Complémentarité

Cheval Comtois / L’élevage du cheval comtois est indissociable de l’élevage bovin. Mieux, il lui est complémentaire, puisque c’est un outil essentiel de la panoplie de l’éleveur pour mieux « cultiver » l’herbe. Éclairage avec l’expérience de Bernard Vienot, qui élève des chevaux depuis plus de 40 ans et a présenté jusqu’à 87 chevaux au concours de Cemboing.

Bernard Vienot est présent avec ses nombreux chevaux sur les concours franc-comtois depuis… 1976. Sur l’exploitation familiale, les chevaux étaient bien présents. « Jusqu’à mes 24 ans, on travaillait avec des chevaux », se souvient celui qui, enfant, allait chercher les Comtois dans les communaux pour son père. « J’étais un peu tout fou. Avec un morceau de bois et deux ficelles en guise de filet, je ramenais les chevaux à cru. » Une habitude qui ne l’a pas quitté, Bernard Vienot étant incapable de monter un cheval avec une selle. Avec une bétaillère immatriculée en Haute-Marne, son premier passage à Maîche a attiré un peu de méfiance. « En me voyant arriver, le père Prieur a soupiré “On aura tout vu !”, avant de venir me féliciter pour mon bon classement », se souvient-il 43 ans plus tard.

Beaucoup de chevaux, et beaucoup de lait
Mais à jeter un regard sur sa carrière d’éleveur laitier et d’éleveur de chevaux, c’est surtout la complémentarité des deux activités qu’il souhaite souligner. Avec des centaines de chevaux (il en a aujourd’hui presque 300), il a dû trouver à loger tous ses troupeaux. « On mélangeait les chevaux et les vaches : les uns mangent les refus des autres ». Loin d’être un dilettante (il a conduit avec succès un troupeau laitier de 150 têtes), il a contribué à améliorer des centaines d’hectares de pâtures. Car, qu’on se le dise, le cheval « est un outil formidable pour l’éleveur laitier ». Son mode de pâturage, qui coupe l’herbe plutôt que de l’arracher, sa capacité à exploiter toute l’année les pâtures même les plus humides, font de lui une « tondeuse » améliorante. « Souvent on me disait, en voyant les chevaux pâturer en avril une herbe rase, que je ne ferais pas de foin. Mais deux mois plus tard je récoltais un fourrage riche en trèfle, incroyable ! » Quant au girobroyeur, il ne le sortait pas bien souvent.
A tel point que des voisins lui « commandaient » des chevaux pour mettre derrière les laitières. Des parcelles humides réputées pour ne donner que du mauvais jonc sont ainsi devenues, en quelques années, des trésors de prairies riches en légumineuses. Bernard Vienot ne cesse donc de conseiller aux enseignants des lycées agricoles de souligner l’appui technique essentiel que peuvent être les chevaux comtois pour l’éleveur laitier. Ainsi, comme s’en étonnaient ses collègues : « Tu as des pâtures toujours rases, et pourtant tu fais du lait ! »

89 chevaux à Cemboing
Voilà pour l’aspect technique. Reste la passion du cheval, celle-là même qui fait que, largement après l’heure de la retraite, Bernard Vienot continue à parcourir ses pâtures et parler à ses chevaux, l’arbre généalogique de chacun bien en tête. Avec son épouse, ils gardent un souvenir impérissable d’un certain concours de Cemboig, en 2000, où ils avaient convoyé 87 chevaux, tous numérotés, tressés, parés. « On y a passé 4 jours, avec 14 anciennes stagiaires, qui sont venues nous aider. Un moment inoubliable. » La même année, ils emmenaient 17 chevaux à Favernay et 10 à Gray. Année après année, Bernard Vienot a contribué au succès des concours locaux et régionaux de chevaux. L’an passé encore, on se souvient de ses juments suitées, soigneusement apprêtées. Un succès que l’éleveur doit aussi à sa bonne organisation dans le travail : « Je trayais, et j’allais de suite aux chevaux », pour notamment parer lui-même des centaines de pieds chaque année.

Des pistes pour relancer la filière
Bien entendu, l’élevage des chevaux n’est pas aussi répandu aujourd’hui. Pour de multiples raisons. On peut citer le prix des animaux : « En 1976, sept poulains de 18 mois vendus nous ont permis d’acheter une camionnette bétaillère neuve ». Faites le calcul aujourd’hui. Le kilo de carcasse valait 23 francs à l’époque, pour un Smic à moins de 9 francs (il vaut aujourd’hui près de 4€ pour un Smic à 10€). Les coûts aussi ont bien augmenté, avec les frais de puçage, le coût de l’équarissage (qui pèse fort sur les épaules des éleveurs, la filière « loisirs » ne contribuant pas à la taxe abattage). Les frais de déclaration de saillie, de naissance, d’identification sont aussi montés en flèche.
Moins rentable, plus contraignant, plus complexe, l’élevage équin perd du
terrain, alors que tout devrait au contraire lui profiter : gain technico
économique, gain environnemental, image… Les concours restent en tout cas un excellent moyen de partager sa passion, et pourquoi de transmettre aux jeunes l’expérience des anciens qui ont su, avec le cheval, « cultiver l’herbe » pour faire du lait.

LD

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