L’agriculture de conservation à sol ouvert

Gaec du Parge à Aisey-et-Richecourt / En favorisant l’activité biologique et l’enrichissement en matière organique, l’agriculture de conservation rend au sol ses fonctions essentielles dans les cycles de l’eau, du carbone, de l’azote… Un atout précieux vis-à-vis des aléas climatiques et pour répondre aux enjeux environnementaux de préservation des ressources.

Le Gaec du Parge, à Aisey-et-Richecourt en Haute-Saône, ouvrait ses portes le 11 septembre dernier à l’initiative du groupe T-Sol, pour une journée découverte de l’agriculture de conservation. « Un petit groupe d’une quinzaine d’exploitations travaille sur cette thématique depuis quelques années, avec des rendez-vous mensuels pour se former et échanger, explorer de nouvelles pratiques et les adapter au contexte local », expose Emeric Courbet, technicien à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône et animateur de ce groupe. Laurent Parisot, un des associés du Gaec du Parge, s’intéresse depuis longtemps au fonctionnement du sol. « J’ai toujours senti, intuitivement, qu’il était aberrant de laisser un sol nu pendant plusieurs mois… ce qui m’a amené d’abord aux techniques culturales simplifiées, au semis direct, et depuis une petite dizaine d’années à l’agriculture de conservation des sols. », témoigne-t-il.

Les trois piliers de l’agriculture de conservation
Comme le relate le petit film réalisé par l’APAD (Association pour une agriculture durable) projeté aux participants de cette journée – 80 environ – l’agriculture de conservation est née en Amérique du Sud il y a une quarantaine d’années, dans des exploitations confrontées à d’importants phénomènes d’érosion des terres arables. « Cette nouvelle forme d’agriculture place le sol au cœur du système de production et s’appuie sur trois piliers complémentaires : la couverture permanente du sol, le non-travail du sol et la diversité des cultures dans la rotation ». Si en France, cette manière de cultiver est encore très minoritaire, avec 2 % de la SAU environ, elle gagne du terrain au niveau mondial, notamment dans des pays continents comme le Brésil. On estime à travers le monde, les surfaces cultivées en ACS à 150 millions d’hectares à ce jour.
Sur le papier, le concept est convaincant. Le maintien des résidus de culture en surface et l’implantation de couverts végétaux durant l’interculture vont subtilement remplacer des pratiques coûteuses et souvent inefficaces : structuration du sol grâce au réseau racinaire plutôt que par la charrue, recyclage des éléments minéraux plutôt que fertilisation, acceptation du développement de la biodiversité aérienne et souterraine remplissant de multiples fonctions.
Dans les faits aussi, témoin la petite expérience réalisée au cours de cette journée : deux mottes immergées dans une colonne d’eau. L’une d’elles vient d’un champ voisin travaillé en agriculture conventionnelle, l’autre d’un champ du Gaec du Parges. « On constate visuellement l’énorme différence en termes de stabilité de la structure, remarque Emeric Courbet. La motte du Gaec du Parge est hyper stable, tandis que l’autre se délite à toute vitesse. »
Autre expérience parlante réalisée devant les groupes de visiteurs, la simulation d’une pluie intense sur plusieurs bacs de terre : sol labouré, sol labouré paillé, sol conduit en semis direct, prairie. Visuellement, on peut ainsi observer la qualité et la quantité de l’eau qui percole et ruisselle à la suite d’un évènement pluvieux intense. Sans surprise, c’est le sol prairial qui retient le plus d’eau et d’éléments fins. Or c’est justement l’idéal vers lequel tend l’agriculture de conservation des sols. « Les modèles météorologiques qui analysent les conséquences du changement climatique prédisent une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes. L’agriculture de conservation apparaît comme une voie qui améliore la résilience du sol, tant vis-à-vis de cumuls pluviométriques importants que vis-à-vis d’épisodes de sécheresse ou de canicule. » explique Emeric Courbet.

Démonstration par le couvert
D’ailleurs un détour par une parcelle du Gaec du Parge démontre l’intérêt de cette approche. « Suite à la récolte d’une orge d’hiver j’ai implanté ce couvert-relai multi-espèces, qui restera en place jusqu’au semis du maïs en avril prochain », explique Laurent Parisot. L’aspect visuel du couvert, très développé, y compris dans les passages de roues des engins de récolte, est déjà une démonstration en soi. Huit espèces y cohabitent harmonieusement : pois, tournesol, féverole, vesce, avoine, radis fourrager, seigle, phacélie. Certaines d’entre elles, les céréales notamment, survivront aux gelées de l’hiver et seront simplement roulées avant le semis. L’ouverture d’un profil avec les dents du chargeur télescopique – méthode Peptone – permet de visualiser l’exploration racinaire. Les racines pivots des radis fourragers, d’une vingtaine de centimètres de longueur et d’un beau diamètre, démontrent qu’ils n’ont pas rencontré d’obstacle à leur développement, signe d’une structure de sol très favorable. C’est d’autant plus appréciable après une campagne où les excès d’eau ont plutôt généré des tassements, de l’hydromorphie…

Une transition longue
Cette situation ne doit rien au hasard, mais ne s’obtient pas non plus du jour au lendemain. « Le passage à l’agriculture de conservation ne s’accompagne pas de résultats spectaculaires dès la première année, prévient un agriculteur participant : il faut investir plusieurs années dans la fertilité du sol, avec l’implantation des couverts, pour qu’il retrouve ses qualités initiales en s’enrichissant en matière organique, en développant une microfaune et une macrofaune, et en retrouvant sa porosité… » Mais les agriculteurs qui voudraient se lancer dans cette voie peuvent compter sur les acquis de leurs prédécesseurs.
La parcelle visitée fait justement l’objet d’un essai pluriannuel piloté par la chambre d’agriculture. « Comme nous avons une unité de méthanisation, nous testons l’évolution de la fertilité du sol qui reçoit du digestat par rapport à une micro-parcelle qui reçoit une fertilisation classique. », détaille Laurent. « Je suis un adepte de la fertilisation localisée sur la ligne de semis, pour donner un avantage rapide à la culture implantée. Et pour ça, le digestat de méthanisation est un super produit », poursuit ce passionné.

Alexandre Coronel

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