« N’ayez pas peur ! »

Samuel Dirand, éleveur à Frotey-les-Lure / En ces temps d’incompréhension et d’acharnement médiatique vis-à-vis du monde agricole… tout n’est pas perdu ! Il est encore possible de renouer le dialogue, même avec les détracteurs de l’agriculture les plus convaincus : Samuel Dirand en a fait l’expérience.

Le contact avec le public, la pédagogie… c’est dans son ADN ! Jusqu’à peu membre très actif des JA, Samuel Dirand a le goût de la communication et réalise régulièrement avec son frère et associé Thibault des journées portes-ouvertes sur son exploitation, pour recevoir des scolaires, en particulier les collégiens de Lure, la ville voisine. Début mars, pas moins de huit classes visiteront sa ferme. Installé depuis 15 ans à Frotey-lès-Lure, en Haute-Saône, il élève un troupeau laitier de 80 vaches holstein et montbéliardes, pour une production annuelle de 500 000 litres. Dont une partie est commercialisée localement conditionnée en poches souples… dans les points de vente « Esprit paysan » de Vesoul et de Luxeuil-les-Bains par exemple !

Interpellation sur les réseaux sociaux
Exacerbé par l’agribashing ambiant, il poste un jour un commentaire lapidaire sur une publication facebook de l’antenne départementale de l’association « nous voulons des coquelicots », qui milite pour l’interdiction totale et immédiate de tous les “pesticides de synthèse”. « Je leur ai dit en gros que leur association était une secte, et qu’il ne manquait plus que les carottes pour distribuer aux ânes – c’était pour la St Nicolas. », se souvient Samuel Dirand amusé, qui a été étonné dans un premier temps de l’absence de réactions des administrateurs du groupe. « 15 jours plus tard j’ai reçu une invitation de la présidente de l’association, qui m’invitait “en tant qu’âne” à une réunion pour fêter le million de signatures recueillies à leur pétition pour interdire les pesticides. J’avoue que j’y suis allé un peu remonté, et prêt à râler contre les donneurs de leçons… »
Mais à cette réunion, Samuel Dirand est surpris par la composition du public. « Ils devaient être 18, pas plus, surtout des retraités… ce n’est pas ce à quoi je m’attendais ! J’ai écouté leur histoire, le lancement de cette association par Charlie hebdo, avec un noyau d’une centaine de militants, des écolos parisiens, des artistes… qui voulaient faire interdire le glyphosate. Et tout à coup, la présidente déclare “je vais laisser la parole à Monsieur Dirand, agriculteur” ! J’ai expliqué notre métier, comme j’ai l’habitude de faire avec les collégiens, nos choix, pourquoi on utilise des produits de traitement… »

Faire œuvre de pédagogie
Au cours des échanges avec ses interlocuteurs, Samuel Dirand a été surpris par leur méconnaissance des sujets sur lesquels ils prennent position. « Ce qu’ils savent de l’agriculture, c’est à peu près du niveau collège, voire primaire… j’ai dû faire de la pédagogie et commencer par les bases. Un exemple : nos vaches de réforme, pour eux, elles partaient à l’équarrissage ! Pas un ne savait que l’essentiel de ce qu’on consomme en France comme viande de bœuf, c’est de la vache laitière de réforme. Pareil au sujet des ZNT, et pour les bandes enherbées pour protéger les cours d’eau… personnellement je ne trouve pas ça aberrant d’éviter de pulvériser sous les fenêtres de nos voisins. » Au sujet des différences entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle également, l’éleveur se retrouve à donner des explications pour battre en brèche des idées reçues bien éloignées de la réalité. « C’est une association hors-sol, avec des militants loin des champs, qui font signer cette pétition en toute sincérité, mais sans vraiment comprendre de quoi il s’agit. Derrière, il y a des gens qui instrumentalisent les peurs alimentaires pour faire des affaires, comme nous l’a expliqué Gil Rivière Weckstein lors de l’assemblée générale d’Interval. J’avais bien apprécié l’exemple qu’il avait donné, d’une caissière de superette qui devait répondre à des clients qui vivaient dans la peur de s’empoisonner avec les résidus de pesticides dans les fruits et légumes ! » L’éleveur tire une conclusion de cette confrontation amicale avec des détracteurs de l’agriculture : « Il ne faut pas avoir peur d’aller au contact, de
rencontrer ceux qui nous en veulent et d’instaurer le dialogue. A la fin de mon intervention devant les militants de l’association des coquelicots, j’ai été longuement applaudi. Je les ai tous invités sur ma ferme, pour voir comment ça se passe… »

Alexandre Coronel

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