10 ans, déjà !

Assemblée générale de Gen’IAtest / Geniatest, né de la fusion des coopératives d’élevage du Doubs-Territoire de Belfort et de Haute-Saône en 2009, a répondu aux attentes des acteurs de ce rapprochement : virage des biotechnologies (sexage, SAM, génotypage, monitoring…), développement de l’export de reproducteurs, diversification des services aux adhérents…

Le 19 décembre dernier, Geniatest célébrait ses 10 ans d’existence. L’occasion pour les dirigeants de la coopérative de revenir sur cette tranche d’histoire commune. Et d’aborder l’avenir, puisque la fusion avec Haute-Saône Conseil élevage, votées quelques heures plus tôt par les administrateurs des deux structures tourne une nouvelle page. « Dix ans après la fusion… on peut se poser la question, où en serions-nous si nous ne l’avions pas faite ? Aurions-nous été capables, en restant chacun de notre côté, de développer autant de services et l’exportation à ce niveau ? » a interrogé Jean-Noël Saintot, le président, dans son rapport moral. « La création de Geniatest a permis de dépasser les barrières géographiques et idéologiques. Avec le recul, on peut dire que c’est avant tout une belle aventure humaine », a-t ’il aussi déclaré, avant de se projeter dans
l’avenir, en évoquant la nouvelle étape initiée par la fusion avec HSCEL : « il nous faut réussir cette nouvelle mutation, pour adapter nos services aux constantes de l’environnement, en restant fidèles à nos valeurs coopératives, pour continuer à capter la valeur ajoutée. »

Conserver une gouvernance de proximité
Une première table-ronde a permis d’aborder les enjeux “historiques” qui ont présidé à la création de Geniatest. Denis Clément, son premier président, a ainsi pu rappeler la révolution des biotechnologies survenue au début des années 2000, avec le séquençage du génome bovin qui ouvrait la porte à la sélection assistée par marqueurs et à la génomique… tandis que le sexage de la semence des taureaux était mis au point. Pour Jean-Paul Bouveresse, éleveur à Epenoy et administrateur « il y a eu une certaine maturité… les coopératives avaient déjà discuté entre-elles de l’importance de rechercher un avantage décisif alors que la réforme de la loi sur l’élevage mettait fin au monopole de zone, que l’Etat se désengageait de plus en plus, et que des ruptures technologiques arrivaient. Tout ces éléments rendaient nécessaire d’être plus forts, de manière à peser de manière décisive. Geniatest pèse 35% des IA dans l’Union (Umotest NDA), ça donne des droits et des devoirs ! »

Palette de services élargie
Comme l’ont illustré plusieurs témoignages d’utilisateurs, ainsi que des courts-métrages diffusés sur grand écran, ces dix ans ont permis à la coopérative d’élargir considérablement son offre de services destinés aux éleveurs : monitoring (détection des chaleurs et des vélages), semence sexée, index génomiques, échographies, station de donneuses d’embryons, et plus récemment l’IA profonde et le parage. Christophe Jacquin, éleveur à Velesme et également administrateur, a illustré à partir de ce dernier exemple la gouvernance “à la mode de Geniatest” ; avec ses administrateurs et ses commissions spécialisées. « L’idée de ce service de parage vient du terrain : on a un problème d’indexation de la santé des pieds d’une part, et d’autre part un manque de pareurs dans certaines zones de la coop’. L’idée est remontée au comité d’orientation stratégique, qui a fait valider par le conseil d’administration la décision de créer une offre de service autour du parage, de recruter des pareurs et d’acheter du matériel : le premier
pareur de Geniatest a commencé le 1er août dernier, et d’ici peu ils seront trois. »

Capter la valeur ajoutée
L’autre fleuron à mettre au crédit de la nouvelle entité, c’est le fort développement de l’activité d’exportation de reproducteurs… dont le total annuel flirte désormais avec la barre des 10 000 femelles, soit un quasi-triplement en dix ans. C’est le fruit d’un travail en filière, qui repose, comme l’a rappelé Guilhem Brouze de Coopex, sur des investissements dans la chaîne logistique et les infrastructures – les centres d’allotement de Vellefaux et La Chevillotte ont ainsi permis en avril dernier d’expédier 1 750 animaux – la prospection à l’international pour diversifier les débouchés, les synergies, comme le partenariat avec Franche-Comté élevage… « 950 adhérents de la coopérative ont pu ainsi en moyenne vendre 10 génisses chacun, ce qui représente une valeur de 12 000 €. Ça fait 11,4 millions d’euros de retour aux éleveurs à l’échelle de la coopérative. », a souligné Hervé Bole, administrateur et éleveur à Paroy. En plus du produit de la vente des génisses destinées à l’exportation, les éleveurs sont également récompensés de leur engagement dans la coopérative à travers le programme Geniavantage. « A l’échelle de mon Gaec, où nous avons créé un atelier d’élevage de génisses, dont une quarantaine a été vendu pour l’export cette année (pour une valeur de 47 000 €), nous retouchons 22% de notre chiffre d’affaire avec la coopérative, ce qui représente 4 250 € », témoigne Etienne Tonnot, éleveur à Mailley-et-Chazelot. « Nous faisons génotyper toutes les génisses nées sur l’exploitation, c’est un outil efficace pour le tri et la sélection. »
Comme l’a également souligné Christian Morel, vice-président de Terre comtoise « nous avons les mêmes objectifs, dans notre domaine, qui est celui des céréales et de la fabrication d’aliments… le but est bien de capter la valeur ajoutée de nos territoires, pour les agriculteurs qui exploitent ces territoires : c’est ce que vous faites avec l’exportation de la génétique montbéliarde, c’est ce que nous faisons en développant les filières sans OGM. Pour cela il est indispensable de conserver nos centres de décision et nos outils sur le territoire. »

Répondre aux nouveaux défis
Enfin, une dernière table-ronde, partant de la fusion avec Haute-Saône Conseil élevage, a permis aux participants de se projeter vers l’avenir. Sous l’angle des incertitudes, d’une part, avec une politique agricole commune en pleine refonte – « nous allons passer d’une logique de guichet à une logique de projet… » synthétise Sylvain Marmier – mais aussi d’attentes sociétales et environnementales présentes à tous les esprits. « Le grand défi des années à venir, résume Jean-Noël Saintot, c’est la réassurance des consommateurs, pour que l’élevage retrouve toute sa place au sein de la société. Il va falloir trouver les mots justes pour expliquer des choses complexes, qu’est-ce que c’est qu’une station de donneuses par exemple, on a le devoir de faire valoir nos qualités, notre rôle dans l’aménagement du territoire et l’économie rurale. » Mais l’exercice fut aussi l’occasion de réaffirmer les fondements du projet, communs aux dirigeants des deux structures « la plus-value dans les élevages, avec de nouveaux services adaptés aux nouveaux enjeux, la modernité des outils, et la richesse humaine. »

Alexandre Coronel

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