Protéines végétales autoproduites au menu

Polyculture élevage / L’amélioration de l’autonomie protéique se raisonne à l’échelle de la rotation, avec l’intégration de cultures telles que la luzerne ou le soja, les prairies riches en légumineuses…

En matière d’autonomie, le thème de l’autoproduction des protéines végétales destinées au troupeau est central. « Cela vaut pour l’aspect économique (réduction des achats d’engrais azotés et des protéines végétales importées), les volets travail, rotation, et même la protection des captages, pour limiter le recours aux produits phytosanitaires, et on se rend compte que des cultures telles que la luzerne ou les méteils offrent des pistes intéressantes… », expose Stéphane Aubert, de la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. Didier Deleau, Ingénieur régional Arvalis- Institut du Végétal et spécialiste de la luzerne, promeut cette culture, là où elle est possible, compte tenu des nombreux avantages qu’elle apporte : fertilisation azotée inutile, effet positif sur la structure du sol, reliquat d’azote disponible pour la culture suivante, pertes d’azote nitriques limitées, production estivale importante, rendements réguliers et atouts nutritionnels. Sur le plan environnemental, à ceux qui se demandent si la luzerne a sa place dans un système à fortes contraintes vis-à-vis des nitrates et du lessivage, Didier Deleau répond : « La luzerne est une plante capable d’utiliser efficacement l’azote minéral résiduel du précédent et son système racinaire puissant réduit la lame drainante. Sur le plan agronomique, il n’y a donc pas de raisons objectives à s’interdire la luzerne vis-à-vis d’un risque de lessivage des nitrates vers la nappe phréatique. »

Sept atouts pour la luzerne
Premier atout de la « reine des plantes fourragères », sa capacité à fixer l’azote atmosphérique, qui non seulement rend inutile toute fertilisation azotée, mais assure de plus une fourniture conséquente pour les cultures suivantes. « La luzerne va restituer de l’ordre de 100 kg d’azote à l’hectare, 60 % la première année, et 40 % la seconde. » Pour que cette capture de l’azote de l’air fonctionne à plein, plusieurs conditions doivent néanmoins être réunies. « Les bactéries symbiotiques du genre Rhizobium qui formes les nodosités racinaires doivent être présentes dans le sol – sinon il faut les apporter par inoculum – et elles ont besoin de sols aérés pour bien fonctionner. Tout compactage limitera le développement des nodosités et la profondeur d’enracinement des légumineuses. » Le pH du sol est aussi un facteur à surveiller. « Un pH de 6,5 est la garantie d’une bonne production fourragère et d’une bonne pérennité. Cela nécessite pour certains sols un entretien calcique régulier. » Côté dates de semis, la fin de l’été (jusqu’au 30 août dans notre région) permet à la plante d’atteindre le stade 2-3 feuilles trifoliées avant les premières gelées. Au printemps, un autre créneau, du 15 mars au 20 avril est également possible. « Concernant l’itinéraire technique, nos essais démontrent que l’effet année est plus important que le choix de telle ou telle technique… le principal est d’obtenir un lit de semence très émietté (mottes inférieures à 3 cm) avec de la terre fine en surface pour favoriser le contact terre – graine. » La très petite taille de la graine de luzerne (2,2 g de PMG) impose en effet une préparation du sol soignée, et rend le rappuyage indispensable à une bonne levée. « Le choix variétal permet de s’orienter sur des variétés résistantes aux maladies et tolérantes aux nématodes. », poursuit Didier Deleau, conseillant aux éleveurs de se connecter au site www.herbe-book.com pour comparer les caractéristiques variétales.

Respecter les exigences biologiques
« C’est une culture assez dépendante de la fertilisation phosphatée et potassique », relève-t-il également, préconisant l’emploi de formes plutôt solubles pour le phosphore (telles que le phosphate d’ammonium ou le superphosphate), ou les produits organiques, quand c’est possible. Moyennant un rythme d’exploitation qui tient compte des exigences biologiques de la plante, c’est-à-dire la laisser fleurir une fois par an pour lui permettre de reconstituer ses réserves racinaires et effectuer la dernière coupe un mois et demi avant les premières gelées, la luzerne permet bon an mal an des récoltes de 16 à 20 t de MS/ha, avec une exploitation des repousses toutes les 5 à 6 semaines. Mais la prairie constitue déjà à elle seule une source protéique non négligeable, bien que souvent sous-estimée. « Il est important de bien situer le gisement en protéines dans une exploitation d’élevage, explique François Dubief, chef de service à Haute-Saône Conseil Elevage : on s’aperçoit en y regardant de plus près que 60 % de la MAT est produite par les surfaces en herbe… Quand on vise l’autonomie protéique, on s’attache à travailler sur les complémentarités de manière à disposer d’un apport fourrages – concentré fermier le plus proche possible des 0,9 UF et 95 g de PDI (ce qui correspond à 15 g de MAT/kg de MS). » C’est bien entendu l’herbe pâturée « au bon stade » qui présente le profil le plus favorable. « Le pâturage couvre 22 à 24 kg de production laitière sans complémentation », expose-t-il, analyses d’herbe pluri-annuelles à l’appui.

Pâturage de précision
Encore faut-il être en mesure de pâturer au bon moment : « Plusieurs outils de suivi et de pilotage existent : l’herbomètre, Herb’avenir, la météo de l’herbe… » Les résultats des analyses de fourrages conservés montrent qu’il existe encore des marges de progrès en la matière. « Tant pour les UF que pour la MAT, on est bien en dessous de ce qu’on pourrait attendre, et ce n’est pas uniquement cette année », relève François Dubief, qui suspecte une baisse de fertilisation minérale des prairies, et s’interroge aussi sur le bon fonctionnement des sols. « Des analyses permettront de confirmer ou d’infirmer cela. » Et d’aborder également la question des protéines dans les cultures, à travers notamment l’exemple des méteils. Dans le paysage très varié des compositions possibles, les résultats d’analyses font ressortir un profil particulièrement judicieux, celui d’une culture dérobée à dominante protéagineux (vesce, trèfle d’Alexandrie, avoine) semée fin juillet : plus de 20 % de MAT pour 0,7 UFL. « On constate d’une manière générale que les méteils récoltés en fourrages (ensilés ou enrubannés) ont une valeur énergétique faible (0,64 UFL en moyenne) et des valeurs azotées très variables (7 à 21 % de MAT). Des expériences de récolte plus précoce, actuellement conduite en Normandie, ouvrent de nouvelles perspectives « avec des rendements inférieurs, de l’ordre de 4 TMS, mais 0,8 UF pour 15 à 18 points de MAT… » Les méteils récoltés en grains sont aussi une possibilité intéressante, avec toutefois la difficulté d’optimiser la date de récolte. En conclusion : « l’objectif reste d’avoir des fourrages riches en énergie et en azote ! »

Alexandre Coronel

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