Sans-OGM : où sont les dispos ?

AG OP Milleret / Avec l’arrivée en masse d’une demande « sans-OGM » en alimentation animale, le coût de production peut se trouver plus élevé, mais le risque de pénurie ou d’envolée sévère des prix de la protéine est limité. C’est une partie des réponses apportées par Emmanuel Glommeau, responsable nutrition animale chez Interval, et Mathilde Leroux, acheteur pour Feed Alliance, lors de l’AG de l’OP Milleret.

L’inquiétude est palpable : avec la pression qui nous vient d’Allemagne principalement, et les mouvements d’opinion irrationnels mais inévitables, le sans-OGM gagne notre alimentation. Après l’alimentation carnée qui a cristallisé les réticences du public au début des années 2000, c’est au tour de l’alimentation des animaux d’être mise en cause. En Autriche, puis en Allemagne, les consommateurs ont demandé des garanties que les industriels ont petit à petit données, avec des cahiers des charges notamment en production laitière, imposant une alimentation non-OGM pour les vaches.

L’effet de mode se généralise
L’Allemagne se fournissant en partie en France, les industriels français ont dû se mettre au diapason. Les principaux collecteurs de l’Est de la France planchent sur des cahiers des charges sans OGM, l’Ermitage ayant déjà organisé un certain nombre de tournées dans ce sens. La fromagerie Milleret, qui exporte une partie significative de la production en Allemagne, a décidé de commencer une production dédiée (voir par ailleurs). Pas étonnant donc que l’OP Milleret ait choisi pour son AG à Velesme le 22 mars, d’inviter les responsables nutrition d’Interval. Avec cette question lancinante : la protéine végétale étant à ce jour beaucoup issue du soja OGM, y aura-t-il assez de disponibilité pour tout le monde, surtout si l’effet de mode se généralise.

Déjà 20 % du soja non-OGM
Acheteur matière premières et analystes de marchés pour Feed Alliance, Mathilde Leroux est venue expliquer les mécanismes des marchés mondiaux de la protéine. Au niveau mondial, le soja (principalement OGM dans le monde) est une plante assez facilement disponible, car bien répartie sur le globe avec « une répartition équilibrée sur les 2 hémisphères ». Pour la ressource non-OGM, elle est finalement « plutôt proche de chez nous », précise Mathilde Leroux, avec le colza et le tournesol, en Europe, en Ukraine, Russie ou Turquie. Globalement, la disponibilité de protéine non-OGM « augmente de 3 % par an depuis les années 2010 ».
Pour ce qui est de la France, le besoin en protéine est d’environ 8 Mt par an, apporté actuellement par 3 Mt de soja, 3 Mt de Tourteau de colza, 2 Mt de tourteau de tournesol. Environ 80 % du soja consommé en France est OGM (c’est 75 % pour l’Allemagne, qui est à tort considéré comme « beaucoup plus avancé que nous » sur le sujet). Rien que pour la filière lait française, la consommation est de 1,1 Mt de soja, dont 0,9 Mt d’OGM.

La prime PCR n’explosera pas
Si « toute la France passait au sans OGM », il faudrait donc trouver l’équivalent de 2,5 Mt de protéine. Va-t-on manquer de soja ? Mathilde Leroux répond clairement non. Pour ce qui est du prix, il pourrait augmenter (ce qui lui fait dire que les contrats de production devraient être indexés sur des indices de matière première) mais probablement pas s’envoler. « Ce qui fait le prix du soja non-OGM, c’est ce qu’on appelle la prime PCR : une rémunération des opérateurs qui indemnise la gestion d’une double filière (traçabilité des lots) et l’origine lointaine des graines. » Or sur ces deux points, les contraintes s’allègent : côté traçabilité, de plus en plus de pays ont fait le choix de la filière unique « sans OGM ». Quant au sourcing, il est disponible de plus en plus proche de chez nous : Ukraine, Russie… Bref, si la prime PCR a bel et bien augmenté ces dernières années (passant de 40 $/t en 2008 à 80 $/t aujourd’hui), elle ne devrait pas significativement augmenter. En revanche, on peut imaginer que la protéine de manière générale (y compris les sources alternatives, céréales, drêches, fourrages riches) accompagne ce mouvement haussier mondial.

Créer une filière : les ingrédients du succès
Pour Interval, qui contribue à une filière soja non-OGM locale (de la vente des semences à la trituration via l’usine Extrusel à Chalon), monter une filière, c’est « sécuriser tous les maillons de la chaîne ». C’est ce qu’a rappelé Philippe Guichard, son directeur, qui a précisé les points clefs à surveiller pour obtenir le succès véritable dans une filière : D’abord « qui gagne quoi ? », ou comment se répartissent les gains entre l’amont et l’aval de la filière. Ensuite « qui tient les rênes », ou comment les membres de la filière (les différents collèges, les différents acteurs) se « répartissent le pouvoir » ? Enfin comment la filière peut tenir dans la durée. « Et la durée d’une filière, c’est ce qui fait sa force », précise Philippe Guichard en prenant l’exemple de la filière Comté.
Quant aux écueils à éviter, le directeur d’Interval signale le danger que
représentent les « effets de mode », qui peuvent n’être qu’un feu de paille. Il
préconise aussi de rester le plus possible indépendant des interventions extérieures : « Attention en particulier aux subventions que décident les politiques : comme eux, elles sont très volatiles et réversibles. » Les études préalables doivent prouver la pérennité de la filière sans les aides artificielles. Une inquiétude qui plane par exemple sur les filières des énergies renouvelables en ce moment, qui, si leur rentabilité n’augmente pas rapidement, risquent de se retrouver au cœur d’une nouvelle bulle.

LD

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