Les coops d’appro malmenées

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Assemblée générale d’Interval / La volonté politique de s’attaquer aux phytosanitaires dans le cadre d’Egalim aura des conséquences sur l’avenir des coopératives d’approvisionnement, qui devront choisir entre conseil ou vente, et subir l’augmentation de la RPD (redevance sur les pollutions diffuses)…

L’Assemblée Générale 2018 de la coopérative agricole INTERVAL s’est déroulée à l’espace Festi’Val d’ Arc-lès-Gray, le 6 décembre dernier. Environ 300 délégués de section, adhérents et salariés y ont participé. L’occasion de tirer le bilan d’une campagne agricole 2017-2018 assez mitigée sur le plan des résultats économiques des exploitations. « Elle aurait pu être bonne si les prix des céréales avaient été au rendez-vous, a déploré le président Didier Vagnaux dans son rapport moral : mais hélas il manque 15 à 20 € la tonne pour que ce soit le cas. » Des regrets d’autant plus vifs que la campagne précédente comme la suivante se caractérisent par des rendements faibles, associés à des qualités médiocres à mauvaises.
Des propos corroborés par les chiffres de la campagne écoulée présentés par le directeur Philippe Guichard. Ainsi côté collecte, la bonne année en volume coïncide avec des prix de marché bas. Favorisée par de bonnes conditions climatiques (avec des semis précoces et des conditions humides pendant la floraison, favorable à des rendements élevés en maïs et pour les cultures de printemps) « la collecte globale de la coopérative a progressé de 43,2 % par rapport à 2016 et de 8 % par rapport à 2015, pour atteindre les 213 324 tonnes en blé et 72 446 t en orges d’hiver, 94 675 t en maïs », a précisé le directeur. Reste que les précipitations pendant la moisson ont impacté défavorablement la qualité des blés, notamment en ce qui concerne le poids spécifique et les indices de temps de chute de Hagberg. « Malgré notre léger déficit en temps de chute (20 % de nos blés à moins de 180 s. pour une norme à 220 s., 66 % des blés ont pu partir à destination de la meunerie française et internationale, 15 % à destination de l’amidonnerie et 19 % à destination des fabricants d’aliment du bétail. »

Une offre mondiale abondante
Un petit zoom sur la situation internationale permet d’expliquer pourquoi les prix sont restés à un niveau très bas. « Avec une production mondiale record à 758 millions de tonnes, en progression de 4 millions par rapport à 2016, le marché du blé de cette campagne 2017 reste le plus lourd. » A l’abondance de la récolte se conjugue le facteur change, avec un dollar à 1,07 € en avril 2017, situation qui empêche tout rebond des cours sur le territoire national. Seule bonne nouvelle, la première baisse en 5 ans des stocks mondiaux de céréales, qui présage de meilleurs lendemains.
Concernant le secteur approvisionnement, la campagne 2017-2018 a été compliquée pour la coopérative franc-comtoise. Le chiffre d’affaires semence, tiré par le blé et les fourragères et inter-cultures progresse de 7,2 pour s’établir à 10,8 millions d’euros. L’amélioration de la trésorerie des exploitations permet le retour de consommation sur les phospho-potassiques, compensant le ralentissement des ventes d’azote. Le chiffre d’affaires des produits de protection des plantes recule de 3 %, avec moins de fongicides, moins d’herbicides post-levée sur les maïs (en lien avec la diminution des surfaces) et une plus faible pression des limaces. Au niveau du groupe le chiffre consolidé s’établit à 212,463 millions d’euros.
« Pour moi c’est un défi de vous parler de nos perspectives d’avenir et de trouver des raisons d’espérer dans notre beau métier alors que des contraintes sociétales et réglementaires nouvelles nous compliquent de plus en plus la vie ! Les politiques et l’administration se méfient de plus en plus des agriculteurs et sont en train de leur imposer la séparation de la vente et du conseil sur l’utilisation des produits phystosanitaires… »

Des décisions coûteuses pour les agriculteurs
Et d’évoquer la volonté politique, dans le cadre d’EGALIM de faire baisser de façon drastique l’emploi des phytosanitaires en obligeant les acteurs de cette filière à séparer les activités de conseils et de vente « cette décision coûtera cher aux agriculteurs qui verront augmenter les prix des traitements et devront également payer le coût de conseils aujourd’hui gratuits, dont on ne connaîtra ni la qualité ni l’efficacité par rapport au système actuel. » Autre sujet d’inquiétude, le retrait de l’AMM du Thirame en Europe – un fongicide – et l’augmentation de la RPD (redevance pour pollution diffuse), qui va coûter 80 millions d’euros aux agriculteurs français… Aussi le président a choisi de proposer aux délégués de prendre un peu de recul, et comme Sébastien Abis, l’intervenant, d’appliquer la méthode des 3L : voir Long, Loin et Large !
« L’Humain a la mémoire courte, il a oublié les tickets de rationnement des années 50… et que les produits phytosanitaires ont permis de lutter contre les mauvaises herbes concurrentes de cultures, les champignons qui dégradent rendement et qualité, et les insectes… »

AC

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