Retrouver des marges de manœuvre

Franche-Comté / L’augmentation de la fréquence des sécheresses interroge le monde agricole. Une série de journées portes-ouvertes organisées sur le thème du changement climatique a permis aux participants d’échanger sur les adaptations possibles de leurs systèmes fourragers, la sécurisation de l’abreuvement, les bâtiments d’élevage…

Du 17 septembre au 15 octobre, les chambres d’agriculture de Bourgogne Franche-Comté et leurs partenaires ont organisé une série de conférences et journées portes-ouvertes dans des exploitations agricoles aux pratiques innovantes. Onze événements, destinés aux professionnels du secteur agricole, ont ainsi eu lieu dans tous les départements de la région. L’idée est d’abord de mettre en avant les initiatives vertueuses, comme l’explique Christian Decerle, agriculteur en Saône-et-Loire et président de la chambre régionale d’agriculture BFC. « On ne parle pas assez des agriculteurs qui inventent des nouvelles manières de travailler en respectant l’environnement. Pourtant, les agriculteurs entretiennent depuis toujours des relations étroites avec le climat, et ils ont sans cesse adapté leurs pratiques et leurs productions aux changements climatiques. »

Déficit fourrager estival et stress thermique des vaches
Si les conséquences du changement climatique sont médiatisées – hausse globale des températures, inondations, fonte des glaces, augmentation du niveau de la mer, modification du régime des pluies, assèchement des sols – il n’est pas toujours simple de mesurer leurs conséquences concrètes sur les systèmes d’exploitation. A Fontenois-les-Montbozon, Stéphane Aubert-Campenet et Margaux Reboul-Salze, tous deux référents climatiques à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône ont illustré, photo satellite à l’appui, la sécheresse estivale et la difficulté de produire de l’herbe au cours de l’été 2018. « Cette même année avait été marquée par des inondations printanières. » Les deux techniciens ont exploré les conséquences locales des différents scénarios climatiques envisagés par le GIEC. La température moyenne de la ville de Vesoul pourrait atteindre 13°C d’ici la fin du siècle ; contre 9,8°C actuellement. « C’est la température moyenne de Montélimar à la fin du XXème siècle ! » Les gelées deviendraient beaucoup plus rares, et à contrario le nombre de jours à plus de 27°C bien plus important. Le régime de pluviométrie devrait également être impacté, plus irrégulier, avec une augmentation marquée du nombre de jours sans pluie entre le 15 avril et le 31 octobre. « Les données historiques extrêmes vont devenir la norme. » Si on introduit ces données dans les modèles mathématiques de prévision de la pousse de l’herbe « on observera un démarrage plus précoce de la végétation et un déficit estival plus marqué, qui nécessitera de prévoir structurellement un affouragement complémentaire en été, avec également une arrière-saison plus longue. », détaillent les techniciens, en s’appuyant sur les résultats de l’étude CLIMA XXI. Déjà, la date de mise à l’herbe été avancée de plusieurs jours depuis les années 70, ainsi que la date de fauche.
François Dubief, de Haute-Saône Conseil élevage, a mis en avant le faisceau de difficultés nouvelles qui vont s’exercer sur les exploitations. « On s’achemine vers un cumul de contraintes météorologiques qui vont compliquer les interventions techniques : semis, récoltes, travail du sol… ça vaut aussi pour les cultures dérobées et les méteils qui ont été mis en place pour équilibrer les bilans fourragers. En élevage laitier, le nombre de jours avec un stress climatique modéré à élevé va augmenter : c’est déjà arrivé fin mai ces dernières années. Les vaches à niveaux de productivité élevés sont davantage pénalisées, et il faut prendre également en compte, au-delà de la baisse de production, des impacts sur la qualité du lait (les taux cellulaires), et à plus long terme sur la fertilité, la longévité des animaux. Les vaches taries souffrent aussi du stress thermique. Ces scénarios posent des questions sur la pertinence des dates de vêlage, les transitions alimentaires quand il faudra repasser en ration sèche en été, puis retourner à l’herbe si un orage a permis à l’herbe de repartir ; mais aussi sur l’opportunité de répondre à la demande de filières qui veulent du lait d’été… » 

Sécuriser les stocks fourragers
Parmi les pistes abordées, au cours des échanges nourris entre les participants, la « désintensification », pour retrouver des marges de sécurité dans des systèmes où l’optimisation a été poussée à ses limites. « ça peut passer par moins de vaches ou moins de lait à l’hectare, faire en quelque sorte machine arrière : avec la fin des quotas laitiers on est passé de 3 500 litres de lait à l’hectare à 6-7 000… ça ne permet pas de faire les 20 à 40% de report de stock de fourrages qui sécuriseraient le système. Surtout quand les maïs ensilages ne font plus que 8 T de matière sèche à l’hectare, contre 12 quand ils ne sont pas pénalisés par un stress hydrique pendant la floraison. », reconnaît le chef de service. Autre levier d’action, l’implantation de prairies temporaires à base de luzerne, plante dont l’enracinement profond facilite le redémarrage, même après une sécheresse. Les sorghos fourragers sont aussi à l’essai, avec des résultats pour l’instant mitigés.

AC

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