculture biologique a pour sa part détaillé les étapes administratives de l’installation, et leurs conséquences en termes de calendrier, la déclaration PAC signant le début de l’engagement dans le processus de conversion. « Tout commence par l’appel d’un conseiller spécialisé, voire, si vous êtes producteur de lait, de votre laiterie pour connaître sa politique de développement de la filière biologique, qui sera votre futur débouché », a-t-elle rappelé, avant de s’appuyer sur un cas concret pour préciser les conséquences concrètes des deux schémas dominants de conversion, simultané (surfaces et cheptels sont convertis en même temps) et différé, où le cheptel ne démarre sa conversion que 18 mois après les surfaces. Mickaël Grevillot a eu le mot de la fin « l’anticipation est le maître-mot d’une conversion réussie : il faut essayer de prévoir toutes les conséquences de ce changement de mode de production. Quels débouchés pour le lait, mais aussi pour les veaux, la viande des vaches de réforme, quelles surfaces consacrées à l’alimentation du troupeau, compte-tenu des baisses prévisibles de rendement, notamment dans les cultures céréalières destinées à l’autoconsommation ? L’intérêt de se faire accompagner, c’est de ne rien oublier, et de bénéficier de références locales, qui permettent de savoir où on va. »

Alexandre Coronel

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