Peste porcine africaine : sur le qui-vive

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Sanitaire / Salle comble ce mardi 12 juin pour assister à l’intervention du vétérinaire et épidémiologiste Guillaume Gerbier. Celui-ci a été invité à venir prendre la parole à la demande de la chambre régionale d’agriculture, des deux interprofessions porcines régionales et de la Draaf car la propagation de la peste porcine africaine (PPA) à l’Est de l’Europe inquiète. Eleveurs, groupements d’éleveurs, lycées agricoles, représentants de l’administration, chasseurs, représentants des laboratoires et vétérinaires avaient donc fait le déplacement à Dole pour faire le point sur une future crise et échanger sur les mesures susceptibles d’être mises en œuvre pour la contrer.

Si l’administration et les représentants de la filière porcine ont tenu à organiser cette réunion, c’est que le virus de la peste porcine africaine se rapproche progressivement de la France.

Un virus venu de l’Est
La peste porcine africaine sévit traditionnellement sur le continent africain. Comme l’explique Guillaume Gerbier, vétérinaire et épidémiologiste travaillant sur le dossier, la particularité de ce virus est qu’il peut se transmettre par contact direct ou indirect avec un animal malade (contact avec des sécrétions émanant de ce dernier), mais également via les carcasses et les denrées animales qui représentent le principal réservoir de la maladie. On soupçonne ainsi cette maladie d’avoir ravagé l’élevage porcin de Madagascar en entrant sur l’île via des eaux grasses contaminées issues d’un bateau de passage. « On a même noté que la propagation de la PPA en Russie suit les cantines de l’armée russe » continue l’épidémiologiste.

Un virus qui progresse
En 2012, l’Ukraine est touchée, puis la Biélorussie en 2013. Pour l’Union européenne, la première apparition du virus date de 2014, en Lituanie. Ensuite, celui-ci s’est répandu à travers tous les pays baltes. Les contaminations en Lituanie, Lettonie, Estonie, Ukraine et Biélorussie forment ainsi un front. On différencie deux types de foyers de contamination : ceux en élevage et ceux dans la faune sauvage. La maladie avance lentement, la propagation des foyers n’est que de 1,5 km par mois, mais elle avance sûrement avec une diffusion principalement « en tache d’huile ». La Pologne a ainsi été touchée courant 2016, suivie de la Roumanie et la propagation continue vers l’Ouest et le Sud. Si cette diffusion inquiète les autorités, une seconde voie de transmission du virus les inquiète encore d’avantage. Ainsi, « le virus a contaminé des sangliers à Varsovie en Pologne, en Hongrie dans le centre du pays, mais aussi en République Tchèque en effectuant un véritable bond » détaille le vétérinaire. Ce n’est donc alors pas une transmission de proche en proche qui se fait, mais une transmission à grande distance liée à la nature du virus qui peut se déplacer à travers des denrées ou coproduits animaux : ainsi les autorités tchèques soupçonnent que l’entrée du virus sur leur territoire soit due aux salariés de la laverie d’un hôpital qui auraient utilisé du saindoux ramené d’Ukraine ou de Pologne. Si on peut essayer de prévoir l’avancée du virus pour la transmission de proche en proche, dans ce second cas c’est impossible.

Une résistance qui s’organise
En cas de pénétration d’un virus sur le territoire national, c’est toute une filière et une économie qui seraient menacées. Prenons l’exemple français, en cas de crise PPA, cela marquerait dans un premier temps une perte des marchés à l’export pour les porcs et denrées produites sur tout le territoire national, avant une régionalisation des zones de confinement et une négociation avec les pays tiers. Cela marquerait une terrible désorganisation de la filière, l’export n’étant plus possible, le marché national s’engorgerait à cause de la surproduction, les prix chuteraient pour les éleveurs et quelle serait la perception de cette crise par les consommateurs ? Les autorités européennes sont donc inquiètes, l’Allemagne en tête, le pays étant le premier exportateur porcin européen. Les Polonais avaient pour projet de lancer la construction d’une barrière de béton de 1 400 km, mais le virus est déjà fortement présent sur leur territoire. Le Danemark parie dès à présent sur une contamination prochaine de l’Allemagne et envisage la construction d’une barrière sur les 70 km le séparant de sa voisine. Les mesures de prévention et de sensibilisation se multiplient. En parallèle les chercheurs travaillent à la mise au point d’un vaccin.

Morgane Branger – FDSEA25

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