Annus horribilis

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CER France Bourgogne-Franche-Comté était à l’initiative d’une réunion d’information au sujet des tendances économiques des exploitations agricoles de Haute-Saône et du Territoire de Belfort pour l’année 2018, le 24 janvier dernier à Vesoul. L’occasion de faire le point sur les trois principaux « systèmes » vis-à-vis de la conjoncture économique et climatique… Exploitations céréalières, laitières et bovins viande étaient à l’ordre du jour, avec des tendances économiques présentées dans chaque système de production. Sans grande surprise, la situation financière globale des exploitations est encore difficile. De grands écarts de performances sont une nouvelle fois recensés entre les exploitations, issues parfois d’une même commune.… Comme l’a présenté François Massuard, chargé d’études à CER France BFC, la météorologie de l’année 2018 s’est caractérisée par une sécheresse tardive, et dont l’impact en termes de déficit pluviométrique et de conséquence n’a pas été le même selon les secteurs. « Le déficit pluviométrique est plus marqué à l’est et à l’ouest d’un axe Langres-Dôle, alors que pour les secteurs de Dijon, Dôle et Châlons sur Saône, on est quasiment sur un scénario normal. » Pour les systèmes spécialisés « grandes cultures » (SAU moyenne 166 ha pour 1,36 UTH), les excès d’eau de fin d’hiver ont eu globalement un impact négatif dans les terres profondes, mais localement bénéfique sur les petites terres.

Des rendements en baisse
Les rendements moyens régionaux des cultures d’hiver, blé, orge d’hiver et colza décrochent de 7 à 10 % par rapport à la moyenne olympique calculée sur les cinq dernières années en enlevant les deux “extrêmes”, soit proches d’une année normale mais avec une grande hétérogénéité selon le type de sol (voir encadré). Les orges de printemps ont été semées plus tardivement mais dans de très bonnes conditions. De plus, le printemps favorable a permis d’obtenir de bons rendements. Les cultures d’été (maïs grains, tournesol, …) ont fortement souffert de la sécheresse estivale. « En particulier le soja à – 23 %… » En termes de prix, le marché des céréales s’est caractérisé par la baisse de la production mondiale, la hausse de la consommation, la baisse du ratio stocks/consommation… Autant de facteurs qui ont entraîné la hausse du prix des céréales. « De l’ordre de 174 €/tonne payé au producteur pour le blé, 170 pour l’orge d’hiver. » Pour les oléagineux la conjoncture est plus chaotique, avec une production mondiale record de soja et de colza, la hausse des stocks mondiaux, mais aussi la guerre commerciale USA/Chine qui pèse sur le prix du colza (360 €/tonne payé au producteur). Les intrants sont eux repartis à la hausse, tirés principalement par les prix de l’énergie et dans une moindre mesure des engrais et des amendements « l’indice général progresse de 4 % en un an ». Résultat mitigé donc pour cette campagne « pénalisé par les rendements, le produit total reste faible malgré le prix des céréales en hausse, et l’EBE permet à peine d’assurer l’équilibre financier », résume le conseiller. Concernant les perspectives pour la prochaine campagne François Massuard met en garde « Attention au mirage du prix “toujours plus haut”, il faut raisonner plus que jamais en termes de coût de production et de prix d’équilibre. Il y a des opportunités de prix à saisir en ce moment pour engager au moins une partie de la récolte 2019. »

Un important déficit fourrager
Le climat a encore plus impacté les systèmes d’élevage. La mise à l’herbe s’est faite assez précocement et dans de bonnes conditions. Les températures de fin avril ont fortement accéléré la pousse de l’herbe. Même avec des chargements recommandés, les bovins ont été dépassés par l’herbe. Les éleveurs ont bien réagi en réalisant les fauches précoces (ensilage ou enrubannage) plus tôt (fin avril / début mai). Du 10 mai au 15 juin, les pluies ont empêché les récoltes de foin. A partir du 15 juin, les éleveurs ont récolté les 2è coupes derrière fauche précoce et les foins.
Finalement, les rendements cumulés des deux premières coupes en fauche précoce sont équivalents à une coupe de foin (3,5 à 4,5 t MS/ha), avec une
meilleure qualité mais plus de mécanisation. Après le 15 juin, les prairies ont littéralement grillé sous de fortes chaleurs sans précipitation. Les récoltes des 2è et 3è coupes n’ont pas été réalisées. La luzerne a mieux résisté avec 3 coupes possibles et un rendement en légère diminution. La complémentation au parc est alors devenue nécessaire et a un fort impact sur les stocks pour l’hiver à venir. De plus, sur certaines zones il n’y avait plus de stock de report issu de la campagne précédente. Ces données ont pesé sur la production laitière, en recul de 8,5 % sur le dernier trimestre 2018. Dans une conjoncture mondiale caractérisée par une croissance ralentie des marchés des produits laitiers, le prix payé aux producteurs progresse de 1 à 2 % pour s’établir en moyenne autour de 364 €/1 000 l. La hausse des intrants (principalement carburant +18 % et aliments +15 %) impacte les élevages laitiers « l’indice général progresse de 5 % ». Les résultats sont en baisse, et la marge dégagée par l’augmentation de la production laitière des premiers trimestres ainsi que par les cultures « sera nécessaire, mais pas suffisante pour faire face aux besoins de trésorerie de fin d’hiver ».
« L’impact de la sécheresse se fera sentir plus durement sur le prochain exercice qui démarre avec des stocks de fourrage épuisés, une qualité des ensilages dégradée, et la reproduction des vaches perturbée… », note le conseiller, qui préconise de faire le point sur les conséquences financières au niveau de chaque exploitation. « A moyen terme : Les perspectives mondiales en termes de production, de consommation et d’exportation sont porteuses pour les dix prochaines années avec une volatilité des prix accrue. La compétitivité, c’est-à-dire le coût de revient est la meilleure garantie pour passer les caps. »

AC, d’après les données CER-BFC

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