La filière ovine dans la tourmente

EPIDÉMIE DE COVID-19 / La perspective de fźtes pascales confinées inquiète les acteurs de la filière ovine : cette période de l’année se caractérise traditionnellement par un pic de production, un pic de consommation et des prix élevés… compromis par l’interdiction de se rassembler !

Cette année, les trois calendriers des « religions du livre », coïncidaient quasiment : Pessa’h juive le 8 avril, dimanche de Pâques le 12 avril pour les catholiques, Pâques orthodoxe le 20 avril, et début du mois de Ramadan le 23 avril… trois religions du Livre dans lesquelles la consommation d’agneau revêt un sens symbolique très fort, et dont l’influence culturelle se traduit à la table de ces jours de fête. Bref, un combo bienvenu pour les éleveurs ovins, aux trésoreries mises à mal par deux années climatiques compliquées. D’autant plus que le printemps 2020 est précoce et que les conditions sont propices à la mise à l’herbe. Mais l’interdiction de se rassembler édictée par le gouvernement pour lutter contre la propagation du covid-19 vient compromettre ces belles perspectives commerciales : ni réunions de famille ni célébrations religieuses n’auront lieu cette année, pas plus que les festins et autres méchouis qui les accompagnent habituellement.

Des abattages en forte baisse
La crise sanitaire entraîne une forte baisse de la demande en viande d’agneau à l’échelle nationale, alors même que les élevages comptent beaucoup sur cette période. « Les consommateurs privilégient la viande en barquette plutôt que faire la queue dans les boucheries où nos produits sont distribués », constate Didier Poux, directeur d’Ecoovi. Cette mévente entraîne déjà une baisse des prix, avec des produits label rouge alignés sur l’entrée de gamme. Des animaux risquent aussi de rester invendus dans les élevages et de perdre une grande partie de leur valeur.
Même son de cloche du côté de la Cobevim, la coopérative de Haute-Marne, qui vient d’adresser simultanément un courrier à tous ces adhérents ainsi qu’à la députée Bérangère Abba. « Pendant ces périodes, d’ordinaire festives, nous doublons notre activité de collecte/ livraison des agneaux pour fournir nos partenaires dont les besoins explosent également. Or les abattages d’agneaux ont diminué de 86 % entre le début de la semaine 13 et celui de la semaine 12. Ceci est catastrophique car les agneaux sont une catégorie d’animaux qui doit être abattue dès lors qu’elle arrive à maturité. Seul le rationnement de l’alimentation des agneaux peu légèrement ralentir leurs sorties mais seulement pour gagner quelques jours. Cette période donc habituellement rémunératrice pour les éleveurs de moutons va être catastrophique ! », explique le directeur David Thenail.
« Tous les restaurants sont fermés, la restauration collective stoppée et une partie des rayons traditionnels des boucheries de grandes surfaces fermée également. L’opacité du marché national est donc totale, ce qui va engendrer des reports de collecte d’une durée inconnue. », complète le président Stéphane Roussey.

Une campagne de communication à la rescousse
Alors que l’épidémie de Covid-19 menace de ralentir la consommation d’agneau et de chevreau à Pâques, période cruciale pour ces deux viandes, l’interprofession bétail et viandes Interbev « communiquera sur les principales chaînes de radio » et les réseaux sociaux du 2 au 12 avril. Le but ? « Rappeler la tradition de l’agneau de Pâques » et « donner aux consommateurs des recettes adaptées aux morceaux » proposés. Habituellement, à Pâques, ces viandes sont consommées lors de réunions de famille – et donc en morceaux de grande taille (gigots, épaules). Un mode de consommation rendu impossible par le confinement. « La filière ovine française a besoin que la profession fasse évoluer l’offre pour proposer des unités de besoin qui correspondent à des familles plus petites : tranches de gigot, gigot raccourci, rôti dans la selle, souris… », précise Interbev. « 60% des chevreaux sont mis en marché entre mars et mai », rappelle l’inteprofession. Du côté des agneaux, Pâques représente « jusqu’à 35, 40 voire 50% de la consommation de l’année », estime Paul Rouche, directeur délégué de Culture viande.

Patriotisme alimentaire ?
La FNO (fédération nationale ovine) plaide quant à elle pour une « plus grande solidarité nationale », interpelant le gouvernement et les distributeurs. Alors que les gigots néo-zélandais sont déjà dans les entrepôts frigorifiques des GMS, elle appelle les distributeurs à mettre « prioritairement en avant la viande d’agneau français dans leurs rayons pour booster la consommation ». Dans ce débouché, 56% de la viande d’agneau est importée, rappelle le syndicat. Par ailleurs, la FNO demande au gouvernement d’« assouplir les règles de stockage de la viande d’agneau français », tout en saisissant « les opportunités d’exports possibles vers le pourtour méditerranéen ». Elle demande au gouvernement de classer l’élevage « dans les domaines prioritaires d’approvisionnement en matériels de protection (…) pour protéger et rassurer les salariés, les vétérinaires et tous les acteurs ».

AC

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