Premiers froids : c’est la rentrée à l’étable

Elevage laitier / Les conditions humides et fraîches ont déjà compromis la conduite du pâturage dans certains secteurs. L’arrivée de la neige dans les prochains jours sur le massif va donner le signe d’envoi de la rentrée à l’étable des troupeaux laitiers.

Comme déjà en 2013, plus que le froid, c’est le ralentissement de la pousse de l’herbe et les conditions humides qui marquent la fin de la saison de pâturage… même si les services météorologiques annoncent pour fin de la semaine des chutes de neige significatives sur le massif jurassien. « Dans la zone basse, la valeur nutritive de l’herbe reste correcte, mais les volumes ne permettent plus aux vaches de se remplir rapidement la panse : les sorties au pâturage, quand les conditions le permettent, ont plus une fonction de promenade », détaille Honorine Adam, de Haute-Saône Conseil Elevage. « ça fait plusieurs jours déjà que les vaches pataugent dehors… regrette un peu Jean-Louis Bousson, du Gaec Bousson, producteur de lait à comté à Andelot en Montagne, dans le Jura : on ne va pas tarder à rentrer le troupeau ! » Pour les 40 laitières de son élevage, ce sera sans transition alimentaire « elles reçoivent du foin et du regain toute l’année », tempère-t-il.
Ce retour en bâtiment, peut être une phase délicate pour les vaches laitières en production, compte tenu du confinement et du changement d’ambiance sanitaire : « en plus du changement de régime alimentaire, les modifications de l’environnement y sont parfois très importantes, en particulier si les vaches sont hivernées en stabulation entravée. Lorsque la rentrée à l’étable est brutale, comme c’est souvent le cas en régions d’altitude, elle peut s’accompagner d’une diminution de la production laitière et d’une chute des taux de matières grasses et de protéines », note Jean-Baptiste Coulon, de l’Inra de Tours. « Nous avons ainsi observé pendant cinq années consécutives chez des animaux en fin de lactation, que la rentrée à l’étable entraînait une chute anormale de la production journalière (de près de 2 kg), qui n’a pas été compensée par la suite. Ces problèmes peuvent être encore accrus chez les vaches ayant un haut niveau de production à la rentrée à l’étable, même lorsque celle-ci s’accompagne d’une transition alimentaire et environnementale. »

Minimiser le stress par une transition
Raison de plus pour ménager au mieux cette fameuse transition alimentaire et environnementale. Cette phase peut en effet entraîner divers stress qui fragilisent les animaux et les rendent plus sensibles aux maladies. Pour faciliter leur adaptation, on peut rentrer dans un premier temps seulement la nuit, et continuer à lâcher le jour. C’est l’occasion d’introduire une ration hivernale. La qualité du logement qui accueillera le troupeau mérite d’être préparée à l’avance par des mesures simples : nettoyage, paillage, aération… voire en cas de problèmes de gales, traitement acaricide et vide sanitaire. « Nous déparasitons systématiquement les animaux à la rentrée à l’étable, poursuit Jean-Louis Bosson, à cause des conditions de pâturages particulièrement humides et malsaines de notre secteur. » D’après les études conduites par l’Institut de l’élevage, un des principaux facteurs de risques des mammites dites « d’environnement » correspond au niveau de contaminations des litières par certains germes comme les coliformes et les streptocoques. Un paillage insuffisant peut multiplier les risques de mammite par deux ou trois ! L’hygiène de couchage est donc un facteur clef de la qualité du lait, comme l’ont montré plusieurs études scientifiques. Il faudra donc utiliser de la paille de bonne qualité, pailler régulièrement et en quantité suffisante (6 kg de paille par jour et par vache).

Soigner les litières
Pour se multiplier, ces différentes bactéries ont besoin d’air, de températures optimales (37° à 40 °C) et d’humidité. Ces conditions se retrouvent fréquemment dans les aires paillées des stabulations et sont favorisées par un paillage accru ou des durées d’accumulation des litières trop importantes. En théorie, pour contenir le niveau de contamination, il faut maintenir la température à des valeurs inférieures à 30 °C en surface des litières, soit 40 °C à 10 cm de profondeur. Un simple thermomètre à sonde permet de esurer ces données et d’optimiser ainsi les apports de paille et la fréquence du curage. Le saupoudrage avec du superphosphate permet également de réduire la charge bactérienne de la litière.

Alexandre Coronel

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