La méthanisation expliquée

Société / Face à des oppositions de principe, ou à la méfiance d’une partie de la société civile vis-à-vis des projets de méthanisation agricole, le mieux reste sans doute de s’expliquer posément, chiffres à l’appui…

Dans une société de défiance généralisée, le monde agricole, souvent victime de dénigrement, ne peut plus faire l’économie du dialogue avec ses riverains. « Bien faire, laisser braire » ne suffit plus, comme l’illustre le sujet de la méthanisation agricole. « Le débat public » – un collectif d’acteurs du monde associatifs de la mouvance environnementaliste (animé par France Nature Environnement) – organisait le 29 octobre dernier à Vesoul une journée intitulée « quelle méthanisation voulons-nous ? ». « Quels mécanismes sont en œuvre dans le processus de méthanisation et en quoi la gestion des différents paramètres impacte la qualité de l’air, des sols et de l’eau ? Quels sont les modèles économiques existants, et comment peuvent-ils s’intégrer dans les modèles agricoles et énergétiques ? », s’interrogeaient en préambule les organisateurs, qui avaient invité à débattre sur ce sujet des représentants de l’Ademe (absents), de la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, de la Confédération paysanne… et de SOS Loue et Rivières comtoises.

Une vision catastrophiste du changement climatique
Marc Goux, le porte-parole de cette dernière association, s’est livré à un exposé climatostrophique alarmant, prédisant un emballement de l’augmentation des températures terrestres dans les prochaines années, tout en manipulant imprudemment la notion d’hystérésis, en voulant parler d’inertie climatique. Il a évoqué aussi un gaz corrosif, le sulfure d’hydrogène, capable de percer les canalisations des méthaniseurs et de s’échapper dans la nature, et deux “accidents” par semaine provoqués par les méthaniseurs en France… On pourra néanmoins retenir de sa diatribe un argument fort : la nécessité de d’abord flécher les aides publiques vers les investissements de nature à limiter les consommations d’énergie, comme l’isolation de l’habitat humain, plutôt que de subventionner des projets de production d’énergie “renouvelable”, dont le bilan n’est pas toujours si vertueux qu’on pourrait le croire, compte-tenu des externalités, de l’énergie grise, etc… A ce propos, il semble que le vitrage de la salle de conférence de la mairie de Vesoul, qui accueillait la conférence-débat, mérite d’être changé pour répondre à ces vœux pieux. Sandrine Abrant-Grandgirard, adjointe en charge de l’écologie et des jumelages, a de son côté dans son mot d’accueil évoqué les engagements de la municipalité dans le domaine de la flotte des camions poubelles et des bus, qui roulent désormais au biogaz.
Devant un public globalement bien informé et bien documenté au sujet du procédé de méthanisation, et des dérives du “modèle allemand” (basé sur des cultures dédiées, notamment sur maïs ensilage), représentants de la confédération paysanne et de la Chambre d’agriculture ont débattu des enjeux et des risques du développement des méthanisations agricoles. La visite du méthaniseur de Meurcourt, en préambule, avait cependant contribué à apaiser les esprits (lire encadré).

Craintes légitimes et peur irrationnelles
« Valoriser des déchets part d’une bonne idée, reconnaissait en préambule Toussaint Lamy, agriculteur à Cornot et militant à la Conf’ : il y a des pratiques louables et des grosses structures qui partent dans tous les sens. Idéalement, la méthanisation dont nous voulons serait une petite structure qui valoriserait essentiellement ses propres déchets – sans achats extérieurs ni cultures dédiées – qui profiterait au territoire, créerait de l’emploi et permettrait de garder des haies, de la biodiversité… Or quand on voit, comme dans la ferme que nous avons visité ce matin, que 50% du chiffre d’affaire vient de la méthanisation, on doit faire attention, ce n’est plus un complément de revenu, et une telle dépendance vis-à-vis des emprunts (1,2 million d’investissement) peut être de nature à orienter les productions de la ferme vers l’énergie, plutôt que l’alimentation du troupeau. » Son collègue Antoine Faucogney, d’Amance, évoque de son côté les risques de spéculations sur le foncier et les fourrages, de mainmise de capitaux étrangers qui pourraient utiliser des méthaniseurs industriels comme cheval de Troie pour s’accaparer nos terres agricoles, et enfin de dégradation de la fertilité des sols. 
Autant d’arguments de principe qui semblent bien éloignés de la réalité haut-saônoise. Comme l’a rappelé Julien Party, en charge du dossier énergies à la Chambre d’agriculture, l’historique du récent développement des unités de méthanisation agricole dans le département, et plus largement à l’échelle de la grande région : un développement très cadré par la réglementation, tant sur la question du pourcentage de cultures dédiées (plafonnées à 15% de la SAU) que sur les nuisances au riverains (enquête d’utilité publique) ou à l’utilisation des effluents (analyse du digestat et plan d’épandage). « Le Gaec Courtois il y a 11 ans était un des pionniers avec une des premières unités implantées. Nous sommes dans un département à dominante laitière, avec un gros volume d’effluents à gérer, où la méthanisation peut jouer un rôle, pour permettre une meilleure maîtrise des émissions de gaz à effet de serre. » Sans oublier de rappeler une vérité fondamentale, les effluents d’élevage se méthanisent “naturellement” au cours de leur cycle de vie. « Nous sommes actuellement en phase de transition, la dernière unité de cogénération – production d’électricité à partir du méthane – sera mise en fonction dans les prochains mois, mais tous les nouveaux projets sont orientés vers de l’injection (production de méthane destiné au réseau de gaz domestique). » 

Réalité du terrain et témoignage concret
Michaël Muhlematter, éleveur en Gaec à Mollans a pour sa part amené un témoignage très concret et chiffré de son cas de figure, de nature à lever les inquiétudes en matière de concurrence entre cultures alimentaires et cultures énergétiques. « Nos grands-parents cultivaient quelques arpents d’avoine pour nourrir les chevaux qui tiraient le matériel agricole de nos fermes… ce n’est pas si absurde ou immoral de consacrer quelques hectares de nos surfaces pour sécher nos fourrages, faire rouler nos tracteurs au biogaz ou chauffer l’eau sanitaire de nos salles de traite, plutôt que de produire des céréales exportées au proche-Orient et importer du pétrole en retour ! Ma méthanisation est une ‘“grosse” unité : elle produit 236 kWh, c’est l’équivalent de 500 000 litres de fuel. Pour la faire tourner, nous utilisons 10 000 litres de carburant et l’équivalent de 20 000 litres sous forme d’électricité : c’est un bien meilleur rapport que de nombreuses techniques de production d’énergie, comme l’exploitation des schistes bitumeux ! 50% de la chaleur produite est valorisée, notamment pour le séchage des foins, des luzernes, chauffage de l’exploitation, eau chaude sanitaire…. » Il a aussi mis en avant la réduction drastique des achats d’engrais de type ammonitrate, et un pilotage beaucoup plus fin – et donc moins polluant – de la fertilisation de ses cultures, d’herbe destinée à l’alimentation du troupeau notamment.

AC

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