Labourer à bon escient

Agronomie / En agriculture, le travail du sol même minime (sur la ligne de semis via des semoirs spécifiques) est essentiel pour la réalisation des semis et le développement optimal de la culture. En agriculture biologique, le travail du sol est d’autant plus important qu’il permet de gérer au moins partiellement les adventices présentes sur la parcelle.

Le travail du sol regroupe différentes modalités. Il peut être superficiel, profond, avec un mélange de terre plus ou moins important. L’alternance de différentes pratiques est primordiale sur la gestion des adventices, en amont de l’implantation de la culture. Toutes les pratiques de travaux du sol ont notamment pour objectif de limiter la présence des adventices sur du plus à moins long terme. Les différents objectifs d’un labour pratiqué dans de bonnes conditions sont les suivants : gérer les adventices et détruire les couverts précédant la culture, augmenter la microporosité pour les sols non argilo-calcaires et stimuler la minéralisation endogène.

Raisonner à une échelle pluri-annuelle
Une pratique occasionnelle du labour (une fois tous les 3 à 4 ans), permet de repartir sur une base plus saine, à condition que cette façon soit réalisée correctement. Afin d’avoir un effet « nettoyant » sur la parcelle, le labour ne doit pas être pratiqué tous les ans. L’efficacité sur le TAD (Taux Annuel de Décroissance) des adventices d’un labour trop fréquent est quasi-nul. En effet, un labour annuel mélange les graines d’adventices sur la profondeur travaillée. Cela crée une inertie qui n’aura plus d’effet sur la dégradation des graines des mauvaises herbes. Afin de détruire un maximum de graines, ces dernières doivent rester enfouies plusieurs années (trois ans et plus) à une certaine profondeur.
Un labour à l’aide de rasettes, qui a lieu tous les 3 à 4 ans, aura une efficacité élevée sur les adventices à TAD élevé (les adventices qui ont des graines plates non protégées par une cuticule cireuse). Il faut qu’au minimum les cinq premiers centimètres de sol se retrouvent en fond de labour (à 15 cm et plus). Pour compléter cet effet, après le passage de la charrue, privilégier un travail du sol avec des outils superficiels afin de ne pas remonter les graines (5 à 6 cm de profond).
Lors de l’investissement dans une charrue, le choix des versoirs est primordial. Autrefois, les versoirs étaient façonnés localement et adaptés à chaque type de terres. Les charrues à versoirs claire-voie seront plus utilisées dans les parcelles avec des terres collantes type terres argileuses. Pour les terres légères de nature sableuse, les versoirs standards avec un bon accompagnement de la terre seront privilégiés (versoirs hélicoïdaux longs).
Il existe plusieurs périodes de labour possibles. Mais dans tous les cas, il faut prévoir une quinzaine de jours d’intervalle entre le labour et le semis afin de laisser « reposer » la terre.
Le labour d’été doit être effectué avec une faible biomasse de matière végétale à enfouir (voir aucune). Il peut être effectué à l’aide d’une charrue déchaumeuse. Celle-ci est intéressante sur certains types de sols mais elle ne peut pas remplacer totalement la charrue classique. Son travail du sol est superficiel et l’enterrage des graines d’adventices n’est pas assez important pour une bonne efficacité. Cet outil est surtout utilisé dans les stratégies de lutte contre les vivaces en sol superficiel. L’avantage d’une charrue déchaumeuse par rapport à d’autres déchaumeurs est de travailler toute la surface en un passage.

La charrue appropriée, et le temps de repos
Les labours d’automne et d’hiver doivent être effectués sur sol ressuyé surtout sur des terres argileuses voire limoneuses afin de ne pas créer une semelle de labour qui pourra être pénalisante pour la culture et pour les suivantes. Pour le labour d’hiver après le 20 octobre, il est intéressant de laisser une période de latence afin de laisser le gel et le dégel restructurer le sol. Une reprise du labour pourra avoir lieu en fin d’hiver ou au printemps, soit par un passage de vibroculteur, soit par un passage de herse lourde ou encore par un passage de croskill si le sol est suffisamment sec.
Pour les labours d’automne, il faut avoir un bon retournement de la terre car si la partie labourée n’est basculée que de 90°, les adventices présentes entre chaque sillon continueront leur développement et seront donc plus difficiles à détruire. Par contre les labours d’hivers peuvent être dressés pour augmenter l’effet des précipitations et du gel. n

Patrice Cote, CA70

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