Les clés de la résilience

Formation / La fréquence des aléas climatiques bouleverse les repères agricoles établis. Jean-Paul Jourdet, polyculteur-éleveur à Roche-sur-Linotte, a participé à une formation pour mieux comprendre les phénomènes en jeu et trouver des leviers d’adaptation pertinents dans son exploitation.  

Jean-Paul Jourdet est à la tête d’une Earl unipersonnelle, sur 65 ha de SAU, et produit 467 000 litres de lait avec un troupeau de 62 vaches : un troupeau de montbéliardes, panaché de quelques brunes des Alpes. 8 ha sont consacrés aux céréales, 13 au maïs fourrage, 3,5 à la luzerne, le reste est en prairies. « C’est un chargement un peu élevé pour le secteur, reconnaît-il, mais c’est un choix personnel. Auparavant j’étais en Gaec avec mon frère, et quand nous avons dissous le Gaec, c’est moi qui ai récupéré les bâtiments d’élevage. J’ai décidé de les optimiser en les gardant occupés, à la fois pour le maintien de l’économique, mais aussi parce que j’aime la production laitière et l’élevage. Ici la pression foncière est élevée, ce qui fait que je ne peux pas compter sur l’agrandissement. »

Une prise de conscience
La réalité du changement climatique ne fait pas de doute pour l’exploitant « c’est quelque chose qu’on touche du doigt directement : cette année j’ai rentré un lot de génisses le 28 décembre par exemple… et là à la mi-janvier j’ai des collègues qui ont déjà remis des animaux dehors, on voit que l’herbe s’est remise à pousser ! » Il fait cependant la part des choses entre phénomènes spectaculaires récents, très médiatisés, et les données disponibles sur les évolutions du climat de la planète sur un pas de temps plus long. « En réalité on ne sait pas de quoi demain sera fait, mais ce qui est sûr, c’est qu’il sera toujours nécessaire de s’adapter, d’anticiper plutôt que de subir. », remarque-t-il. 
D’où l’intérêt de se former ! « A mon âge, j’ai déjà un peu d’expérience sur le pilotage d’une ferme, mais je ne regrette pas d’avoir participé à la formation de la Chambre d’agriculture sur le climat, assure Jean-Paul Jourdet. Déjà pour avoir une vue d’ensemble des aléas et des évolutions, avec les cartes, les graphiques qui nous ont été présentés. Ça a été aussi très utile pour comprendre les conséquences concrètes de l’augmentation de la température moyenne et de la modification de la répartition de la pluviométrie sur la pousse de l’herbe, qui est quand même notre principale ressource, et la plus économique. On se rend compte qu’il y aura probablement toujours autant d’herbe que par le passé… mais pas au même moment : plus tôt au printemps, plus tard à l’automne, avec un creux estival – il faut faire la différence entre la chaleur et la sécheresse d’ailleurs. Toute la difficulté va être d’être capable d’aller chercher cette herbe, de l’exploiter quand elle est disponible. »

Le rami fourrager, un exercice pratique
Après une partie « théorique » sur le climat, à l’échelle planétaire et locale, les répercussions des évolutions sur les cycles de production agricoles – démarrage de la végétation, échaudage des céréales… les participants à la formation ont pu entrer dans le vif du sujet en jouant au rami fourrager, un jeu co-développé par l’Inra et l’Institut de l’élevage. « C’est un jeu de plateau qui intègre des modèles informatiques simples, et permet d’accompagner
collectivement des éleveurs dans leur réflexion sur leur élevage, explique Margaux Reboul Salze, conseillère systèmes herbagers à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône et animatrice de la formation. Pour faire simple, c’est la démarche du bilan fourrager, en dynamique. » Cette partie de serious game a enthousiasmé Jean-Paul Jourdet. « C’est très pédagogique, et ça permet de bien identifier les leviers efficaces, à l’échelle d’une exploitation, pour s’ajuster à des disponibilités de fourrage réduites à cause d’une sécheresse par exemple, ou d’un excès d’eau au printemps qui empêche d’accéder au pâturage, avant d’atteindre le point critique où on n’a plus rien à donner à manger aux animaux ! On a vu par exemple l’impact super fort d’un critère comme l’âge moyen au premier vêlage, et comment l’avancer ne serait-ce que d’un mois va faire économiser des centaines de rations… Dans mon cas particulier, c’est un point que je dois améliorer : j’étais descendu en dessous de 30 mois mais je suis remonté à 35 avec des difficultés à maintenir des bonnes performances de croissances de mes génisses après le sevrage… » 

Âge au premier vêlage, durée de tarissement
Toujours dans le domaine de la gestion du cheptel, l’éleveur a comprimé son taux de renouvellement en dessous de 20%, et table sur des carrières longues, avec un rang moyen de lactation du troupeau à 3,7 ans. « Je surveille aussi de près les durées de tarissement, en visant plutôt 42 jours que 8 semaines : c’est aussi une source d’économie de fourrages. » Autant de leviers qui reposent néanmoins sur un système d’information efficace « c’est très important de savoir où on en est : pour ma part j’utilise le logiciel Isalait depuis quatre ans, qui me donne accès à toutes les informations concernant la gestion du troupeau. »
L’autre versant du système, c’est la ressource fourragère : productivité des prairies temporaires, rythme d’exploitation, conduite du pâturage… « Dans ce domaine aussi, il y a beaucoup de points sur lesquels on peut jouer, mais une chose qu’on n’aborde peut-être pas assez en formation, c’est que les ajustements sont gourmands en main-d’œuvre : il faut surveiller la pousse de l’herbe, refaire des clôtures, implanter de nouveaux mélanges, éventuellement chercher du côté des intercultures… mais c’est aussi très enrichissant et stimulant de chercher de nouvelles solutions. »

AC

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