La lentille, un bon complément

Thomas Humbert_Lentilles

Cresancey / Thomas Lambert est installé depuis 2012 avec ses parents en production laitière. Dans un contexte de prix du lait très faible et sans possibilité d’agrandir l’exploitation, il a développé plusieurs ateliers complémentaires, notamment la culture et la vente en direct de lentille verte.

Lorsque Thomas Lambert a rejoint ses parents en 2012 sur l’exploitation familiale à Cresancey, il savait que les possibilités d’agrandissements seraient limitées. Avec les 90 kL octroyés alors aux jeunes installés, l’EARL de la Charme peut compter sur un quota de 570 kL, ce qui reste modeste pour une exploitation spécialisée laitière. Avec un peu plus de 105 ha, l’exploitation ne peut d’ailleurs pas réserver plus d’une vingtaine d’hectares aux cultures de vente, compte tenu de la surface à réserver pour le fourrage et l’autoconsommation.

Maîtriser la charge de travail et l’investissement
Il a donc fallu trouver de nouvelles idées avec les contraintes suivantes : « Apporter de la valeur ajoutée, un revenu complémentaire, sans passer par la case banque », explique Thomas Lambert. Une prudence qui se comprend, après 3 années de crise du prix du lait. D’autant que l’erreur n’est pas possible, à un moment charnière de la vie de l’exploitation agricole, après l’installation récente d’un jeune et quelques années probablement avant la retraite des parents.
En 2016, Thomas a donc commencé par la mise en place, en guise d’essai, d’un petit atelier hélicicole. Après une formation d’une semaine au CFPPA de Châteaufarine (y compris une partie pratique en laboratoire), il a donc produit pour son coup d’essai un millier d’escargots. Un essai concluant sur les aspects techniques, qui le conduisent à renouveler cette année l’expérience, avec cette fois-ci un objectif de 10 000 escargots. « Nous louerons un laboratoire pendant une journée à Châteaufarine, pour conditionner cette fois-ci en bocaux stérilisés. » De quoi simplifier la commercialisation, en complément de la traditionnelle coquille beurrée. Ce premier atelier correspond bien au cahier des charges imposé : charge de travail et investissement maîtrisés.

La « lentille verte de Cresancey »
La nouveauté pour l’année 2017 a été du côté des grandes cultures, avec la mise en place d’un essai grandeur nature de lentille verte. « Nous avions des amis céréaliers qui en faisaient dans l’Aube, explique Thomas. On la sème au semoir traditionnel, on la récolte à la moissonneuse comme une céréale : rien de spécifique à prévoir. » Seule difficulté : la lentille a la particularité d’être sensible à la présence de mauvaises herbes compte tenu de son faible développement végétatif. Un désherbage en post-semis est à prévoir. Elle demande aussi à être implantée sur un sol très sain, se ressuyant et se réchauffant rapidement. « Plutôt un sol sec, argilo-calcaire », précise Marc Lambert, père de Thomas. Un bout de parcelle d’un peu plus d’un hectare a donc été réservé à l’essai, semé fin mars (un peu plus tôt qu’un maïs), et arrivé à maturité en même temps que les blés, fin juin. Résultat : un rendement d’environ 13 qx/ha d’une graine de bonne qualité, qu’il faut désormais nettoyer soigneusement. « On l’a fait trier par un ami céréalier, avant de refaire une vérification manuelle et d’empaqueter. »

Contrat ou vente directe ?
Reste à écouler le produit final. Pour ceux qui contractualisent la production (c’est le cas de la majorité des producteurs), le tri n’est pas nécessaire, mais le prix de vente se limite à environ 550 €/t. D’après Soufflet Agriculture, cela laisse tout de même une marge brute de l’ordre de 950 €/ha.
La lentille de l’EARL de la Charme va en revanche pousser un peu plus loin, puisque Thomas a choisi la vente directe. L’emballage et l’étiquetage réalisés et commandés sur internet, les premiers sachets de 1 kg ont été proposés sur les marchés de proximité. « On a été étonnés du bon accueil réservé par les gens. Ils sont curieux, ils demandent à quoi ressemble la plante. » Jouissant d’une bonne réputation tant culinaire que diététique, et en l’absence de production locale (la France est déficitaire et couvre seulement 50 % de sa consommation), le débouché est presque assuré, à condition bien entendu de se rendre présent sur les marchés. Les idées ne manquent décidément pas sur les hauts de Cresancey.

LD

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