Trois scénarios envisageables

FERMETURE ELIVIA ELOYES / La fermeture inéluctable du site Elivia à Eloyes préoccupe les producteurs du Grand Est, pour lesquels l’outil transforme leur viande dédiée à la vente directe. Le 16 mai, une nouvelle réunion, à Epinal, a permis d’examiner les trois pistes envisageables, suite au retour d’étude menée par le cabinet Blézat.

La fermeture du site d’Elivia à Eloyes impacte près de 400 producteurs du Grand Est et de Bourgogne Franche-Comté utilisateurs du service pour la transformation de la viande qu’ils commercialisent en vente directe, et principalement pour la fabrication de steaks hachés surgelés. La Chambre d’Agriculture des Vosges a mandaté début mars le cabinet d’étude Blézat Consulting, pour analyser différents scénarios possibles d’évolution. Les producteurs anciens utilisateurs du site étaient à nouveau conviés à une réunion le 16 mai à Epinal, par la Chambre, Ja et la Fdsea 88, afin de prendre connaissance des conclusions de l’étude, des pistes envisagées et se positionner sur leur participation à la construction d’un projet collectif.

Trouver une solution durablement viable
« L’idée est d’avancer côté producteurs pour voir ce qu’il est possible de faire ou non, car pour le moment, rien ne nous indique que le site d’Eloyes sera repris par un potentiel acquéreur, rappelle Jérôme Mathieu, président de la Chambre d’Agriculture des Vosges 88 qui note nous nous devons d’emmener les producteurs vers des projets qui tiennent debout, viables et tenables économiquement dans le temps ». Pour mener son étude, le cabinet s’est basé sur un cahier des charges comprenant une qualité de produits équivalente à celle proposée à Eloyes ; à savoir : transformation de steak haché basse pression, façon bouchère, plusieurs poids (80 à 125 g), plusieurs façonnages (vrac, boulette…). Avec des conditionnements variés, que ce soit en emballage individuel ou non, ainsi qu’en carton de 1 kg, 5 kg, ou plus. « Et en gardant bien à l’esprit qu’il s’agit d’un outil de prestation pour les producteurs » précise le président. L’étude porte sur la situation actuelle, à savoir 450 tonnes de carcasses entrantes.
Le retour d’étude permet de dessiner trois scénarios potentiels. Le premier envisage le redimensionnement d’Eloyes avec un abattage à Mirecourt qui permettrait théoriquement d’obtenir des prix compétitifs. Parmi les avantages, le cabinet note un faible investissement en process, avec une reprise de personnel qualifié et une absence de perturbation des flux. Des inconvénients sont mis dans la balance, tels que la création d’un schéma de reprise avec d’autres copropriétaires et une compatibilité des activités qui resterait à valider. Des surfaces importantes qui induisent une augmentation des coûts de nettoyage et d’énergie. Une rénovation à mener de certaines parties dans une « coque assez ancienne ». Des interrogations sur la pérennité de certains process et des coûts de maintenances élevés.
Second scénario, la création d’un nouvel outil non adossé qui se situerait au barycentre des apporteurs et dimensionné selon les besoins réels. Un outil neuf qui ne serait alors pas soumis à des contraintes existantes et avec une situation géographique à optimiser. Le cabinet met cependant en exergue le risque sanitaire si les carcasses proviennent de plusieurs outils. Une
absence de mutualisation possible avec un outil existant, un terrain d’atterrissage à trouver, ainsi qu’une gouvernance et un partage à construire. Dans ce cas, la durée de montage serait longue et risquerait d’engendrer des déperditions.
Troisième scénario envisageable : l’accolement à l’abattoir Adequat Vosges de Rambervillers, un outil récent et déjà intégré dans les filières de vente directe. Cette hypothèse permettrait de mutualiser les infrastructures, le matériel et les moyens humains. Point fort, l’abattoir a une position relativement barycentrique pour capter les flux existants, et dispose d’un service de livraison et de ramassage. Si cette hypothèse est privilégiée, la mise en place de l’investissement pourrait se faire rapidement. Quelques inconvénients se dégagent, le niveau sanitaire sera à relever, avant de pouvoir produire des steaks hachés surgelés, et devra passer par des investissements matériels, mais surtout humains qui devront s’avérer payants. L’investissement comprendra également la partie abattoir nécessitant davantage de fonds propres.

Vers un adossement à Adequat Vosges ?
Parmi ces scénarios, l’adossement à l’abattoir Adequat Vosges de Rambervillers semble à privilégier. Adequat est une coopérative agricole de prestation de services. Elle compte 388 adhérents et un conseil d’administration de treize membres. Elle propose des prestations de service dans les départements 88, 54, 57, 67, ainsi qu’en partie dans le 68 et 55. L’engagement auprès de la coopérative se fait par une souscription de capital social, un principe proche de celui des CUMA, en fonction de l’activité annuelle d’abattage de chaque adhérent.
Si ce schéma est choisi, cela induirait un redimensionnement du site (+ 640 m²), pour un coût total de 2 millions d’euros. « L’investissement est lourd et pourrait mettre en péril notre structure qui est aujourd’hui seine » témoigne Ghislain Durieux, président de cet outil. Des études complémentaires seront réalisées d’ici juillet pour donner les perspectives de faisabilité. En août, le conseil d’administration définira un seuil minimum d’engagement des producteurs dans le projet, qui passera donc par une souscription en capital social. Fin août, les producteurs intéressés seront conviés à une nouvelle réunion au cours de laquelle une demande d’engagement leur sera proposée. « Si le point d’équilibre ne peut être atteint, il est probable que nous ne nous engagerons pas, car nous ne pouvons pas nous permettre de mener la coopérative sur une piste qui ne mènera nulle part » souligne Ghislain Durieux.
Pour avancer, Adequat met en place un groupe de travail comprenant son conseil d’administration, la Chambre d’Agriculture, JA et FDSEA des
Vosges, ainsi que les agriculteurs qui souhaitent s’investir. Le président
espère « ardemment que les agriculteurs rejoignent ce groupe afin de donner une énergie et un signe positif pour le futur ».
Dans une société qui met de plus en plus en avant l’alimentation de proximité, les circuits courts, la relocalisation de l’économie, ce projet agricole collectif a d’autant plus sa place. Pour Jérôme Mathieu, la question est simple : « Est-ce que nous, producteurs, sommes prêts à investir dans notre région, dans un outil que l’on peut maîtriser avec les risques que cela comporte et qui demande un engagement de plusieurs années ? ». Si le projet est ensuite validé par l’assemblée générale d’Adequat au mois d’octobre, le lancement des travaux pourrait se faire dans la foulée pour une sortie des premiers steaks hachés envisagée en septembre 2020. Le temps presse et les enjeux sont nombreux.

Matthieu Palmieri

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