Privilégier les moyens agronomiques

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Insectes du colza / Une implantation précoce, combinée au choix de variété peu sensibles à l’élongation et à une conduite qui favorise la reprise printanière doivent permettre d’éviter le recours aux insecticides dans les colzas d’hiver.

Le 4 décembre dernier, à Gy, une soixantaine d’agriculteurs et agricultrices, principalement haut-saônois, mais également des départements voisins, ont participé à une journée technique organisée par la chambre d’agriculture de Haute-Saône, sur le thème des « marges de manœuvre en grandes cultures ». Plusieurs éléments de contexte incitent à déployer des leviers agronomiques face aux attaques d’insectes. Comme l’a rappelé Michaël Geloen, de Terres Inovia, « Les mécanismes de résistance se multiplient sur le territoire. Les efficacités des pyréthrinoïdes sont différentes selon le type de mécanisme impliqué, mais afin de conserver cette solution le plus longtemps possible dans les secteurs où elle est encore efficace, il est indispensable de limiter leur utilisation. » Eviter les traitements insecticides à l’automne, là où c’est possible, est aussi un moyen de réduire l’IFT, et d’améliorer la marge économique. Emeric Courbet, conseiller grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, a détaillé, graphiques à l’appui, l’historique des attaques des différents ravageurs du colza, en s’appuyant notamment sur les comptages réalisés dans le réseau des parcelles d’observation. « Les parcelles les moins développées sont les plus attaquées par le charançon du bourgeon terminal », a-t-il relevé, avant de présenter la cinétique des vols de pucerons Myzus, enregistrée à la Tour d’Auxerre. « Globalement, les vols sont tardifs. Or, en matière de nuisibilité, il n’y a plus de risque pour les colzas après six semaines de végétation, quand on a un développement végétatif important. La solution est donc de semer tôt. »

Semer dès la première décade d’août
La petite altise peut éventuellement poser des problèmes dans certaines parcelles, là où des adultes sont fréquemment observés. « Il faut donc surveiller les bordures de parcelle contiguës à d’ancien colza, d’autant plus que beaucoup de parcelles sont en cours de levées cotylédon à B1. On peut alors n’intervenir que sur la bordure où les petites altises se nourrissent. Là encore, semer tôt permet d’éviter d’avoir des altises au moment où le colza est sensible. » Interrogé au sujet de la date de semis opportune, le technicien précise « début août, c’est possible… à raisonner en fonction de vos parcelles »

Stratégie d’évitement
En résumé, le moyen le plus efficace de faire face à ces insectes est de réussir l’implantation et de favoriser une croissance régulière du colza à l’automne et à la reprise, au printemps. A l’automne, semer précocement (au début de la période recommandée selon les secteurs) pour atteindre le stade quatre feuilles vers le 20 septembre. Cela permettra d’atteindre la fin de la période sensible du colza vis-à-vis des attaques d’altises adultes avant l’arrivée des insectes. Une fois atteint le stade quatre feuilles, le colza a dépassé sa phase de croissance lente et peut supporter les prélèvements foliaires des adultes de grosse altise. « Une levée précoce et une bonne implantation permettront également de disposer de colzas bien développés et poussants lors de l’apparition des larves d’altises d’hiver ou de charançon du bourgeon terminal de la tige. », complète Michaël Geolen, qui insiste sur un autre point clé, la dynamique de croissance du colza à l’automne.

Garder des colza poussants
Afin de réduire la nuisibilité des larves, la dynamique de croissance est importante. Le colza doit continuer à pousser tout l’automne et reprendre rapidement au printemps, pour limiter la migration des larves vers le cœur. Ainsi, toutes les stratégies limitant les faims d’azote (apport organique, associations avec des légumineuses…) sont intéressantes. Tout accident à l’implantation ou en cours de végétation limitant la croissance du colza (phytotoxicité, mauvais enracinement) peut au contraire se révéler critique pour la culture. Dans les sols où l’azote peut être limitant au cours de l’automne, il est possible d’implanter un couvert associé au colza à base de féverole, voire de faire un apport au moment du semis (avant le 31 août en zone vulnérable) à hauteur de 30 unités maximum couplées avec du phosphore si possible localisé (forme binaire). A la sortie de l’hiver, la gestion de l’azote doit être raisonnée selon les règles classiques de fertilisation. Jérôme Tschenn, conseiller à la CA70, a pour sa part présenté les expérimentations réalisées dans le réseau Déphy Ecophyto, portant entre autres sur la réduction de l’IFT herbicide du colza. Avec un zoom sur les colzas associés « des plantes compagnes, en général des légumineuses gélives, sont semées simultanément avec le colza, pour concurrencer les adventices. Ces plantes ont aussi l’avantage de perturber les insectes nuisibles. » Principale limite de cette technique prometteuse « le coût : de 40 à 60 €/ha. Il faut aussi éviter de la tester sur des parcelles déjà sales.

Alexandre Coronel

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