Un modèle agricole révolu ?

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Chambre d’agriculture de Haute-Saône / Incités à « monter en gamme », mais soumis à la concurrence mondiale, impactés par le renchérissement des intrants, mais impuissants de répercuter leurs coûts sur le prix de vente, les agriculteurs payent la note de la mondialisation de l’économie.

La ville de Jussey accueillait le 26 juin dernier la session décentralisée de la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. Thierry Chalmin, le président, a dressé un rapide tableau de la situation, après l’accueil du maire Olivier Rietmann, également agriculteur. « Les états généraux de l’alimentation nous demandent de monter en gamme, mais sans prix en face, comment faire ? », s’est interrogé ce dernier. Balle au bond saisie par le président de la Chambre, qui n’a pas manqué de rappeler les conclusions du 7ème rapport de l’observatoire des prix et des marges, qui passe au crible les évolutions des coûts de production agricole et les comptes des industries de transformation et de distribution. « Une fois de plus, ce sont les producteurs qui voient leurs marges mises à mal, tandis que les profits de la distribution progressent ! » Une analyse partagée par Emmanuel Aebischer, le président de la FDSEA de Haute-Saône, qui a fait le lien avec la campagne céréalière en cours. « Le système colza-blé-orge est révolu : tandis que les engrais augmentent, les phytos aussi – même si on en utilise moins – les perspectives de prix baissent. La crise n’est pas une année sur cinq ou sur trois, c’est chaque année ! Nous sommes coincés entre la concentration de nos fournisseurs et celle de nos acheteurs. En colza, jusqu’à présent les prix étaient liés au cours du pétrole, mais l’huile de palme change la donne et on nous annonce des prix de vente de 320 €/tonne, alors que les conditions tropicales du mois de mai ont fait exploser les maladies… » Sur fond d’accords internationaux permettant l’importation de viande de pays moins disant en matière de normes sociales, environnementales et sanitaires, la pérennité de l’élevage allaitant a aussi été abordée par Olivier Rietmann, par ailleurs vice-président de Franche-Comté Elevage : « L’écart entre le prix de la viande de réformes des races laitières et des animaux de race à viande ne cesse de se réduire, et c’est dû à l’effondrement du prix de la vache allaitante… On ne se l’explique pas mais il y a probablement un problème de niveau de revenu. »

La PAC en question ?
Le président Chalmin s’est aussi fait l’écho des inquiétudes des agriculteurs face au désengagement de l’Europe dans les mesures de soutien de l’agriculture, alors que la Politique agricole commune est en cours de renégociation. « On est dans une guerre de postures, a expliqué le préfet Zyad Khoury, familier des questions européennes, mais la PAC revêt un intérêt national et restera une question prioritaire, il est hors de question de la sacrifier. » Au sujet du prochain arrêté concernant les restrictions en matière d’épandage de produits phytosanitaires à proximité d’établissements recevant des personnes vulnérables, Zyad Khoury a aussi encouragé les responsables agricoles à prendre la main dans ce dossier. « Cet arrêté préfectoral sera dans un premier temps soumis à la consultation publique, et il est important de viser un résultat utile. Une charte, un code de bonnes pratiques, tels que vous le proposez sont de bons moyens d’approcher ce but. » Autre question polémique, celle du zonage de la Haute-Saône vis à vis des contraintes naturelles. La mystérieuse exclusion de la commune de Vesoul, qui fait fi de la notion de « continuité territoriale », a été qualifiée de “bug administratif”. « Cela ne concerne que deux exploitations, il faut aussi regarder le positif », a insisté le préfet.

Alexandre Coronel

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